Billet | On achève bien le littoral

Au train où vont les choses, absence totale de l’Etat à l’appui, les 1148 kilomètres de littoral tunisien ressembleront, sous peu, à une suite ininterrompue d’ouvrages en béton accolés les uns aux autres dans un resserrement digne des bidonvilles brésiliens ou favelas.

Déjà, vu du ciel, le littoral tunisien offre une image pathétique que l’on ne risque pas de voir dans d’autres pays du monde, ayant vue sur mer. C’est à la fois lamentable et déconcertant, voire atterrant !

Que reste-t-il des 575 plages sablonneuses de ce beau pays ? Presque peu de choses. Des aiguilles de Tabarka au Lac El Biben de Zarzis, la moindre petite parcelle de plage accessible a été envahie par des hôteliers, des promoteurs, des citoyens appuyés par quelque éminence grise du pouvoir (voir notre article ci-dessous « Un gros bonnet ! »).

Le tout dans une indescriptible anarchie qui n’est pas sans rappeler l’édification de nombreux quartiers chaotiques dans la périphérie du Grand-Tunis, au début des années 80, tels les Ettadhamen, Daouar Hicher et autre cité Ennour.

Il n’y a que quelques endroits restés hors de portée des prédateurs de l’immobilier balnéaire qui conservent encore toute la splendeur de leur caractère sauvage en attendant qu’on vienne les arracher à leur écrin naturel pour en faire de vastes gourbis d’estivants.

Dans cette incroyable confusion, les phénomènes les plus aberrants et les plus révoltants prennent une ampleur indescriptible. Les plages, autrefois bien commun partagé par tous les Tunisiens sans distinction, sont aujourd’hui la chasse gardée des franges les plus exécrables de la société. Mafieux, bandits de haut vol y ont trouvé une aubaine inespérée.

Des pans entiers de plage sont occupés par des énergumènes surgis de nulle part qui érigent des résidences dignes des côtes espagnoles sur le bien public, sans aucun droit, sans titre, sans autorisation, sans rien, si ce n’est la transgression totale des lois de ce pays et de la propriété commune.

Bien évidemment, l’immobilier n’est pas le seul outrage fait au littoral tunisien et à l’environnement. En effet, le peu de sable qui n’est pas sous la coupe d’un requin, d’un hôtelier, d’un cafetier ou de tout autre usurpateur de bien public est livré à des malfrats qui ont balisé un territoire qui ne leur appartient aucunement.

Il suffit de planter un semblant de parasol dans chaque mètre carré et d’exiger de tous ceux qui accèdent à la plage un droit de baignade. Et gare aux réticents, non seulement la chose peut tourner à la bastonnade, mais l’absence totale des forces de sécurité donne des ailes à ces malfrats !

Allez voir du côté de Sidi Ali Mekki à Ghar El Melh ou à Hammamet où le parasol est loué à 250 dinars et la hutte ou paillotte à 650 dinars. Allez voir tout cela et demandez-vous où cela va nous mener. Qui pourra, un jour, oser raser tous ces « bunkers » anarchiques ? Qui chassera ces crapules qui ont colonisé nos plages pour permettre au Tunisien un droit d’accès à ce qui lui appartient de plein droit sans conditions, ni restrictions.

Imed BEN HAMIDA
Tunis-Hebdo du 29/07/2019

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