Cannes 2021 – Feathers (Plumes), une comédie absurde, mais universelle

Feathers Plumes
Omar El Zohairy reçoit le Grand Prix Nespresso pour son films Feathers (Plumes)

Festival de Cannes – Après le Grand Prix Nespresso, le film égyptien Feathers (Plumes) réalisé par Omar El Zohairy, en compétition à la Semaine de la Critique, a remporté également le prix FIPRESCI de la Critique Internationale, section parallèle. Les jurés ont déclaré que le film a été récompensé « Pour son mélange singulier de comédie et de tragédie, son atmosphère grotesque et sa représentation surréaliste de la pauvreté ».

Lors de la première, qui a eu lieu à l’espace Miramar, en plus des membres de l’équipe du film, étaient présents le producteur égyptien et président du festival international du film du Caire Mohamed Hefzy, le producteur français Daniel Zinskind, la productrice marocaine Lamia Chraïbi, le réalisateur égyptien Sherif El Bendary et les critiques Tarek Elshinnawi et Ahmed Shawky. Ils étaient venus nombreux pour découvrir et encourager ce film égyptien et son jeune réalisateur.

Feathers
L’affiche du film Feathers (Plumes)

Charles Tesson, délégué général de la Semaine de la Critique, a présenté le film en en faisant l’éloge et même en précisant que c’était le dernier film en compétition et que le meilleur était pour la fin : « Feathers (Plumes) a réussi le pari de rendre l’absurde possible. Récit fabuleux d’un point de vue d’une femme qui est obligée de prendre soin de sa famille et d’élever un poulet qui est censé être son mari. Le film rend l’impossible évident et atteint le sommet de l’invraisemblance pour étudier ce qu’il se passe dans notre réalité. Ce film magnifiquement bien réalisé, exceptionnel et nouveau, se sert de l’absurde pour mettre en scène la vie sur terre».

Feathers (Plumes) montre une famille composée d’un père vrai chef de famille, autoritaire, mais aimant et affectueux avec ses enfants, d’une mère complètement effacée, deux petits garçons et un petit bébé. Leur vie est routinière. Chaque jour, le papa donne à la mère de l’argent et ses instructions pour les courses et le menu. Quant à elle, ses journées se passent entre ménage, cuisine, biberon…

Un jour, pour casser cette routine et faire plaisir à l’un des petits garçons, une fête d’anniversaire est organisée. Tout se passe très bien jusqu’au moment où le magicien demande au papa d’entrer dans une grosse caisse. On ferme, et lorsqu’on ouvre, un poulet blanc avait pris la place du papa. Tous les invités rient et adorent ce tour de prestidigitation. On referme la boite, logiquement, le papa devrait être de retour, mais c’est toujours le poulet blanc qui est là, le papa ayant disparu. Complètement. Le poulet en est-il la réincarnation ?

La mère qui était presque invisible, dont on ne connaissait pratiquement pas la voix, va devenir du jour au lendemain cheffe de famille. Elle devra payer son loyer, faire manger ses enfants, travailler…. et bien sûr prendre soin du poulet.

Cette femme menacée se débat contre tout et tous, y compris ceux qui veulent son corps. Elle est presque expulsée de son appartement pour retard de paiement du loyer. On lui saisie ses misérables meubles pour l’obliger à payer ses dettes. A l’usine dans laquelle travaillait le mari, on refuse de lui payer la pension qui lui ait due, puisqu’il n’y a aucune preuve du décès de ce conjoint. On lui refuse également de travailler à sa place, puisque cette usine n’emploie pas de femmes…

Mais elle survit, simplement parce qu’elle est une femme et qu’elle continue de lutter.

Un jour, on trouve le mari, qui non seulement a perdu la mémoire, mais est en plus malade, sans forces, et c’est encore à elle de le soigner et de s’occuper de lui.

Feathers Plumes
Demyana Nassar dans le rôle de la mère

Feathers (Plumes) est un film très particulier, avec un style de narration en sons et en images très particulier, qui se passe également dans des lieux et décors très particuliers, mais dont l’histoire est universelle. D’ailleurs l’endroit poussiéreux et délabré où se déroule l’action et les personnages restent anonymes afin de souligner le fait qu’il s’agit d’une histoire qui pourrait se produire n’importe quand, n’importe où et nulle part.

Le réalisateur a choisi de placer son histoire dans un univers d’une noirceur terrible. Tout est crasseux, pollué… La maison est très sale, tous les endroits où va la femme sont sales, le mari travaillait dans une sorte d’entreprise indéfinie, qui ressemble à une mine noire, polluée et polluante.

Dans Plumes, on voit ces pauvres remplis d’un esprit de défi et d’un désir de vivre. Le réalisateur a su les filmer, et a su maintenir la spontanéité de ses acteurs pourtant tous non professionnels, y compris les enfants qu’il a su diriger. Il a également réussi à rendre le spectateur solidaire avec cette famille, même quand la mère vole pour nourrir ses enfants.

« Plumes a démarré d’une idée très simple que j’ai eue il y a six ans. C’est l’histoire d’un homme qui se transforme en poulet et il y a des preuves sérieuses pour le confirmer. Ce n’est ni une blague ni une conspiration. A travers cette parabole je voulais capturer une partie de la vie difficile des chefs de famille égyptiens ordinaires.

Devant faire face à cette situation absurde, les membres de cette famille réagissent sans vraiment réfléchir. Mais ils sont en fait bloqués. Parce qu’ils sont des anti-héros, personne ne se soucie d’eux ou de leurs problèmes. Je me sens très proche d’eux et donc, à partir du moment où l’idée de faire le film m’est venue, je suis devenu complètement obsédé.

J’ai été inspiré par beaucoup de choses et j’ai un lien profond avec la culture égyptienne en particulier avec son héritage cinématographique et musical » a déclaré le jeune réalisateur.

Malgré la gravité de la tragédie, et à l’opposé de la noirceur des images, la bande son est joyeuse et optimiste, grâce à des chansons connues et à la musique de grands compositeurs tels Mohamed Sultan, Baligh Hamdi, Mohamed El Moguy et Hani Shenouda.

Bien que le film ait plu aux critiques et aux professionnels du cinéma, comment sera-t-il accueilli par le public égyptien, qui reste quand même très attaché au cinéma traditionnel et commercial ?

Feathers Plumes
Charles Tesson & Omar El Zohairy

Omar El Zohairy a étudié la mise en scène à l’Institut Supérieur du cinéma du Caire, et a travaillé comme assistant avec plusieurs grands réalisateurs égyptiens, tel que Yousry Nasrallah.

Son deuxième court métrage The Aftermath of Inauguration of the public Toilet at kilomètre 375 a été le premier film égyptien à être sélectionné à la compétition Cinéfondation lors de l’édition 2014 du festival de Cannes et a par la suite remporté plusieurs prix dans divers festivals.

Neïla Driss

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