Le gouvernement tunisien accélère sur le front sanitaire. Réuni lundi au Palais de la Kasbah sous la présidence de Sarra Zaafrani Zenzri, le conseil ministériel restreint a placé la disponibilité permanente des médicaments au rang de priorité nationale, en annonçant un ensemble de réformes structurelles touchant à la santé, à la sécurité sociale et à la couverture sanitaire.
L’exécutif veut répondre à une double urgence : sécuriser l’accès équitable aux traitements dans toutes les régions et moderniser les mécanismes de gouvernance d’un secteur confronté à des tensions récurrentes d’approvisionnement et de financement.
Pharmacie centrale, stocks stratégiques et contrôle renforcé
Au cœur des décisions adoptées, figure un renforcement des financements de la Pharmacie centrale de Tunisie, considérée comme le maillon clé de la disponibilité des traitements sur le marché local.
Le gouvernement prévoit également la mise en place d’un stock stratégique de médicaments, en particulier pour les produits vitaux, sensibles ou destinés à des pathologies spécifiques. L’objectif est d’éviter les ruptures qui affectent périodiquement certains traitements essentiels.
La cheffe du gouvernement a insisté sur la nécessité d’une réforme profonde de la gouvernance pharmaceutique, avec un renforcement des mécanismes de contrôle, d’inspection et de suivi sur l’ensemble de la chaîne de distribution, depuis l’importation jusqu’à la délivrance finale.
Cette approche vise à rationaliser la gestion du secteur, limiter les dysfonctionnements logistiques et améliorer la transparence dans les flux de produits pharmaceutiques.
La digitalisation comme pilier de la réforme
Autre axe majeur : la transformation numérique du système. L’exécutif veut généraliser les outils digitaux pour assurer la traçabilité des médicaments, le suivi des stocks et la surveillance en temps réel des circuits de distribution.
Cette digitalisation doit permettre une meilleure visibilité sur l’état du marché, une anticipation plus rapide des pénuries et une gestion plus fine des besoins des structures de santé publiques et privées.
Pour le gouvernement, le numérique devient un levier central afin de gagner en efficacité, de renforcer la transparence et de moderniser durablement la chaîne d’approvisionnement.
Souveraineté sanitaire et pari sur la production locale
Au-delà de la gestion immédiate des stocks, Tunis mise sur une stratégie de moyen terme axée sur la souveraineté sanitaire. Sarra Zaafrani Zenzri a ainsi plaidé pour une réduction de la dépendance extérieure, à travers l’encouragement de la production nationale de médicaments, notamment génériques.
Le gouvernement veut aussi accélérer les délais d’octroi des autorisations de mise sur le marché (AMM) afin de fluidifier l’entrée de nouveaux produits et de soutenir les industriels locaux.
Dans la même logique, il a été décidé de mettre à jour la liste des médicaments essentiels et d’élaborer une feuille de route nationale pour la production de vaccins, un chantier stratégique destiné à renforcer l’autonomie du pays face aux crises sanitaires.
Le secteur de la santé est également appelé à jouer un rôle plus offensif dans l’investissement et l’export, avec l’ambition de positionner la Tunisie comme une plateforme vers les marchés africains et internationaux.
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Lors de la réunion, le ministre de la Santé Mustapha Ferjani a présenté l’état des lieux de la Pharmacie centrale et les premières mesures engagées, tandis que le ministre des Affaires sociales Issam Lahmar a exposé les pistes de réforme des caisses sociales.
A travers ce chantier, le gouvernement cherche à bâtir un système de santé plus résilient, mieux financé et capable de garantir aux citoyens un accès continu et équitable aux médicaments, devenu l’un des enjeux sociaux majeurs du pays.