Chronique de Hatem Bourial | Mickey, Pif, Spirou, Tintin et les autres

Le monde de Disney, ce sont d’abord des bandes dessinées et tous ceux de ma génération se souviennent certainement de ces héros de papier que nous retrouvions parfois sur le grand ou le petit écran.

Ces personnages étaient nombreux, facétieux, convenus ou imprévisibles. Ils peuplaient le Journal de Mickey de leurs aventures cocasses et constituaient une galerie de caractères que ne désavouerait pas La Bruyère.

Au sommet de cet univers, il y a la souris Mickey Mouse autour de laquelle tout s’articulait. En fait, Mickey, c’était un gars et sa souris à lui, c’était Minnie.

Ce duo vivait les aventures les plus incroyables et de nombreux autres animaux gravitaient autour. Un peu à l’image des Fables d’Esope ou de La Fontaine, tous ces personnages portaient une morale ou bien un contre-exemple à ne pas suivre. Prenez par exemple les Rapetou : c’était une bande de voleurs masqués qui échouaient toujours près du but suscitant la moquerie.

Inlassables, ils s’y remettaient dès l’aventure suivante et continuaient ainsi leur festival de ratages au grand bonheur de la marmaille.

Le personnage du savant fou sur les bords se nommait Géo Trouvetou. Dans son laboratoire, il multipliait les inventions ingénieuses mais se faisait toujours détourner ses idées. A cause de lui et son manque de concentration, le monde a souvent failli courir à la catastrophe. Mais, toujours, à la dernière minute, les choses se réglaient et tout rentrait dans l’ordre.

Un personnage que j’adorais, c’était Miss Tick qui n’avait rien de mystique mais plantait une sorcière bien aimée qui avait toujours plus d’un tour dans son sac. Toute de noir vêtue, fardée comme pas possible, cette Miss Tick faisait le mal par devoir mais restait au fond inoffensive.

Que de personnages ! Gontran le balourd, Dingo le chien pas très futé, Pluto l’autre chien toujours égaré.. Il y avait aussi et surtout Donald Duck dans ses démêlés avec l’avarice incarnée sous les traits de Picsou. Ces deux-là passaient leur temps à se chamailler, l’un essayant de gruger l’autre. Croyant trouver le filon, Donald s’engageait à fond mais se faisait toujours doubler par son oncle Picsou aussi avare qu’intransigeant…

L’image de Picsou dans son coffre-fort, en train de nager dans un océan de liquidités, compte parmi les images d’Epinal de cette époque. Quant au pauvre Donald, piteux, il devait remettre du cœur à l’ouvrage et essayer de trouver une nouvelle ruse pour s’emparer du trésor de son oncle.

A vrai dire, ces histoires étaient hilarantes, avec un duo qui jouait en permanence au chat et à la souris. Seulement, le capitaliste l’emportait toujours sur le neveu romantique mais aux ruses téléphonées.

Entre les deux personnages, un trio avait le vent en poupe. Ces trois petits canards habiles et débrouillards se nommaient Riri, Fifi et Loulou et parvenaient toujours à sauver la mise au pauvre Donald. Ingénieux, ils parvenaient à le sortir des impasses où il se fourvoyait et le remettaient sur le droit chemin jusqu’au prochain épisode et au prochain numéro du Journal de Mickey.

Je crois que nous sommes nombreux à avoir feuilleté et lu ce journal de nos tendres années. Il continue d’ailleurs à paraître et connaît le même succès auprès des enfants d’aujourd’hui.

Dans le temps, le public pouvait choisir entre plusieurs de ces magazines pour enfants. Ainsi quand ce n’était pas Mickey, c’était Tintin, Pif ou Spirou qui paraissaient aussi selon une périodicité hebdomadaire.

Ces gazettes aussi regorgeaient de personnages et nous étions nombreux à tout lire pour ensuite échanger nos revues dessinées à la bourse du livre d’occasion. Personne ne manquait une miette de ce festin et je suis sûr que personne n’a tout à fait oublié ces galeries de personnages.

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De Spirou, je me souviens surtout des Histoires de l’Oncle Paul qui ajoutaient un brin de culture dans un édifice marqué par l’humour et l’aventure.

Chaque semaine, l’Oncle Paul racontait une histoire extraordinaire. Ça allait des statues de l’île de Pâques aux extraterrestres et, chaque fois, il y avait du grain à moudre et des leçons à apprendre. Bien sûr, les aventures de Spirou et Fantasio bénéficiaient de l’attention de tous. Mais parfois, elles étaient supplantées par les exploits de l’aviateur Buck Danney ou les courses échevelées de l’automobiliste Michel Vaillant.

Mais au fond, rien ne valait la nonchalance de Gaston Lagaffe qui était de tous les mauvais coups. Serial gaffeur, il créait toujours d’incroyables imbroglios et se faisait toujours rabrouer. Gaston, c’était un poème signé Franquin, un archétype du l’idiot malgré lui. Il vous tordait de rire et, pris sur le fait, se lançait toujours dans des interjections sans fin à l’image de son incontournable « M’enfin » qu’il prononçait quand rien n’allait plus.

Les personnages étaient nombreux dans ces gazettes et, avec le temps, je m’emmêle un peu les pinceaux pour retrouver les revues qui publiaient telle ou telle histoire. Mais au fond, ce n’est pas très grave lorsqu’on laisse remonter les souvenirs. Par exemple, la revue Pilote avait pour fil rouge les aventures d’Astérix et celles de Lucky Luke. C’est aussi dans ce journal que paraissaient les histoires d’Iznogoud qui voulait être calife à la place du calife ou encore celles de Blueberry, le soldat de western dont les dessins étaient d’un réalisme remarquable.

Sur Tintin, je crois que tout était à l’honneur sauf le personnage de Tintin dont il fallait attendre les albums pour découvrir les aventures. Tintin, c’était un monde fabuleux et une galerie de personnages qui valaient le détour. De Milou à la Castafiore en passant par les frères Tournesol, chaque héros avait son caractère ou ses lacunes.

Le plus pittoresque était incontestablement le capitaine Haddock avec son vocabulaire imagé et ses jurons sonores. Souvenez-vous des « Mille sabords » et autres « Bachi-bouzouk » qui sortaient fulminants de la bouche du capitaine ! Souvenez-vous aussi de toutes les aventures du petit reporter à travers le monde, dans l’espace et même dans des contrées inexplorées.

La magie de Tintin, c’était tout l’art du grand Hergé avec un zeste d’actualité. Ainsi, avions-nous vécu, sur les traces de Tintin quelques épisodes de la guerre froide, des aventures exotiques ou encore de formidables plongées dans l’Histoire. Il en reste mille et un objets, des sensations tenaces et parfois quelques albums qui attendent le retour du lecteur qui les a abandonnés depuis trop longtemps.

Pif complétait agréablement ces revues. Là encore, le défilé des personnages avait des saveurs inégalées. De Pif à Hercule en passant par Pifou, ils étaient nombreux à vous arracher rires et sourires. Si Spirou avait pour lui les Schtroumpfs et le Marsupilami, Pif avait à son avantage le fameux gadget à monter soi-même dans la plupart des cas.

Je suis sûr que vous vous souvenez des pois sauteurs du Mexique ou bien du boomerang et du Sablier. Chaque semaine, une extravagance venait rompre la monotonie et créer la sensation. Je me souviens de jeunots qui mettaient un point d’honneur à compléter tous les jeux proposés dans un cahier spécial. Les enquêtes de Ludovic avaient par exemple leurs inconditionnels qui, pourtant, se cassaient souvent les dents sur les difficultés des intrigues.

Pif, c’était aussi trois héros de papier qui allaient connaître une belle postérité. Ainsi, surgi de la Préhistoire, Rahan nous emmenait dans le monde des dinosaures et des tribus des cavernes.

Pour sa part, le Docteur Justice était une sorte de James Bond des combats pour les opprimés. Ses aventures étaient très suivies et ont fini par être adoptées au grand écran. Corto Maltese était un autre de ces personnages. Aventurier taciturne, marin venu de nulle part, ce Carto allait emballer le public et devenir l’une des plus fabuleuses icônes de la bande dessinée.

Je crois que si nous avons tous baigné peu ou prou dans le monde des illustrés dans le style Blek le Roc ou Rodéo et Zembla, il y avait aussi un grand engouement pour toutes ces revues hebdomadaires. Qui d’entre nous n’a-t-il pas feuilleté Pif, Spirou, Mickey ou Pilote ? Qui d’entre-nous n’a-t-il pas vibré à ces aventures ? Qui d’entre nous n’a-t-il pas gardé précieusement des exemplaires de ces revues, depuis parfois une cinquantaine d’années ?

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Difficile d’évoquer en une seule livraison tous ces héros de l’enfance. Animaux savants, aventuriers et reporters, Gaulois irrédentistes ou cow-boy qui tire plus vite que son ombre, tous nous ont accompagnés durant de longues années.

Bien évidemment, chacun avait ses préférences. Ainsi, je ne vous cacherai pas ma prédilection pour des aventures de Pim Pam et Poum, trois mioches turbulents dont les aventures comptent parmi les plus anciennes que la bande dessinée ait connues.

Dans ce registre, je me souviens aussi des aventures de corsaires de Pepito ou celles de l’inénarrable Tartine qui avait raison de tout. Ces personnages sont perdus dans le dédale de nos mémoires. Ainsi, qui aujourd’hui se souvient de l’ours Yogi ou encore des Pierrafeu et leur dégaine préhistorique ?

Et Bibi Ficotin, ça vous dit encore quelque chose ou bien est-il égaré dans les méandres du souvenir ? Ainsi, lire une aventure des Pieds Nickelés constituait, à une époque donnée le nec plus ultra du plaisir des amateurs de bandes dessinées. Ces trois-là avaient une allure pas possible et des aventures qui vous menaient au bout de l’absurde. Tellement de ces livres me sont passés entre les mains que c’est aujourd’hui un régal d’en retrouver quelques copies.

Et s’il y a la part de la nostalgie, celle des éclats de rire n’est jamais loin. Ils semblent bien lointains tous ces personnages nés dans un monde où même la télévision était une rareté. D’une certaine manière, ils nous installaient entre l’évasion de rêveur et la lenteur du lecteur et nous sacrifions à leur culte avec préméditation et récidive.

Comment ne pas avoir un mot pour Popeye et sa chère Olive ? Pour ce marin aux muscles en épinards, tout était possible dès qu’il avalait sa potion magique. Un peu niais et crédule, il se ferait avoir à tout bout de chance n’eussent été ses épinards bien verts ! J’avoue aussi une tendresse assumée pour Félix le Chat, Arthur le Fantôme et Denis la Malice. Je me suis longtemps régalé à la lecture des aventures de ce trio et continue à les fréquenter à de rares occasions.

Enfin, juste un mot d’autres personnages qui, souvent, nous ont fait rire aux éclats, surtout devant le petit écran.

Woody Woodpecker, Tom et Jerry ainsi que Titi et Sylvestre sont ces héros qui restent très appréciés. Rien à ajouter sinon que je suis mûr pour une cure de dessins animés !

Hatem Bourial
Tunis-Hebdo du 04/02/2019

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