Acropolium de Carthage : Pour un moratoire raisonnable

On ne sait plus si la basilique Saint-Louis de Carthage est un monument historique ou un sanctuaire culturel. À vrai dire, cet édifice délaissé depuis 1964 n’a pleinement vécu que lorsque Mustapha El Okby en avait obtenu la concession en 1993.

Durant plus d’un quart de siècle, l’ancienne église était devenue l’un des épicentres les plus actifs et rayonnants.

Pourtant, l’aventure de ce qui était devenu l’Acropolium de Carthage s’est brutalement interrompue le 5 janvier 2021.

Le ministère des Affaires culturelles a récupéré le monument et mis fin à la concession qui le liait à El Okby. De fait, la concession avait pris fin il y a une dizaine d’années et le promoteur avait été maintenu dans les lieux probablement pour la qualité indiscutable de son travail.

Toutefois, le ministère avance aujourd’hui pour argument le fait que le bâtiment menace ruine. Dans un communiqué publié le 10 janvier après les protestations de la société civile et du public culturel, les responsables du ministère de tutelle ont choisi cette ligne de défense qui reste contestable.

Loin de ne pas respecter les injonctions de la tutelle, El Okby plaide toujours pour une solution médiane qui permettrait une transition en douceur. Selon lui, six mois seraient nécessaires pour permettre une sortie honorable à tous y compris aux quinze employés aujourd’hui chômeurs.

Pour défendre sa cause, Mustapha El Okby a été reçu par le ministre des Affaires culturelles par intérim qui pour le moment, l’a écouté sans proposer une autre solution que cette expulsion qui a beaucoup choqué les amis de l’Acropolium.

Alors que des pétitions circulent et que des collectifs de défense ont vu le jour, c’est le statu quo qui est à l’ordre du jour. Les partisans de El Okby soulignent à raison, que son bilan culturel est indiscutable avec plus de 800 concerts classiques organisés dans le cadre de l’Octobre musical et des centaines d’associations hébergées gratuitement pour leurs évènements.

Les partisans du ministère invoquent pour leur part, à raison, une décision de justice et à tort, le délabrement de l’édifice. Il reste que la manière adoptée par la tutelle laisse à désirer car on ne peut que récuser la brutalité subie par El Okby.

Ce promoteur culturel mérite plus d’égards et une reconnaissance pour ce qu’il a pu accomplir. Il a repris un monument en ruines et lui a redonné vie. Il a structuré le premier partenariat public-privé de notre histoire culturelle et a aussi dynamisé la vie culturelle de la banlieue nord.

Alors que des négociations feutrées se poursuivent, un moratoire raisonnable devrait permettre d’arrondir les angles et tourner la page du scandale. Par ailleurs, le ministère des Affaires culturelles annonce une prochaine consultation pour attribuer la concession et rien n’empêche El Okby de revenir à la charge avec un dossier de candidature.

Il n’en reste pas moins que l’opinion publique restera vigilante car plusieurs observateurs redoutent que des tierces parties attendent en embuscade. Pourquoi le ministère des Affaires culturelles a-t-il choisi la précipitation et la brutalité pour mettre fin à un malentendu ? Pourquoi ne pas avoir accordé un délai au concessionnaire en évitant ainsi la polémique en cours ?

Plus anecdotique, depuis la fermeture de l’Acropolium, la colline de Carthage est en pleine désolation puisque le musée voisin est fermé et les kiosques touristiques en grande difficulté. Fallait-il rajouter une couche de désertification culturelle en congédiant l’occupant de la basilique Saint-Louis ?

Cette décision léonine et hâtive aurait pu être négociée et tenue en suspens pour quelques mois car, à son actif, depuis le premier confinement, El Okby a maintenu le lien culturel et gardé ouvert l’Acropolium malgré les aleas.

Pourtant, c’est lui et son équipe qui se retrouvent aujourd’hui sur le pavé alors que la tutelle est désormais tentée par un modus vivendi qui préserverait les intérêts de toutes les parties.

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