La cérémonie de remise des prix de la 10e édition des Critics Awards for Arab Films (Prix des critiques pour les films arabes) s’est tenue ce samedi 16 mai à la Plage des Palmes, en marge du 79e Festival de Cannes. Organisée par le centre du cinéma arabe (Arab Cinema Center), la soirée a réuni de nombreuses personnalités du cinéma arabe et international autour d’un palmarès largement dominé cette année par les films palestiniens.
Créés en marge du 70e Festival de Cannes en 2017, ces prix récompensent chaque année les meilleures productions arabes sorties au cours de l’année précédente. Lors du lancement des Critics Awards for Arab Films, l’initiative reposait sur environ 70 critiques de cinéma. Dix ans plus tard, 307 critiques arabes et internationaux issus de différents pays participent désormais au vote.
Cette 10e édition a également été marquée par la création d’un nouveau prix, le Game Changer Award, remis pour la première fois à Vincenzo Bugno, en reconnaissance de son rôle important dans le soutien au cinéma arabe et dans le développement de son rayonnement international. Ancien directeur du World Cinema Fund de la Berlinale, il avait quitté ses fonctions l’an dernier après plus de vingt ans d’activité.
Le cinéma palestinien au centre du palmarès
Le grand gagnant de cette édition est Il était une fois à Gaza des frères Tarzan et Arab Nasser, qui remporte le prix du meilleur long métrage. Présenté l’an dernier au Festival de Cannes dans la section Un Certain Regard, où il avait remporté le Prix de la mise en scène, le film a ensuite poursuivi un important parcours dans les festivals internationaux.
Situé en 2007, le film suit un étudiant et un restaurateur qui se lancent dans un trafic de drogue dissimulé derrière un commerce de sandwichs, avant que leur situation ne bascule lorsqu’ils croisent la route d’un policier corrompu.
Lire aussi : Cannes 2025 – « Once Upon a Time in Gaza », la fable tragique et lumineuse des frères Nasser
Autre film palestinien très présent dans ce palmarès : Palestine 36 d’Annemarie Jacir, qui repart avec deux récompenses, celles du meilleur scénario pour la réalisatrice palestinienne et de la meilleure photographie pour Hélène Louvart. Le film historique revient sur le soulèvement palestinien de 1936 sous le mandat britannique. Présenté en première mondiale au Festival de Tokyo, Palestine 36 avait également ouvert les Journées cinématographiques de Carthage 2025.
Lire aussi : La Palestine choisit le film « PALESTINE 36 » pour les Oscars 2026
Le prix de la meilleure réalisation a été attribué à la cinéaste palestinienne-américaine Cherien Dabis pour All That’s Left Of You (Ce qu’il reste de nous), film qui représentait la Jordanie aux Oscars et qui suit sur plusieurs décennies le parcours d’une famille palestinienne déplacée. Le producteur Mohamed Hefzy est monté sur scène pour recevoir le prix au nom de la réalisatrice, transmettant ses remerciements et insistant sur l’importance particulière d’une récompense décernée par des critiques de cinéma.
Lire aussi : Les dix films que je retiens de 2025, et ce qu’ils ont laissé après la projection
Cette forte présence palestinienne confirme une tendance déjà perceptible depuis plusieurs mois dans les festivals et les saisons de récompenses internationales, où plusieurs films liés à la Palestine ont bénéficié d’une visibilité particulièrement importante.
Un prix de Meilleure interprétation féminine pour le film tunisien Promis le ciel
La Tunisie repart de cette édition avec le prix de la meilleure actrice attribué à Deborah Christelle Naney pour son rôle dans Promis le ciel d’Erige Sehiri. Le film avait marqué le Festival de Cannes 2025 en ouvrant la section Un Certain Regard.
Cette récompense prolonge le parcours international du film, déjà largement remarqué depuis sa présentation sur la Croisette.
Lire aussi : Cannes 2025 – Erige Sehiri ouvre Un Certain Regard avec « Promis le ciel »
Deux prix pour le Syrien Ameer Fakher Eldin
Le cinéaste syrien Ameer Fakher Eldin s’est également distingué grâce à Yunan, qui remporte deux récompenses : meilleure musique pour Suad Bushnaq et meilleur montage.
Hommages à Hussein Fahmy et aux critiques de cinéma
Le prix de la personnalité de l’année a été attribué à l’acteur égyptien Hussein Fahmy, également président du Festival international du film du Caire, en reconnaissance de sa longue carrière et de sa contribution continue au cinéma arabe. Durant la présentation, il a été rappelé qu’il avait présidé à deux reprises le Festival du Caire, participé à la restauration de vingt films égyptiens anciens et soutenu de nombreux jeunes talents du cinéma arabe.
Prenant la parole sur scène, Hussein Fahmy a affirmé être particulièrement heureux de recevoir ce prix devant cette audience. « Durant toutes ces années, mon objectif a été de rendre les gens heureux », a-t-il déclaré, expliquant avoir accepté la présidence du Festival du Caire par passion et par amour du cinéma, abordant cette responsabilité « comme une production ». Il a également remercié l’équipe du Festival du Caire, qui lui a permis d’être présent cette année à Cannes, avant de conclure son intervention par un « Free Palestine ».
La cérémonie a également mis à l’honneur les critiques de cinéma eux-mêmes. Le prix de la meilleure critique internationale a été attribué à la critique turque Alin Taşçıyan, qui a évoqué dans son discours son amour du cinéma et de l’écriture critique. « Écrire sur un film est un acte d’amour », a-t-elle déclaré, rappelant le travail collectif nécessaire à la création d’une œuvre cinématographique. Elle a également insisté sur l’importance d’une organisation capable de réunir des critiques venus d’horizons différents « à un moment où l’on voit les politiques et leurs actes », ajoutant que « le cinéma nous unit ».
Le prix de la critique arabe a été remis au critique égyptien Tarek Shenawy, qui couvre le Festival de Cannes depuis 35 ans. Très ému, il a expliqué que cette distinction le touchait particulièrement parce qu’elle venait de critiques de cinéma, avant de dédier son prix à un critique disparu il y a soixante ans.
« Alors que nous célébrons le 10e anniversaire des Critics Awards for Arab Films, notre mission reste inchangée : mettre en lumière les meilleurs films et talents arabes et les aider à obtenir la reconnaissance internationale qu’ils méritent », ont déclaré Alaa Karkouti et Maher Diab, cofondateurs du centre du cinéma arabe.
Au-delà du palmarès lui-même, cette 10e édition a aussi rappelé combien ces prix sont devenus, au fil des années, un espace où se croisent reconnaissance artistique, visibilité internationale et affirmation d’une communauté cinématographique arabe de plus en plus connectée aux grands circuits mondiaux du cinéma.
Palmarès complet des Critics Awards for Arab Films 2026
Meilleur long métrage : Il était une fois à Gaza
Meilleur scénario : Annemarie Jacir pour Palestine 36
Meilleure réalisation : Cherien Dabis pour All That’s Left Of You (Ce qu’il reste de nous)
Meilleure actrice : Deborah Christelle Naney pour Promis le ciel
Meilleur acteur : Adham Shukr pour The Settlement
Meilleure musique : Suad Bushnaq pour Yunan
Meilleur montage : Ameer Fakher Eldin pour Yunan
Meilleure photographie : Hélène Louvart pour Palestine 36
Meilleur documentaire : The Lions of Tigris de Zaradasht Ahmed
Meilleur court métrage : I’m Glad You’re Dead Now de Tawfeek Barhom