Alors que les températures commencent à reculer dans plusieurs régions du pays, les coupures d’électricité pourraient néanmoins se poursuivre. C’est l’avertissement lancé ce lundi par l’expert en énergie Hussein Rahali, qui estime que la crise actuelle dépasse largement le simple pic de consommation lié à la canicule.
Intervenant sur les ondes de Jawhara FM, l’expert a expliqué que la Société tunisienne de l’électricité et du gaz (STEG) fait désormais face à des difficultés structurelles pour satisfaire même la demande électrique ordinaire.
Une baisse des importations d’électricité algérienne
Selon Rahali, l’une des principales causes de cette situation réside dans la diminution des importations d’électricité en provenance de l’Algérie.
Il a rappelé que la Tunisie bénéficie habituellement d’un approvisionnement pouvant atteindre jusqu’à 600 mégawatts (MW) par an grâce à l’interconnexion électrique entre les deux pays. Or, cet été, ces livraisons auraient sensiblement diminué.
L’expert explique cette baisse par les difficultés rencontrées par les centrales électriques algériennes, elles-mêmes confrontées à une consommation record provoquée par la vague de chaleur qui touche l’ensemble du Maghreb.
Dans ces conditions, l’Algérie privilégierait naturellement la couverture de sa propre demande intérieure, réduisant ainsi les quantités exportées vers la Tunisie.
La STEG sous pression même hors des pics de chaleur
Selon Husein Rahali, la baisse progressive des températures ne suffira donc pas à faire disparaître les délestages. La STEG continuerait à évoluer avec une marge de production très limitée, ce qui rend le réseau particulièrement vulnérable au moindre pic de consommation ou à une panne d’une unité de production.
Lire aussi : Délestages en Tunisie : La fin des coupures tournantes se profile
Cette analyse rejoint les difficultés observées ces dernières semaines, marquées par de nombreuses coupures d’électricité dans plusieurs régions du pays et par les appels répétés de la STEG à rationaliser la consommation durant les heures de pointe.
Autant dire que malgré cette amélioration des conditions météorologiques et une diminution attendue de la demande liée à la climatisation, la STEG a annoncé ce lundi la poursuite des délestages dans plusieurs régions du pays, signe que les difficultés du réseau électrique ne se limitent pas uniquement aux épisodes de forte chaleur.
Une transition énergétique jugée trop lente
Au-delà de la crise actuelle, l’expert se montre particulièrement inquiet pour les prochaines années. Selon lui, l’été 2026 pourrait constituer un avertissement de ce qui attend la Tunisie si la transition énergétique continue d’avancer à un rythme insuffisant.
Il estime que le développement des énergies renouvelables, le stockage de l’électricité et le renforcement des capacités de production ne progressent pas assez rapidement pour répondre à une demande appelée à augmenter sous l’effet du changement climatique.
Les épisodes de fortes chaleurs devraient en effet devenir plus fréquents et plus intenses, entraînant une hausse durable de la consommation liée à la climatisation.
Une dépendance énergétique qui interroge
Les déclarations de Husein Rahali remettent également en lumière la dépendance de la Tunisie vis-à-vis des importations d’électricité, notamment en provenance de l’Algérie.
Lorsque le pays voisin est confronté à ses propres tensions sur le réseau, les capacités d’exportation diminuent, ce qui réduit la marge de manœuvre de la STEG pour équilibrer le système électrique tunisien.
La question du renforcement de la production nationale et de l’accélération des investissements dans les énergies renouvelables apparaît ainsi comme un enjeu majeur afin de limiter le recours au délestage lors des prochaines périodes estivales.