Parlement… on y parle, on y ment !

Détrompez-vous ! La Cheikha Souad n’y est pas pour rien. Ce fut un temps où elle faisait bien partie de ces « parlementeurs » dont il sera bel et bien question dans ce papier. A présent, elle appartient à une tout autre espèce. Dites-vous surtout que du Bardo à la Kasbah, bien des choses peuvent bien survenir. Mais soyez-en rassurés ! Le pamphlet arrivera. Nous y reviendrons.

Pour l’instant, veuillez du moins considérer ceci : à l’âge du tapage et à l’ère de la surenchère, le discours politique se veut étonnamment inventeur et la mythomanie se fait diablement créatrice.

Alors, histoire de nous dégourdir un peu les idées, parallèlement à ce spectacle cocasse de l’affabulation, tâchons en cette année éminemment tapageuse et non moins surenchérisseuse, baptisée ad hoc « l’année électorale » -mais quel génie !- de ressaisir opportunément, en ces jours du lundi, divers glossaires du jargon et autres nuances de la nomenclature.

Ceci étant dit, entrons très vite dans le vif de l’exercice et commençons aujourd’hui par une de ces pratiques faisant monnaie courante et devenue même des plus triviales malgré son extrême médiatisation. On parle ici et à point nommé du « parlementage ».

Il s’agit, voyez-vous, d’un mot qui désigne, d’abord et en toute vraisemblance, l’action de « parlementer ». Entendez par là le fait de tenir la parlote, de manière très bruyante, pendant des heures, des jours et des semaines, parfois même à longueur de mois ou d’années, sur des détails, souvent futiles et presque toujours inutiles, concernant des sujets néanmoins sérieux et quelquefois dangereux, qui intéressent le Peuple et la Nation.

En même temps et sémantique oblige, « parlementage » indique aussi, voyons donc, l’action de « parlementir », dont voici la définition la plus courante : « mentir comme on parle, mentir comme on respire ». Mais ce verbe, appartenant -figurez-vous- au troisième groupe, peut aussi signifier, en particulier, « s’adonner au discours politique » et dans un emploi plutôt absolu, « exercer le métier de politicien ».

Et enchaînons, tant qu’on y est, sur ces parleurs hargneux, bavards et volubiles, tantôt voraces, tantôt débiles qui pratiquent justement le « parlementage ». Voilà que finalement nous y sommes, on les appelle précisément les « parlementeurs » !

Et d’ordinaire, quand ils ne sont pas là à frimer sur les plateaux télévisés, on peut toujours les voir –à s’abstenir de préférence !- mener leurs bagous et baratins dans un endroit appelé, censément, le « parlement ».

Prenant parfois la majuscule initiale, le terme désigne tant le grand et éminent bâtiment, que l’assemblée de ses parlementeurs d’habitants ; mais renvoie surtout à la grande salle qui s’y abrite et qui pue ce mélange acide de mains sales, de pieds humides et d’odeurs persistantes d’hypocrisie et de mensonge.

Et l’actualité dans tout cela ? Bah… la voici : décidément, nos parlementeurs n’ont rien à foutre de la formation du personnel des navires de pêche. La semaine dernière, ils ont ainsi séché à trois reprises, la séance de vote de la loi en question. Ce qui est vraiment très étrange ! Et dire qu’ils se bourrent incessamment de plats de poissons succulents, concoctés à loisir dans leur cantine parlementaire !

Ah ces gloutons de parlementeurs !

Slim BEN YOUSSEF
Tunis-Hebdo du 18/02/2019

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