Quel destin au projet de YC ?

C’est dimanche, que le projet politique initié par le Chef du gouvernement, Youssef Chahed, est sorti au grand jour et a été révélé à l’opinion publique.

Indépendamment de son nom (Mouvement « Tahia Tounès ») ou de son logo qui le feront distinguer des multiples autres formations qui se veulent centristes, quel sera son destin futur ?

Réussira-t-il, comme le souhaitent ses initiateurs, à rassembler la majorité des Tunisiens qui avaient servi de troupes électorales pour le « défunt » Nidaa Tounes ? Ou va-t-il subir le même camouflet que ne cessent d’encaisser ces « partis » politiques qui sont sortis (encore) des entrailles du « vénérable » Nidaa Tounes ? Aujourd’hui, on compte près de 215 partis politiques (excusez le peu !) en Tunisie.

Aussi paradoxal que cela puisse paraître, toutes ces formations qui se disputent l’héritage bourguibien, sans vraiment le respecter, et qui se veulent les défenseurs d’un modèle sociétal moderniste et libéral, ont cette particularité de n’être, finalement, que des enfants « naturels » de Nidaa Tounès.

Car, ils sont pratiquement tous, sans exception, enclins à suivre ses pas dans tous les domaines, de leur « programme » économique (s’ils en ont !), jusqu’à leur collusion avec les Islamistes avec lesquels ils n’auront aucun remord ou aucune gêne de s’acoquiner.

En fait, le nouveau projet de YC mérite le détour et l’intérêt dans la mesure où c’est, peut-être, la première fois, si je ne m’abuse, dans l’histoire politique universelle qu’un chef de gouvernement crée un parti politique, alors qu’il a accédé à sa fonction grâce à un autre parti politique ! Encore une fois, l’exception tunisienne fait des siennes !

En effet, YC n’était plus en odeur de sainteté du côté de Carthage, et par conséquent du Lac, siège de Nidaa Tounès. Il était même devenu l’homme à abattre parce qu’il n’aurait plus souhaité obéir aux injonctions qui lui parvenaient de ces deux centres du pouvoir, alors qu’il les a acceptées lorsqu’elles lui provenaient de Montplaisir, faisant des islamistes ses partenaires et ses alliés stratégiques.

Le chef du gouvernement – qui tenait à demeurer en place contre vents et marées – était en réalité dans l’obligation de s’allier avec les Ghannouchi and Co, tout en travaillant à « détourner » ce qui restait des députés de Nidaa Tounès, certains l’avaient déjà quitté pour le « Machrouu » ou de puiser parmi les députés d’autres partis qui n’ont pas su, ou pu, retenir les leurs (Afek Tounès) ou quelques indépendants.

L’objectif consistait à créer un bloc parlementaire assez consistant de nature à lui permettre d’obtenir une majorité qui n’est devenue possible qu’après le ralliement de Mohsen Marzouk.

Ensuite, YC et son équipe ont entrepris, à la fois, leur travail de sape et de recrutement puisant toujours dans les effectifs de Nidaa Tounès ou en faisant appel à d’anciens rcdistes (la nomination de Kamel Hadj Sassi servait probablement à cela !).

Les nouvelles recrues provenaient aussi des notabilités (les élus municipaux), voire des cadres des administrations régionales ou locales. Maintenant, il s’agit de connaître le degré d’engagement de ces recrues à l’égard de la formation de YC.

Sont-elles là pour défendre un projet si jamais il se cristallise ou bien l’ont-elles fait par simple opportunisme parce que YC est, actuellement, le Chef de l’exécutif ? Sa tournée dans la plupart des gouvernorats du pays a montré cette tendance de l’équipe de YC de recruter parmi les cadres et les notables des régions, c’est-à-dire ceux qui pourraient constituer potentiellement des leaders d’opinion dans leurs régions ou dans leurs localités

Dans le jargon politico-constitutionnel, ce parti est connu comme étant un parti de cadres, doté d’une organisation souple et constituant une machine électorale. Car et en termes de projets, YC et son équipe – ne pouvant se prévaloir d’un bilan de gouvernement positif – auraient bien du mal à convaincre qu’ils feront mieux à l’avenir avec leur propre formation d’autant plus que l’alliance avec les islamistes serait reconduite.

C’est pour cela, et sans vouloir jouer les oiseaux de mauvais augure, et une fois qu’il quittera la Kasbah, YC pourrait faire le cruel constat d’avoir fondé une coquille vide, sans programme d’avenir et sans ambition pour un peuple avide d’un destin bien plus séduisant, bien plus juste et ayant des chances de le sortir de la misère sociale et de la détresse économique dans laquelle il ne cesse de glisser inexorablement…

Lotfi LARGUET
Tunis-Hebdo du 28/01/2019

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