En visite au siège de la société Ellouhoum à El Ouardia, le président de la République Kaïs Saïed a dénoncé de graves irrégularités de gestion et des soupçons de corruption touchant l’entreprise publique. Inspectant également le marché de Bab El Fellah à Tunis, il a promis une poursuite implacable contre les réseaux impliqués dans la spéculation et la fraude. Le chef de l’État a surtout martelé que l’État ne renoncera pas à son rôle social tant que les revendications des Tunisiens ne seront pas satisfaites, rapporte la Présidence de la République.
Ellouhoum dans le viseur présidentiel
Au cœur de la visite : la société Ellouhoum, créée en 1961. Le président s’est enquis des conditions de fonctionnement et de l’état des équipements, qu’il a jugés délabrés après des années de négligence.
Selon lui, les infractions relevées – marchés suspects, dossiers de corruption et abus administratifs – sont documentées. Il a affirmé que, dès les années 1990, des tentatives ont été engagées pour modifier le statut juridique de l’entreprise dans la perspective d’une cession déguisée. Une orientation qui, d’après ses déclarations, s’est poursuivie même après 2010.
Le chef de l’État a imputé la situation actuelle à plusieurs parties impliquées dans la gestion passée de la société.
Abattage illégal, cheptel menacé et viande avariée
Le président a dénoncé des pratiques d’abattage de femelles bovines et ovines, estimant qu’elles participent à l’affaiblissement du cheptel national. Il a également pointé l’absence de mesures d’hygiène adéquates et la propagation de maladies au sein de l’abattoir.
Plus grave encore, il a évoqué l’existence de réseaux liés à des responsables administratifs et à des agents de l’abattoir impliqués dans la commercialisation de viandes non contrôlées ou avariées.
Face à cette situation, Kaïs Saïed a rappelé que l’accès à une viande saine, à des prix fixés par l’État, constitue un droit pour chaque citoyen.
Refus de la privatisation et offensive contre la corruption
Revenant sur les projets de cession de la société Ellouhoum à des opérateurs privés ou à des banques depuis 1996, le président a assuré que l’objectif réel derrière l’actualisation du statut juridique était la vente pure et simple de l’entreprise.
Il a rejeté catégoriquement toute option de cession des établissements publics et promis une opération de « nettoyage » des structures étatiques pour écarter les responsables impliqués dans des faits de corruption.
Dans le même registre, il a dénoncé des pressions récentes visant à favoriser l’importation de viande, qualifiant ces manœuvres de tentative de déstabilisation économique.
Le président a insisté sur le rôle central des entreprises et offices publics dans la régulation des prix, notamment ceux de la viande. Il a affirmé qu’un suivi quotidien des marchés est assuré par les autorités.
Il a également indiqué que plusieurs sociétés publiques ont repris leurs activités, citant notamment la Société tunisienne du sucre et la société sidérurgique El Fouladh, tout en promettant la relance progressive d’autres structures en difficulté.
“L’État poursuivra son rôle social”
Au marché de Bab El Fellah, le chef de l’État a échangé avec des commerçants et des citoyens, écoutant leurs doléances. Il a réaffirmé que l’État continuera d’assumer pleinement son rôle social, dans tous les secteurs, jusqu’à satisfaction des revendications populaires.
Aucune indulgence, a-t-il assuré, ne sera accordée à ceux qui se sont accaparé les richesses nationales. La loi, a-t-il conclu, demeure l’unique arbitre, et nul n’est au-dessus d’elle.