Tunisie : Les diplômés du chômage

Le doctorat n’est rien de plus qu’un handicap pour les jeunes d’aujourd’hui
En sit-in depuis fin juin devant le siège du ministère de l’Enseignement supérieur, les docteurs et doctorants sans emploi ont été agressés, lundi 30 novembre, par les forces de l’ordre. Leur tort ? Avoir emprunté la voie du savoir dans un pays comme la Tunisie.

Plus les années passent, plus les ministres se succèdent et plus la situation de nos diplômés empire. Ils ont entre trente et quarante ans, parfois plus, et sont encore à quémander des vacations par-ci, par-là. Certains vivent sous la houlette de papa et maman ; d’autres se lancent dans de petites affaires douteuses pour subvenir à leurs besoins.

Les francophiles arrivent à décrocher un poste au sein d’un centre d’appel et les moins chanceux continuent de bucher nuit et au jour dans l’espoir de réussir à des concours de recrutement inexistants.

Entretemps, le chômage poursuit sa montée vertigineuse. D’après les chiffres de l’Institut national de la statistique (INS), le taux de chômage des diplômés de l’enseignement supérieur au troisième trimestre de 2020 (T3 de 2020) est de 30,1% contre 28,6% à la même période en 2019.

« La Tunisie grouille de diplômés compétents aptes à occuper des postes où siègent des incompétents ayant joué du piston ! »

Bien qu’elles surpassent leurs homologues masculins en terme de réussite universitaire, les filles sont nettement plus touchées par ce fléau avec 40,7% contre 17,6% pour les garçons (T3 de 2020).

Dire, à présent, que la crise sanitaire a contribué à accroître la précarité en frappant de plein fouet le marché du travail est une échappatoire éhontée puisqu’aucune mesure de réinsertion, ni d’opportunités professionnelles n’ont été présentés aux jeunes docteurs depuis 2016.

Le mandat (août 2016 – décembre 2019) de l’ancien ministre de l’Enseignement supérieur, Slim Khalbous, s’est, d’ailleurs, soldé par un échec cuisant sur tous les points : absence de financement des unités de recherche, absence de bourse pour les chercheurs post-doctorants, retards accrus dans le paiement des vacations (plus de deux ans), dégradation des infrastructures universitaires, dialogue à sens unique entre les syndicats du corps universitaire et le ministère et, enfin, opacité totale quant aux dates, délais et pièces à fournir pour les différents appels à candidature.

Il est vrai que le marché de l’emploi est saturé et que la stratégie universitaire en Tunisie privilégie le quantitatif au qualitatif. Toutefois, force est de constater que ce pays grouille de diplômés compétents aptes à occuper des postes où siègent des incompétents ayant joué du piston.

Pire, certains docteurs vont même jusqu’à dévaloriser leur CV pour espérer être pris comme vendeur ou simple secrétaire dans une boite qui refuse de verser un salaire au prorata du degré universitaire.

En d’autres termes, la Tunisie est un pays qui compte ni sur ses jeunes ni sur le savoir pour s’auto-redresser. Car tant que les jeux sont biaisés par la corruption à tous les échelons du circuit de l’enseignement, le diplôme de doctorat ne sera rien de plus qu’un fardeau pour les générations à venir.

Mohamed Habib LADJIMI
Tunis-Hebdo du 07/12/2020

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