Tunisie : Une vie pour un joint !

Le cannabis aide les malades atteints de Parkinson à mieux coordonner leurs mouvements

Le 6 octobre 1970, un jeune étudiant américain, du nom de William Hayes (23 ans) est arrêté à l’aéroport d’Istanbul avec plus de deux kilos de résine de cannabis sur lui.

A l’époque, les autorités turques étaient intransigeantes vis-à-vis des trafiquants, quels que soient leur origine et leur casier judiciaire. Hayes écope d’une peine de quatre ans de prison pour détention illégale de stupéfiants.

Mais contre toute attente, un nouveau procès est organisé, un an seulement avant la libération du détenu. La justice turque, ayant décidé de « faire un exemple », condamne le jeune étudiant à une peine de 30 ans de réclusion !

L’affaire fit la Une de la presse internationale et le monde entier s’empressa de pointer du doigt le système juridique turc à la sortie du film « Midnight Express » (1978), réalisé par Alan Parker et narrant le calvaire qu’a subi Hayes au pénitencier d’Imrali avant de s’évader.

Cette histoire nous renvoie à celle de trois adolescents tunisiens (âgés, tout au plus, d’une vingtaine d’années) qui ont, récemment, écopé d’une peine de 30 ans de prison pour avoir fumé un joint dans les vestiaires d’un complexe sportif.

Trente ans de prison pour avoir consommé du cannabis à des doses que des médecins pourraient prescrire à des patients souffrant de pathologies psychologiques ou neurologiques !

Le juge a justifié cette décision par l’accumulation des peines spécifiques à chacun des trois chefs d’accusation : 5 ans pour détention de stupéfiant, 5 ans pour consommation de stupéfiant et 20 ans pour consommation de stupéfiant dans un lieu public (un terrain de sport dans ce cas précis), d’après la loi 52 datant du 18 janvier 1992 sur les stupéfiants.

Aussi conforme soit-elle, cette peine paraît disproportionnée à la gravité de l’acte et, de surcroît, le profil des accusés. N’auraient-ils pas mérité que l’on s’attarde, un tant soit peu, sur les circonstances sociales et familiales qui les ont poussés à fumer du haschich ?

Car il est évident que ces jeunes voulaient simplement se détendre sans nuire à qui que ce soit. Juste un petit moment de détente avant de se remettre sur un « droit chemin » galvanisé par des principes oppressants.

Les voilà maintenant derrière les barreaux pour plus d’un quart de siècle. Vont-ils, pour autant, faire abstraction de la fumette ? Se remettront-ils en question par rapport à ce qu’ils ont fait ? Donneront-ils des conseils aux générations futures quant au danger des stupéfiants ?

Ils ne feront qu’entretenir un sentiment de vengeance dans l’espoir de se faire la belle et apprécier un autre pétard.

Bien que la consommation de cette substance soit interdite dans la majeure partie des pays occidentaux, les peines qu’encourent les contrevenants se résument à une simple amende de 200 euros ou d’un an maximal d’emprisonnement en France.

Aux Etats-Unis, celui qui se roule un joint devant un représentant des forces de l’ordre risque une amende de 40 à 100 dollars selon la juridiction de l’Etat où il est. Et Dieu sait que la police américaine n’est pas du genre laxiste face à de telles entorses. Pourtant, seuls les grands trafiquants de drogue dure (cocaïne, héroïne) sont condamnés à plus de 20 années de réclusion.

Alors que beaucoup de pays développés sont en train de légaliser le cannabis afin de mieux contrôler la consommation des jeunes et d’enrayer le trafic de stupéfiant, la Tunisie continue d’appliquer des lois désuètes et dépourvues de bon sens. Difficile, de ce fait, d’attendre une quelconque forme de rédemption de la part des jugés.

Mohamed Habib LADJIMI
Tunis-Hebdo du 07/02/2021

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