Manœuvre politicienne !

L’Instance Dignité et Vérité (IVD) refait surface sur fond de polémique. Alors que l’on croyait qu’elle planchait exclusivement sur son rapport final se rapportant à la justice transitionnelle comme elle avait semblé s’y être engagée en mai dernier, elle se rappelle à notre bon souvenir, et celui de l’ensemble du pays, en poursuivant tranquillement ses activités avec notamment la traduction de l’ancien ministre de l’Intérieur, Ahmed Friaa, devant les juridictions spécialisées.

Et il paraît qu’elle a convoqué, pour aujourd’hui (par le biais d’un simple coup de téléphone ???), d’autres hauts responsables de l’ancien régime, entre autres, Ahmed Smaoui pour comparaître devant l’IVD.

Il est clair que le débat sur la justice transitionnelle tunisienne, à la sauce Ben Sedrine, ne risque pas de se terminer même après la fin de la mission de l’IVD. Car son fonctionnement est intimement lié aux attitudes, aux comportements et aux positions de sa présidente.

Sihem Ben Sedrine l’a géré d’une main de fer, défiant tous ses collaborateurs, notamment ceux qui ont eu l’audace de contester sa mainmise, et opérant une sorte de sélection des affaires qu’elle s’était proposée de dévoiler, de faire comparaître les coupables ou les victimes, d’accorder des dédommagements, de procéder à la conclusion d’accords de réconciliation ou de traduire ceux qu’elle considère comme des « coupables » qui doivent passer devant les juridictions spécialisées.

La justice transitionnelle est, théoriquement, censée réaliser un certain nombre d’objectifs comme l’identification des coupables et des victimes des violations des droits de l’homme, la sanction des responsables et le dédommagement des victimes, mais surtout préparer la société et le pays à une profonde réforme du secteur de la sécurité afin d’éviter la reproduction des violations passées, la préservation et le renforcement de la paix dans le pays et la réconciliation entre toutes les parties, à titre personnel, et sur le plan national.

Mais, le résultat de la démarche imprimée par Sihem Ben Sedrine fut loin d’atteindre ces objectifs. Au contraire, on se rappelle les chauds débats soulevés par les tentatives de « réécriture » de l’histoire nationale et du tri des affaires et des victimes des violations des droits de l’homme sous l’ancien régime, ce qui lui avait valu surtout le soutien des Islamistes.

Ce soutien inconditionnel s’est de nouveau manifesté après la nouvelle de la comparution d’Ahmed Friaa alors que les autres groupes parlementaires, y compris ceux qui seront demain leurs alliés au gouvernement de Youssef Chahed (Machrouu Tounes, Alliance Nationale), ainsi que Nidaa Tounès, ont préféré déserter les bancs de l’assemblée plénière de l’ARP.

Les Islamistes ressortent les arguments « juridiques » tout comme leur « égérie » pour justifier le maintien de l’IVD et la poursuite de son activité. Or, ces arguments ne peuvent convaincre personne puisque Sihem Ben Sedrine, qui se prévaut des décisions émanant du Tribunal Administratif ou d’autres juridictions, avait complètement ignoré ces mêmes institutions et leurs décisions lorsqu’elles lui furent défavorables.

Autrement dit, l’action de Sihem Ben Sedrine et de son IVD n’est guère innocente. Qu’est-ce qui peut la motiver sinon de sombres desseins d’attiser de nouveau le « feu » des tensions au sein d’un peuple meurtri par des années de disette et de lente descente aux enfers ? A quoi sert-il maintenant de remettre sur le tapis des affaires déjà résolues par la justice ?Ne serait-il pas plus judicieux de tourner la page de la haine et de la vengeance ?

Cette manœuvre politicienne nous semble destinée à faire apparaître les Islamistes sous une double image au moment où ils sont dans le box des accusés après les révélations du comité de défense des martyrs Chokri Belaid et Mohamed Brahmi. Mais ceux qui font dans la manipulation de l’opinion publique et des citoyens ne semblent pas avoir encore compris que ces « batailles d’arrière-garde » ne les intéressent plus, et que seul un avenir meilleur pourrait les remobiliser

Lotfi LARGUET
Tunis-Hebdo du 29/10/2018

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