Face à une inflation repartie légèrement à la hausse en février et à des risques externes liés à la flambée des prix de l’énergie, la Banque centrale de Tunisie (BCT) a choisi de laisser son taux directeur inchangé à 7%, tout en réaffirmant sa vigilance.
La BCT a opté pour le statu quo monétaire. Réuni lundi, le Conseil d’administration de l’institution a décidé de maintenir son taux directeur à 7%, privilégiant une posture de prudence alors que le processus de désinflation marque un léger essoufflement.
Dans son communiqué, la BCT insiste sur sa disponibilité à mobiliser ses instruments si les tensions sur les prix venaient à s’accentuer, avec pour objectif de préserver la trajectoire baissière de l’inflation.
Inflation : un coup d’arrêt au reflux des prix
Après plusieurs mois de ralentissement, la désinflation a observé une pause en février 2026. Le taux d’inflation est remonté à 5%, contre 4,8 % en janvier, sous l’effet d’une nouvelle poussée des produits alimentaires frais. Ceux-ci ont progressé à un rythme annuel de 11,4%, contre 10,3% un mois plus tôt, confirmant la persistance de fortes tensions sur les prix agricoles.
- Lire aussi : Tunisie : La BCT réduit son taux directeur à 7%
En parallèle, les produits à prix administrés sont restés globalement stables, avec une inflation limitée à 0,8%, portée par le maintien du gel sur plusieurs produits stratégiques. L’inflation sous-jacente, indicateur particulièrement surveillé par la Banque centrale, a quant à elle légèrement reculé à 4,8%, contre 4,9% précédemment, signe d’une modération partielle hors éléments volatils.
Les équilibres extérieurs offrent un répit
Sur le front extérieur, les indicateurs continuent d’envoyer des signaux plus rassurants. Le déficit courant s’est nettement contracté pour revenir à 309 millions de dinars, soit 0,2% du PIB, contre 1,388 milliard de dinars un an plus tôt.
Cette amélioration s’explique notamment par la réduction du déficit commercial, allégé de 733 millions de dinars sur un an, pour s’établir autour de 2,8 milliards de dinars à fin février. La bonne tenue des recettes touristiques ainsi que la progression soutenue des transferts des Tunisiens à l’étranger ont également contribué à renforcer les comptes extérieurs.
- Lire aussi : L’inflation repart légèrement à la hausse en Tunisie
Même tendance du côté des réserves en devises, qui se sont consolidées à 25,1 milliards de dinars, représentant 106 jours d’importation, contre 23 milliards et 101 jours un an auparavant.
Le Moyen-Orient et l’énergie, nouveaux foyers d’inquiétude
Si la situation intérieure semble relativement maîtrisée, la BCT pointe une montée des risques importés. La guerre au Moyen-Orient, accompagnée d’une flambée des prix de l’énergie et des engrais, ravive les pressions inflationnistes à l’échelle mondiale.
Les cours des matières premières et des principaux produits de base ont fortement rebondi en mars après plusieurs mois d’accalmie. Pour l’institution monétaire, la persistance de cette crise énergétique pourrait rapidement se diffuser aux coûts de production puis aux prix à la consommation.
La Banque centrale estime ainsi que la durée et l’intensité des tensions géopolitiques régionales seront déterminantes pour la trajectoire future de l’inflation en Tunisie, mais aussi pour les prochains arbitrages de politique monétaire.
En maintenant son taux à 7%, la BCT envoie donc un double message : ne pas freiner la stabilisation économique en cours, tout en gardant la main prête à agir si le choc externe se propage davantage aux prix domestiques.