Tunisie : Une démocratie participative

Tribune | Par Mohamed Habib Salamouna, professeur de français
Crédit photo : AFP

Que retenir des premières élections municipales libres sous nos cieux ? Pas de quoi pavoiser ! Le processus électoral s’est déroulé sans incident majeur, mais la courbe fatale de l’abstention n’a pas été enrayée. « Sur un total de 5.369.862 électeurs, seuls 1.796.154 sont allés voter », a annoncé Mohamed Tlili Mansri, président de l’Instance Supérieure Indépendante pour les Élections. Qu’est-ce à dire ?

Trop de citoyens sont déçus par l’incapacité du politique à traiter leurs problèmes – l’emploi d’abord. Ils sont fatigués d’avoir joué le jeu des « deux cheikhs » et de constater l’aggravation du chômage et des inégalités. Désireux d’être « mis dans le coup », ils n’admettent pas que le pouvoir refuse un vrai dialogue avec ceux qui se rebellent : les titulaires de doctorats, les blouses blanches, les intermittents, etc.

Cerise amère sur le gâteau : les affaires n’en finissent pas. On voit même monter, chez les jeunes, le thème du « devoir civique » d’abstention : ne pas y aller, ne pas « se laisser avoir » par les promesses électorales, tel serait aujourd’hui le devoir de vigilance citoyenne !

Face à cette lame de fond, on essaie de culpabiliser le citoyen, de lui opposer le devoir civique. Faux, répondent les Tunisiens : la citoyenneté aujourd’hui c’est de ne pas jeter des ordures dans la nature, respecter la sécurité routière, bref adopter les normes de la vie en commun. La balle est dans le camp du politique : il lui faut restaurer la croyance dans sa capacité à changer les choses de notre vie quotidienne, il lui faut nous faire retrouver le chemin des urnes, pas par devoir mais par envie.

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