Lorsque je me retrouve à la rue Charles de Gaulle, j’ai toujours un pincement au cœur en passant devant la Poste. C’est que le chemin des écoliers me menait souvent par là, du temps où cet immeuble édifié par Henri Saladin en 1885, était le centre vital de tout un pays.
Auparavant, le tout premier hôtel des postes se trouvait dans la médina, à la rue El Mektar. Il se déplacera ensuite dans les parages de l’avenue de France, dans la petite artère nommée rue de l’Ancienne poste. Ce n’est qu’à la fin du dix-neuvième siècle que la bâtisse que nous connaissons a vu le jour et continue à surprendre avec ses volumes de gare parisienne et l’ocre de ses pierres taillées. Pour dire l’importance de l’édifice, il suffit de rappeler que de nombreuses réceptions d’officiels français en visite en Tunisie avaient eu lieu dans l’immense salle des pas perdus.
La Poste occupe tout un îlot urbain, bordé par les rues d’Angleterre et d’Espagne et aussi les rues Nasser et De Gaulle. Tous les quartiers environnants et à vrai dire toute la ville, convergeaient ici qui pour téléphoner et qui pour poster une lettre ou retirer un colis. À chaque fin de mois, les chèques postaux entraient en scène et la presse culminait devant les guichets.
Mes souvenirs de la Poste sont d’abord liés à ma collection de timbres. Je venais ici admirer les nouvelles émissions placées en vitrine et parfois acheter les enveloppes premier jour. Je crois que nous sommes tous passés par ces collections pour lesquelles les enfants étaient capables de toutes les négociations et les plus rusés des subterfuges pour s’emparer de la vignette recherchée.
À cette époque, deux libraires vendaient des timbres. Tous deux avaient leurs vitrines sous les Arcades et présentaient des collections surprenantes venues des pays arabes. À l’époque, chaque émirat avait ses propres timbres et nous rêvions à ces pays lointains dont les noms nous étaient inconnus. Chez Tournier et aussi à quelques pas, chez Sakati, les gamins achetaient des timbres pour en remplir des albums méthodiquement organisés par pays et par continent. À l’école, il existait une véritable bourse d’échanges : les transactions se passaient dans la cour au moment de la récréation et je me souviens en particulier d’un camarade qui avait toujours sa loupe avec lui pour pouvoir observer la précieuse dentelure des timbres.
Décoller des timbres avec de la vapeur d’eau était alors un jeu d’enfant alimenté par les nombreuses cartes postales que les familles recevaient. Que de Mariannes et de châteaux de la Loire ainsi recoltés à l’envers de la Tour Eiffel et de l’Opéra ! Je me souviens de cette époque à laquelle a survécu un album dont je ne sais plus qui en a hérité. Et puis n’ai-je pas appris la géographie grâce à ces timbres qui mariaient exotisme et proximités et nous apprenaient des noms de pays – Suomi, Sverige et d’autres – dans la langue originale.
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