Développement : La Corée est une Tunisie qui a réussi !

Quelques pays exercent sur moi une fascination proportionnelle à leurs progrès en matière de développement.

Mes jeunes années, j’admirais sincèrement la manière dont la Chine avait pris le chemin du progrès et, de nos jours encore, j’observe avec attention les mutations de ce grand pays qui a entamé son décollage il y a soixante-dix ans.

Laissez-moi vous dire aussi combien j’ai de l’admiration pour Malte. Ce petit pays composé de deux grandes îles est en train de réaliser de véritables prouesses.

Malte, c’est la population de Sfax sur un territoire qui équivaudrait à Djerba. Et nos voisins sont en plein élan, malgré certaines difficultés politiques inhérentes au jeu démocratique.

Parmi ces pays, Israël a aussi constitué à mes yeux un autre de ces pôles vers lequel se tournait mon regard. Nonobstant l’impasse actuelle dans le processus de paix et la radicalisation de la droite dans ce pays, la stratégie des kibboutz a toujours éveillé ma curiosité de militant du local tout comme la mise en valeur d’un territoire désertique.

Ces expériences ne me laissent pas indifférent. Et je désirerais qu’un jour, nous puissions en parler de manière décomplexée sur la place publique.

Je pourrais citer beaucoup d’autres pays comme l’Allemagne, la France ou la Finlande, la Pologne et les Pays-Bas.

Chacune de ces nations accomplit des progrès tangibles et vient parfois de très loin. Parfois, lorsqu’on apprend que la Suède était il n’y a pas si longtemps, un pays pauvre, on ne peut que saluer certains chemins accomplis.

La Tunisie a ainsi raté pas mal de rendez-vous avec l’histoire. Notre pays a souvent hésité, avancé puis reculé pour changer de stratégie. Depuis l’indépendance, le courant moderniste qui a mené la barque a été contesté par d’autres tendances de manière frontale. Ce qui a eu pour effet de pousser le pays dans le sens d’une dictature sur fond de procès politiques réguliers et de cours de sûreté de l’Etat.

Là n’est pas aujourd’hui, mon propos. Je voulais seulement rapporter des propos que j’ai entendus de la bouche d’un responsable tunisien désormais retraité.

Cette personne qui a occupé de hautes fonctions avait rappelé à une assistance nombreuse que la Tunisie et la Corée étaient en 1956 au même niveau économique.

Il a aussi souligné qu’en 1971, une délégation coréenne était venue en Tunisie pour y étudier des mécanismes comme l’Agence de promotion des investissements afin de s’en inspirer pour la Corée.

Lorsqu’on regarde les deux pays, on ne peut que constater l’immense écart qui les sépare désormais en termes de richesse et de développement. Et, pourtant, ils étaient quasiment sur la même ligne de départ et avec les mêmes atouts.

Ni la Corée ni la Tunisie ne disposent de ressources naturelles remarquables. Pratiquement de même taille, les deux pays sont aussi entourés de nations plus importantes en termes de territoire ou de population.

Comme la Tunisie, la Corée ne compte que sur ses ressources humaines, l’intelligence d’un peuple et son ardeur au travail.

Qu’avons-nous fait de nos ressources humaines ces dernières décennies? Que s’est-il passé de si grave que le développement global du pays en soit altéré? Est-il possible que le système de prévarication à la source qui fut celui de Ben Ali ait écrasé à ce point un peuple?

Qu’a fait la Tunisie de positif depuis les années soixante et la maladie de Bourguiba qui a gangrené le régime? Que reste-t-il de l’impulsion donnée au pays par la politique économique prônée par Hédi Nouira en conjonction avec l’Europe? En quoi les questions identitaires et l’instrumentalisation de la religion ont-elles bloqué tout progrès politique?

Autant de questions qui me font dire que la Tunisie a fait beaucoup trop d’erreurs, a trop souvent changé de modèle, a souffert d’élites voraces qui se nourrissaient sur la bête.
En somme, nous sommes une Corée qui a raté son envol ou plus exactement qui a trop souvent changé de cap.

Avec les mêmes ressources au départ, la Corée est une Tunisie qui a réussi. Ce modèle coréen doit dès lors nous inspirer et nous aider à réfléchir sur les nouveaux sentiers que nous devrions emprunter dans un monde globalisé, compétitif et parfois impitoyable.

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