L’otage Algérie

Le président Bouteflika, otage de sa fonction
A bientôt 82 ans, affaibli par la maladie et déconnecté de la réalité, le président algérien, Abdelaziz Bouteflika, a annoncé, dimanche 10 février, sa candidature à un cinquième mandat présidentiel dans un message en langue de bois transmis à l’agence de presse APS. Dès lors, les questions fusent : l’Algérie est-elle devenue une mascarade démocratique ou s’abstient-elle de tomber de Charybde en Scylla ?

Depuis quelque temps, des personnalités algériennes de tout bord montent au créneau pour dénoncer l’absurde candidature : « Monsieur le Président, même si vous n’entendez plus, ne voyez plus, ne lisez plus, sachez que l’on ne vous déteste pas mais qu’on a pitié de vous », a déclaré le journaliste Hafid Derradji dans une vidéo publiée sur Youtube.

L’homme du petit écran s’est insurgé contre la volonté d’une bande de mafieux de faire réélire un infirme pour continuer de vider les caisses de l’Etat en toute impunité. Tel est ce fossé si large entre une minorité pleine aux as tenant les rênes du pouvoir et un peuple délaissé qui ne sait plus à quel candidat se vouer.

One two three, viva l’Algérie

Il n’existe pas un peuple sur cette Terre qui aime autant sa patrie que le peuple algérien. Pourtant, l’Algérie voit partir ses enfants sans pouvoir les retenir. Car le véritable fléau de ce pays n’est ni d’ordre social ou économique, mais bien d’ordre politique. Comment peut-on quitter un pays qui a tout ? Du pétrole de ses sous-sols à ses oasis inexplorés, l’Algérie est la pépite d’or de l’Afrique.

Toutefois, le pays de Ben Bella et autre Boumediene est à la merci, depuis des décennies, d’un malaise identitaire qui se transmet de génération en génération. Regardons la réalité en face et faisons preuve d’un peu d’honnêteté sans tomber dans les généralités ; l’Algérie, au même titre que l’Egypte, le Maroc, la Libye et la Tunisie, n’a jamais misé sur l’éducation de ses enfants et cela s’en ressent aujourd’hui.

A l’ère du numérique à haut débit et où les jeunes du monde entier s’impliquent de plus en plus dans la sphère politique de leurs pays respectifs, des pays comme l’Algérie préfèrent l’immobilisme au changement, l’opacité à la transparence et les anciennes méthodes aux nouvelles.

Alors que le nom de Abdelaziz Bouteflika est sur toutes les lèvres à propos des présidentielles du 18 avril prochain, nombreux sont ceux qui ignorent l’identité des autres candidats au franc-parler si tranchant et à l’esprit si affuté. Rachid Nekkaz, Tahar Missoum et Ghani Mahdi sillonnent, ainsi, les quatre coins de leur pays pour solliciter les signatures des citoyens et drainer les foules.

Les trois hommes ont du succès et n’hésitent pas à piquer là où ça fait mal. Malheureusement et bien qu’ils disposent d’une aura digne du palais d’El Mouradia, leur fougue et leur manque d’expérience laissent entrevoir le doute quant à leurs véritables intentions.

Les fantômes du Printemps arabe

La question est de savoir si les Algériens sont vraiment mécontents de la candidature de Bouteflika. Si c’est le cas et dans un contexte d’élection au suffrage universel, pourquoi ne pas voter pour quelqu’un d’autre et laisser le pauvre homme se retirer ?

La vérité est que les Algériens sont encore sous le choc de la guerre civile qui opposa le peuple aux groupuscules islamistes de 1991 à 2002. Pour rappel, cette guerre s’est soldée avec la victoire du gouvernement de Bouteflika et coûta la vie à plus de 60.000 personnes.

De ce fait, les Algériens n’ont aucune envie de subir les dommages collatéraux du Printemps arabe qui a touché les voisins tunisiens et libyens. En d’autres termes, Bouteflika fait office de rempart démocratique à un intégrisme religieux en plein essor. Confier la présidence à un autre, c’est ouvrir une brèche pour les loups.

Vers un 6ème mandat…

À la chute de Moubarak en 2011, l’Egypte a sombré dans l’illusion démocratique et le désordre social. L’arrivée de l’islamiste Mohamed Morsi au pouvoir a déchaîné les passions et les frustrations les plus viles. Mais au lieu de connaître le même sort que l’Iraq et la Syrie, la terre des Pharaons a été sauvée in extremis par sa propre armée en la personne du général Sissi. Au diable la démocratie et cette Révolution du Jasmin ! Le nouvel homme fort d’Egypte entreprend un nettoyage radical mais néanmoins sanglant pour le plus grand soulagement de ses sujets modérés.

Si la Tunisie a su faire cohabiter, un tant soit peu, les idéaux laïcs et islamistes, l’Algérie risque de ne pas en faire autant si Bouteflika cédait sa place. Afin de préserver l’image démocratique de leur pays et éviter le recours à la force, les généraux algériens, en conflit d’intérêts, continueront d’user de « Boutef » indéfiniment tout en protégeant une Algérie otage de ses enfants. « Bouteflika 2024 ! » Est-il trop tôt pour le dire ?

Mohamed Habib LADJIMI
Tunisie-Hebdo du 18/02/2019

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