Semblables et dissemblables ! II – Vie saine de l’un, débauche de l’autre

Bourguiba et Atatürk, deux admirateurs de l’Occident

Atatürk, tout comme Bourguiba, avait un faible pour les penseurs français et en particulier Voltaire et Rousseau. Il était subjugué par Napoléon. À noter qu’il avait suivi toutes ses études au sein des différentes écoles militaires du fait qu’il n’y avait point d’autres choix que le cursus de théologie ou celui de l’armée. Il parlait quatre ou cinq langues différentes. Il était, aussi, matheux, d’une grande intelligence et un excellent tacticien. C’est, du reste, ce qu’il a réussi à démontrer plus d’une fois lors des différents combats qu’il a livrés.

Les historiens n’ont pas révélé si ce fameux stratège turc a eu ou pas le temps nécessaire et la vanité, comme « Si Lahbib », pour édifier « un chapelet de châteaux » comme les nôtres à travers la République, à moins qu’il se doit contenté du « reliquat » des luxueuses bâtisses des Ottomans.
Autant Bourguiba menait une vie hygiénique des plus saine, faisant de longues marches quotidiennes pour garder une bonne forme, autant le chef turc s’était illustré par ses excès de tous genres et cela jusqu’à la débauche. Toutefois, cela ne l’a nullement empêché de mettre la Turquie sur les rails de la technologie et du modernisme…

Certes, Atatürk n’a rien fait de significatif au profit de la femme turque comme les immenses réformes sociales obtenues par les Tunisiennes grâce à l’apport significatif de « Si Lahbib » pour la gent féminine, chez nous…

Atatürk n’a probablement pas daigné s’attaquer au problème tabou du divorce laissé à la merci des hommes de religion si puissants, à l’époque, en Turquie. Si Bourguiba avait tenté de pousser au non-respect du mois de Ramadan mais n’a pas été volontairement suivi par les masses. Atatürk, lui, n’a pas du tout osé suivre cet exemple dangereux.

« Si Lahbib » est même allé jusqu’à faire changer radicalement les noms « ridicules ou avilissants » de nombreux compatriotes. C’était aussi un homme de théâtre. Il imitait en cela son frère M’hamed, un acteur de renom. D’ailleurs, lorsque le « zaïm » allait à la rencontre de ses compatriotes, il lui arrivait de vêtir la tenue traditionnelle de la région à visiter.

L’un comme l’autre, le président turc et tunisien, n’ont cessé d’affirmer une volonté farouche de moderniser leur pays et d’appeler de toutes leurs forces au travail. Bourguiba a toujours ou presque prôné le parti unique. Atatürk en a fait autant. Toutefois, le premier a été évincé du pouvoir après 30 ans d’exercice, alors que le second est décédé le 10 novembre 1938 alors qu’il était encore au pouvoir.

À mon humble avis, Atatürk demeure un cran au dessus de Bourguiba qui, du reste, avait une haute considération pour le grand et prestigieux officier turc qu’il a tenté d’imiter, un tant soit peu, pour réformer notre société. En revanche, d’un point de vue intellectuel, Atatürk ne faisait pas le poids face à Bourguiba.

En effet, Si Lahbib était un licencié en droit et un parfait bilingue féru de lecture, de poésie et admirateur des grands penseurs français. De plus, il a fréquenté certains milieux politiques français et même, selon les mauvaises langues, il aurait flirté avec des personnalités de la franc-maçonnerie, alors qu’il faisait ses études supérieures à Paris. Il s’est donc imprégné des rouages politiques et médiatiques du gratin français.

Atatürk, quant à lui, faisait partie de la « Loge Vedeta » (loge verte). Il la quitta vite, parce qu’elle se composait d’une majorité d’étrangers. Il avait une admiration sans limite pour la Révolution française et, particulièrement, pour Napoléon Bonaparte.

Ce qui manquait à notre ancien président, c’est qu’il n’a jamais fait de service militaire, tout comme chacun le sait. Il avait une peur bleue de tout ce qui lui rappelle de près ou de loin l’armée. Par exemple, il n’a jamais daigné visiter un campement militaire quelconque à l’exception, paraît-il, d’une caserne au fin fond du sud tunisien, certainement pour y admirer la vélocité des Méharis.
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Ce n’est pas dans deux articles, soit quelques centaines de lignes, qu’on peut traiter de la vie et des œuvres immenses d’hommes politiques de l’envergure de Bourguiba et d’Atatürk.
Il va de soi que des ouvrages entiers ont été, déjà, élaborés à leur sujet et que d’autres suivront encore…

Pour notre part, nous ne prétendons nullement savoir tout de ces deux illustres hommes d’Etat. Notre rôle a été de rapporter certains faits vécus concernant « Si Lahbib » du moment qu’on peut me considérer comme ayant été partiellement son contemporain, vu mon âge.

Concernant Kamel Atatürk, il est décédé alors que je venais de naître… De ce fait, mes connaissances sur son rôle de Chef militaire et meneur d’hommes, je les dois à mes lectures. Ne lança-t-il pas un jour à ses troupes, en plein bataille, quelque chose du genre : « Je ne veux pas seulement que vous gagnez, mais je veux que vous mourriez, s’il le faut, pour l’emporter ! »

La totalité des faits que j’ai narrés, à propos de Kamel Atatürk, sont, donc, le fruit de ma culture personnelle ou du moins ce qu’il m’en reste…

M’hamed Ben Youssef
Tunis-Hebdo du 01/10/2018

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