Deux jarres qui nous parlent

C’est l’histoire de deux jarres et aussi celle de deux calligraphes.

D’abord, une remarque : ces jarres à elles seules, nous renvoient à des temps immémoriaux. Dans l’Antiquité, des jarres de cette forme et de ces dimensions étaient déjà utilisées en Tunisie.

Elles servaient à stocker grains et huile d’olive pour les conserver et aussi les exporter. La glaise dont sont faites ces jarres est aussi extraite des mêmes sites qu’il y a des milliers d’années. Enfin, les gestes que font les mains qui pétrissent l’argile sont les mêmes depuis la nuit des temps.

Parfois, devant les fours de potiers qui remontent au temps des Puniques et se trouvent à Carthage, je fais le voyage mental qui me mène jusqu’à Tozeur où des fours quasiment similaires existent de nos jours encore. C’est dire la puissance symbolique de ces deux jarres et leur ancrage dans notre réalité historique.

A Djerba, deux calligraphes, l’un juif, l’autre musulman, se sont emparés de deux de ces jarres pour les recouvrir de signes. Le premier a calligraphié des lettres, des mots et des phrases en hébreu et le second a fait la même chose en arabe.

Les deux maîtres des alphabets qu’on imagine copiant le Coran ou la Thora, ont créé leurs œuvres simultanément, les cœurs au diapason et le regard plongé dans leur ouvrage.

Deux jarres uniques au monde sont nées de cette complicité artistique. Elles sont nées ici à Djerba et ont vite rejoint notre galerie des icônes.

Deux jarres qui en disent plus que mille discours. Elles sont identiques mais différentes. Elles parlent deux langues différentes mais se ressemblent. Elles sont notre harmonie rêvée et aussi l’émanation d’une beauté insoupçonnée.

A mes yeux, le symbole est d’une éloquence inouïe et à mon tour, je rêve. Je rêve de voir ces deux jarres siamoises sur une place publique ou bien à l’entrée d’un musée de la mémoire juive.

Je rêve de prendre ces deux jarres pour prétexte d’un discours de paix, répandre leur exemplarité et saluer les artistes qui les ont fait naître. Enfin, je rêve de voir de mes yeux ce dyptique, ces jarres insécablement liées un peu à l’image de nos Zina et Aziza d’antan. Merci chers amis calligraphes et artistes pour cette étincelle de tunisianité.

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