Hassib Ben Ammar, le sauveur de la Médina de Tunis

Hassib Ben Ammar et sa sœur Radhia Haddad, deux patriotes qui ont su, comme il se doit, tenir tête à Bourguiba

Hassib Ben Ammar, né le 11 avril 1924 à Tunis et décédé le 15 décembre 2008, est un homme politique, militant des droits de l’Homme et directeur de l’hebdomadaire en langue arabe « Erraï », le journal qui a été sabordé après l’arrivée au pouvoir de Ben Ali.

Actif dans sa jeunesse, il participe à la lutte pour l’Indépendance, avec notamment la publication du journal clandestin El Hilal. Licencié en physique, il exerce diverses fonctions durant sa vie active : gouverneur de Tunis, patron de la Jeunesse destourienne et maire de la capitale (1963 à 1969). Il fonde, en 1967, l’Association de sauvegarde de la Médina de Tunis dont il devient le président jusqu’en 1969.

A ce propos, il a su manœuvrer pour empêcher le président Bourguiba de défigurer la Médina de Tunis. Ce dernier avait, en effet, la ferme intention, à l’époque, d’engager de grands travaux urbanistiques destinés, entre autres, à tracer une longue et large avenue partant de la Porte de France jusqu’à la Kasbah. Il s’agissait, un tant soit peu, de calquer les Champs-Élysées de Paris dont notre raïs a toujours rêvé…

« Si Hassib » a, maintes fois, retardé le commencement des travaux malgré les harcèlements incessants de « Si Lahbib », obsédé qu’il était par son nouveau projet. C’est alors que Hassib Ben Ammar trouva, un beau jour, une astuce salvatrice pour se tirer de ce pétrin.

Profitant de la visite d’un groupe de sénateurs français à Tunis, il organisa une petite balade, dont il était le guide, à travers les ruelles de l’ancienne ville pour ces invités de marque.

Au cours de la promenade, il laissa entendre à ces sénateurs le projet infernal et destructeur de « notre identité nationale ». Ce qui a pris, totalement, au dépourvu nos invités et provoqué leur étonnement face à ce désastre imminent.

Ainsi, au déjeuner qui leur a été offert au Palais de Carthage, ils n’ont pas manqué, à l’unanimité, de faire les éloges de la Médina de Tunis et de ses diverses constructions historiques agrémentées de récits légendaires. « Car chaque pierre de la vieille ville raconte sa propre histoire », leur disait-on en chœur.

C’est alors que « Si Lahbib » s’est rendu compte de l’erreur qu’il allait commettre, en tout point semblable à la destruction du quartier mythique de Bab Souika qu’il avait commandée quelque temps auparavant à Cacoub.

Cette anecdote authentique m’a été rapportée par « Si Hassib » en personne, lequel a eu le grand mérite d’avoir pu et su sauver l’ancestrale Médina d’une démolition outrageuse au profit d’un paysage à l’européenne qui n’aurait eu nullement sa place dans le cœur des Tunisiens.

Ayant été nommé directeur du Parti socialiste destourien, il devient, par la suite, ministre de la Défense nationale en 1970, remplaçant ainsi Béji Caïd Essebsi. Il reste à ce poste jusqu’en 1971 seulement, date de sa démission à la suite du refus de Bourguiba de démocratiser le PSD, le parti au pouvoir.

Exclu du PSD dans les années 70, il démissionne de ses responsabilités pour participer à l’opposition naissante d’où émerge le Mouvement des démocrates socialistes (MDS) qu’il anime avec feu Ahmed Mestiri. Il cofonde aussi la Ligue tunisienne des droits de l’homme en 1977 avec Saâdeddine Zmerli.

Il préside également le Comité pour les libertés qui est à l’origine d’un appel au respect des libertés publiques en Tunisie et en vue d’une conférence sur les libertés et les droits de l’homme, diffusé en avril 1977 et signé par pas moins de 528 intellectuels.

Ben Ammar meurt le 15 décembre 2008. Ses obsèques se déroulent le lendemain au cimetière du Djellaz à Tunis. Des responsables, des militants, des opposants, des cadres du Rassemblement constitutionnel démocratique (RCD) y ont assisté.

Il est le fils de Salah Ben Ammar et frère de Radhia Haddad, une grande militante pour la défense des droits de la femme et présidente de l’UNFT. A son tour, elle a eu maille à partir avec Bourguiba qui a tenté vainement de l’inculper dans de faux procès inventés de toutes pièces pour tenter de faire taire sa voix libérale. Marié à Hayet Ferjani, il a une fille, Zeineb, et trois fils, Kais, Khalil et Maher.

Hassib Ben Ammar, doit-on le rappeler, n’a aucun lien de parenté avec Wassila Ben Ammar, épouse de Bourguiba. Il me l’a affirmé lui-même. J’ai connu personnellement « Si Hassib » alors que j’étais encore officier au sein du corps des blindés et des para-commandos. Et si j’ai pu quitter l’Armée nationale et voir ma démission acceptée, c’est bien grâce à sa diligence.

J’ai, alors, à l’improviste, avec mon épouse, poussé les portes de son domicile au Belvédère, un jour de Ramadan 1973, après la rupture du jeûne, pour l’inciter à m’accorder cette faveur. Toutefois, avant de me donner son feu vert, il a tenu à demander l’avis de ma femme et si elle acceptait ce changement de cap dans notre vie commune.

Puis nous sommes devenus des confrères, luttant, chacun de son côté, pour les mêmes causes : la liberté d’expression et la dignité. Lui dirigeait Erraï et moi Tunis-Hebdo et, plus tard, Al Akhbar.

D’après Wikipedia, avec l’apport de M.B.Y
Tunisie-Hebdo du 31/05/2021

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