Tunisie : Ennahdha va-t-il s’aligner sur les décisions de Kais Saied ?

Après avoir accusé le Chef de l’Etat de perpétrer un coup d’État, rejetant les décisions de prises par Kais Saied, le 25 juillet et l’appelant à revenir sur ses décisions, le mouvement Ennahdha, a appelé mardi au dialogue pour sortir de la crise politique.

Le Bureau Exécutif du mouvement Ennahdha a tenu une réunion d’urgence dans la soirée du lundi 26 juillet 2021, présidée par Rached Ghannouchi, et consacrée au suivi de la situation dans le pays et des mesures exceptionnelles annoncées par le Président de la République.

Dans un communiqué publié ce mardi 27 juillet 2021, le mouvement a estimé que les mesures annoncées par le palais de Carthage sont inconstitutionnelles et représentent un coup d’Etat contre la Constitution et les institutions.

Il a dans ce sens appelé le chef de l’Etat à revenir sur ses décisions tout en appelant à un dialogue national et à la mise en place d’options collectives capables de sortir le pays de toutes ses crises. Est-ce une tentative d’apaisement ? Le parti islamiste ouvre la porte à des élections anticipées « pour le bien de la vie démocratique ».

Déborah Perez, docteure en science politique de Sciences-Po Aix et spécialiste de la Tunisie, a analysé sur France 24, ce changement de ton d’Ennahdha. Selon elle, « les leaders d’Ennahdha vont vouloir faire partie des négociations que compte mener le président Saïed. Ils ne vont donc pas tenter d’agiter la population pour chercher des rapports de force dans la rue ».

Elle explique, toutefois que « Kais Saied est allé au-delà de ce que lui permettait la Constitution tunisienne », selon elle, soulignant que « l’article 80 (…) prévoit des pouvoirs exceptionnels pour le président de la République en cas de périls imminents pour l’intégrité de la nation. Mais il est stipulé que ces pouvoirs doivent être encadrés par la Cour constitutionnelle ».

Or, celle-ci n’existe toujours pas, notamment en raison du manque de volonté des principaux partis de l’ARP dont Ennahdha, qui ont tout fait pour retarder sa mise en place. « L’absence de Cour constitutionnelle se retourne aujourd’hui contre ces partis puisque Kais Saied ne subit aujourd’hui aucun contrôle », ajoute-t-elle.

Rappelons que le Chef de l’Etat a décidé, dimanche 25 juillet, de geler les travaux du Parlement, de lever l’immunité de tous les députés, de limoger le Chef du gouvernement Hichem Mechichi et de prendre en main le pourvoir exécutif, conformément aux dispositions de l’article 80 de la Constitution.

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