Les mots vibrants de Raja Snoussi

Je vous invite à découvrir ce texte de Raja Snoussi, écrit de Bruxelles et commentant notre actualité. L’auteure y réalise sous le titre « Panne de conscience » une démonstration magistrale.

Un texte à lire, un texte qui invite à la réflexion et l’autocritique. N’épargnant personne, Raja Snoussi dit sa colère avec des mots choisis que voici.

« J’ai donné à travers mes enfants, le meilleur à ma chère Tunisie ». Ainsi s’exprimait la mère de Badreddine Aloui, en toute humilité, sans aigreur aucune. Qui force le respect.

Son fils, jeune médecin de 26 ans, s’en est allé suite à une chute de 10m dans un ascenseur défaillant, à l’hôpital de Jendouba.

Cette mère-courage qui a élevé sept enfants, seule, suite au décès de leur père, a donné en effet à la Tunisie deux médecins et trois ingénieurs ! Elle en est si fière… Et son pays, ingrat, le lui rend bien, en ôtant la vie à l’un de ses fils !

Badreddine…quel joli prénom ! Badr, « kamar » ou pleine lune. Lumière astrale, soudainement éteinte à jamais! Par négligence inadmissible !

Jendouba… comme par hasard, encore une région oubliée, sacrifiée du nord-ouest. Infrastructure hospitalière nulle ! J’ai entendu le témoignage de ces infirmières, tournant en rond, désemparées, dire leur émoi, leur effroi suite à la mort subite et atroce de Badr.

Elles déploraient l’absence de chauffage depuis 4 ans, l’état des fenêtres non étanches, les couvertures qui font défaut. Ainsi que les équipements hospitaliers tout aussi défaillants La crise du Covid n’ayant guère arrangé les choses…

Ascenseur unique, défectueux lui aussi. C’est de là que Badr fit son saut dans le vide… Fatidique, Irrémédiable !

Plus qu’une négligence, une bavure, un crime d’État! Et ils n’en sont pas à leur coup d’essai…

Oui, Kais, toi le Président… oui, Mechichi, toi le chef du Gouvernement… oui, F. Mehdi , toi le Ministre de la Santé… oui, toi, Ghannouchi, à la tête d’un Parlement factice… non seulement je vous tutoie mais je vous désigne comme étant responsables de cette mort de trop !

Car, c’est d’un homicide qu’il s’agit Mrs! Et ce n’est pas le maudit ascenseur seulement qui était en panne mais votre conscience également !!!

Que dis-je… vous n’en avez pas de conscience, de véritable compassion ni de sens de la responsabilité ! Vous êtes les maillons d’une chaine démoniaque,tous autant que vous êtes !

Et si ça ne tenait qu’à moi, je vous démettrais de vos fonctions illico- presto ! Et vous collerais, telle « la Lettre Ecarlate »…. la lettre « F » comme fossoyeurs ! Croques-mort de la République, vous respirez tant l’inertie et la mauvaise foi !

Je lis ceci et je m’insurge ! Au sujet du Ministre de la Santé :  » Son discours a été saccadé de spasmes de sanglots qu’il a tenté d’étouffer, en évoquant la tragédie de l’hôpital de Jendouba ». Sanglots, dites-vous ?… Pour son devenir politique, oui! Pour son poste juteux qu’il risque de perdre face à la vindicte populaire et à la grogne des médecins !

Deux mois avant le drame, ce même gars s’est pointé à l’hosto en question et fut informé des défaillances. De la nécessité urgentissime de débloquer des fonds. Il n’a pas fait son boulot tout simplement…sans doute parce que Jendouba peut mourir sans qu’on lève le petit doigt pour elle !

Il suffisait pourtant de mettre une pancarte:

« En panne »! De sceller le bazar… en attendant que le cancre de Ministre et consorts veuillent bien bosser. Eh bien non, on laisse, délibérément, cet ascenseur de la mort et voilà le résultat !

Le Parquet, dit-on, a diligenté une enquête pour « meurtre par négligence ». A la bonne heure ! Mais, ne vous méprenez pas… la Tunisie est le pays « pro » des enquêtes non abouties !

Les 15 bébés empoisonnés, les ouvrières agricoles de Kasserine, le bus qui a déraillé à Amdoun faisant 30 jeunes morts… Les jeunes filles englouties dans des égouts…

Fanfaronnades! Balivernes ! Du pipeau ! En arabe : « klem Ellil madhoun bezzebda »…

Mechichi annonce des funérailles nationales pour Badreddine. Et met les pieds dans le plat en ajoutant: « Nos hôpitaux dont devenus des cimetières »… Bravo Mr le chef de la bande de bras cassés! De fossoyeurs ! Quelle efficacité !

L’autre jour, ce fut une bastonnade publique monumentale de ton « employeur », l’amorphe, le zombie de Carthage. Suite à cette tragédie, il va falloir t’attendre à une raclée avec un chat à neuf queues !

Et tant qu’à faire des obsèques , ce sont celles du Pouvoir qu’il faudrait organiser. En catimini. Comme on enterre les criminels de guerre et les tueurs en série…

Badr aurait pu être votre fils, le mien, celui du voisin d’en face, celui du Président ou du Ministre de la Santé… On ne fauche pas ainsi une jeunesse studieuse qui incarne l’avenir de la Nation !!! Je suis en colère et alors ?!!

Échec cuisant d’un gouvernement inadéquat, d’un Parlement clownesque et d’un Président qui plane sur un nuage de dénis…

Tous des autistes, des farfelus, de dangereux pilotes d’un avion vétuste que j’entends, d’ores et déjà, s’écraser sur les hauteurs du Djebel Chambi…

Ma Tunisie soudain, orpheline, s’est vu embarquée dans ce Titanic heurtant de plein fouet l’Iceberg de la négligence et de la mauvaise gestion des affaires du pays. Dans un mutisme effarant. Dans un mutisme assassin.

Ces funérailles nationales, seront, à coup sûr l’aveu de votre échec à tous, gouvernants et hauts responsables.

Comment diable oserez-vous adresser vos condoléances à la mère de Badr ?
Comment lui expliquerez-vous que vous êtes les assassins de son fils ?

Et que vous restez toujours aux commandes pour sacrifier, qui sait, encore et encore, ces fleurons, à peine éclos dans une République morbide et mortifère…

Raja Snoussi

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