A Carthage, l’Arche bleue est à l’abandon

Depuis la fermeture brutale de l’Acropolium de Carthage par le ministère des Affaires culturelles, la colline de Byrsa est un désert pour l’art.

Livré au vandalisme et en l’absence de gardiennage, le site est désormais la proie des buveurs qui y consomment leur bière et d’énergumènes qui s’amusent à détruire les vitraux de l’ancienne cathédrale en lançant des pierres.

Dans ce désert culturel, une oeuvre d’art iconoclaste est aussi à l’abandon, totalement délaissée et se détériorant à très grande vitesse. La situation est tellement cocasse et tragique que les responsables du ministère des Affaires culturelles ignorent l’existence même de cette oeuvre d’art.

Il s’agit de l’Arche bleue créée en 2001 par l’artiste français Jean-François Jeannet, un sculpteur et céramiste de notoriété internationale. Cette arche domine un escalier de l’Histoire dont chacune des marches reproduit une lettre de l’alphabet punique.

L’Arche bleue et l’escalier de l’Histoire sont actuellement dans un piteux état, jonchés de débris et de canettes et totalement livrés à eux-mêmes. Les dernières pluies ont de plus raviné l’escalier qui a besoin de restauration en urgence.

Toutes ces « petites » choses, c’est la direction de l’Acropolium qui s’en occupait alors que les fonctionnaires de la tutelle n’ont toujours eu qu’un rapport distant avec l’art et le patrimoine. Au point où ils ne voient pas une arche monumentale qui pourtant est sous leurs yeux.

De même, les mosaïques de tessons sont délaissées et recouvertes de poussière et de cailloux drainés par la pluie.

C’est la tristesse absolue ! Une oeuvre majeure d’un grand artiste abandonnée aux quatre vents par des fonctionnaires insensibles à la création contemporaine. Un symbole d’élévation ouvrant selon Jeannet sur le troisième millénaire, est ignoré. Mais ces vrais que certains préfèrent avoir les yeux rivés sur le Moyen-âge.

Dire que ce sont ces mêmes fonctionnaires qui ont fermé l’Acropolium sous prétexte d’une « maintenance insuffisante » qu’ils prétendent prouver avec des photos non datées et isolées de leur contexte.

Depuis la fermeture de l’Acropolium, Byrsa est devenue la colline de la honte. On y abandonne les monuments historiques et les oeuvres d’art au nom de la précipitation à détruire, au nom de décisions de justice reposant sur des textes souvent obsolètes, au nom du mépris de ceux qui créent et diffusent la culture.

Cette nouvelle pantalonnade n’en est malheureusement qu’à ses débuts puisque cinq semaines après une décision inique et léonine, ce qu’on prétend restaurer commence à se détériorer sur fond d’irrespect pour la culture et d’incurie atavique.

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