Célibat des filles !

Tribune | Dr Seif Karoui – Pédiatre

En Tunisie, et depuis trois décennies, on commence à récolter le fruit de l’émancipation de la femme tunisienne telle que prônée par le CSP de Bourguiba.

Les pères, toutes couches sociales confondues, ont rapidement compris l’importance d’instruire leurs filles et leur accompagnement le plus loin possible dans leurs études.

Les filles, plus méticuleuses, appliquées et studieuses ont vite fait de briller dans tous les domaines et surclasser de ce fait les garçons.

Le décalage inévitable de niveau installé, a fait que les filles ont commencé à rafler de hauts postes, acquis une indépendance financière supérieure à celle des garçons et sont devenues pour les hommes de sérieuses concurrentes.

Leurs critères de choix d’un compagnon de vie sont devenus très sélectifs. Outre l’amour, base de tous futurs rapports, elles veulent du respect et un partenariat en tout : partage décisionnel et des tâches ménagères, possibilité tout comme l’homme de s’investir dans leur travail afin de monter en grade et s’assurer une grande carrière.

Les femmes, devenues ambitieuses, ont aiguisé leur esprit d’initiative et plus aucun poste ne les rebute où les fait reculer. Elles sont déterminées et n’acceptent plus un rôle de faire valoir.

Pour les femmes qui ont excellé dans leurs études et carrières, le mariage n’est pas un objectif en soi à atteindre. Elles veulent d’un mari qui saura les aimer, les respecter et leur apporter sérénité et bien-être.

Or, du côté des garçons, on assiste à l’émergence d’une nouvelle catégorie de jeunes hommes qui se sont moins bien distingués dans leurs carrières et qui ont du mal à assumer et admettre cette ascension vertigineuse des filles qui les intimident. Ils rechignent à s’engager dans une vie à deux.

Les femmes qui ont réussi leur font peur voire même les castrent. Ces hommes sont nostalgiques d’une époque révolue où le fait d’être mâle suffisait à imposer son autorité sur une femme.

On assiste alors à une prolongation du célibat chez les filles qui préfèrent leur liberté à un mauvais mariage. Ceci ne veut pas dire qu’elles dédaignent la compagnie des hommes ou qu’elles se privent de s’accomplir dans un cadre hors mariage y compris pour leur épanouissement sexuel.

Le bonheur n’est pas tributaire du mariage. Au cours de l’exercice de mon métier de pédiatre, je relève de plus en plus la montée en flèche des divorces de jeunes couples.

En effet, dès l’arrivée du premier bébé et en concomitance avec l’extinction de la passion, les relations se dégradent. La raison en est la mise à nue du hiatus qui surgit dans le couple, entre les attentes des unes et des autres.

Les conflits en rapport avec la dépendance matérielle, l’irrespect, l’absence de répartition équitable des tâches pouvant aboutir à la violence morale et même physique finissent par faire éclater le couple.

Nombreux d’entre nous avons réussi l’instruction de nos filles et nos garçons qui brillent chacun de leur côté dans leur domaine. Mais, nous avons échoué à les préparer à la vie en harmonie.

Un travail colossal doit être entrepris pour faire évoluer les mentalités particulièrement celles des garçons dont certaines mères continuent à élever comme des demi-dieux.

Commentaires: