Tragique BCE !

Emportés par leurs analyses pseudo-objectives ou leurs partis pris sans équivoque, les commentateurs tous azimuts du récent discours du Président de la République sont passés – et on les comprend, ce n’est pas leur travail – à côté de la tragédie qui se déroulait sous leurs yeux. Une tragédie digne du théâtre grec antique ou des théâtres classique et moderne.

La tragédie d’un homme, qui, comme la Phèdre d’Euripide, « s’est créé sa propre fatalité », celle du fils successeur à la tête de « Nida Tounès » et a été « la première victime de ses propres passions ». C’est ce que certains critiques de la pièce d’Euripide appellent la « fatalité intérieure », par opposition à la fatalité divine ou céleste. BCE, comme Phèdre, a fini par se suicider, politiquement bien entendu.

La tragédie d’un homme qui n’est pas loin du Comte de Gloucester (dans « Le Roi Lear » de Shakespeare), lequel « avait deux fils : Edgar, l’enfant légitime, et Edmond, l’enfant naturel. Ce dernier trahit son père et son frère par ambition et pour gagner l’héritage auquel son statut d’enfant naturel ne lui donnait pas droit ». Pas besoin d’un dessin, je pense, pour faire le lien !

La tragédie d’un homme qui, comme « Le Roi  (qui) se meurt », d’Eugène Ionesco, est « en fin de règne, mais refuse d’admettre la réalité ». Le personnage de Ionesco se plaint de sa santé (ce qui n’est pas le cas de notre BCE), mais aussi de l’état de l’univers et du royaume (tout comme BCE qui se plaint de l’état du pays, dont il fait porter la responsabilité à Youssef Chahed). Tout au long de la pièce, il essaie à plusieurs reprises de se relever, mais n’y parvient pas. Il ne peut même plus donner d’ordres ».. Et là, je vous laisse le soin de terminer le parallèle entre les deux hommes.

Cette triple tragédie se joue sur une toile de fond tissée par trois grands thèmes parmi les plus prisés au théâtre : la trahison, la vengeance et la défaite, l’une provoquant l’autre, dans un enchaînement implacable. Trahison du fils (adoptif), tentative de vengeance du père et échec (jusqu’à ce jour du moins) de la riposte paternelle, le tout dans un épanchement de passions digne de Corneille et de Racine et qui, comme dans le théâtre grec antique, est relayé et amplifié par ce chœur moderne que constituent aujourd’hui les partisans et les journalistes des deux bords.

Tragique BCE ! Pathétique BCE ! Derrière le président déçu et amer, mais franchement revanchard, se profile le drame d’un homme qui, au crépuscule de sa vie, se trouve trahi par les uns et délaissé par les autres, mais qui, comme beaucoup de héros du théâtre grec antique ou du théâtre classique français, qui en dérive, persiste à courir vers une fin qu’il sait fatale, puisque c’est lui-même qui l’a provoquée et n’a pas su l’éviter au moment opportun.

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N.B. La première citation est due au blog de la Société alpine de philosophie, le reste est de wikipédia.

Adel LAHMAR
Tunis-Hebdo du 25/03/2019

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