La ligne Mareth, une ligne de défense fixe dans le désert tunisien (1940-1943)

Tribune | Par Olivier-Jamil Clément – Historien. Créateur et administrateur du groupe Facebook « Mémoire d’une chéchia – Tunisie »
Photographie réalisée à la surface du sol des fortifications de la Ligne Mareth (1938)

La ligne Maginot était un ensemble de fortifications construites par la France le long de ses frontières, entre 1928 et 1940. Ce système de défense était particulièrement développé le long de la frontière allemande, au Nord-Est du pays. Il existait aussi au Nord, au Sud-Est, le long de la frontière italienne, en Corse et en Tunisie, dans la région de Gabès où la décision de construire des fortifications souterraines le long d’un oued près de Mareth a été prise en 1931. La construction n’a commencé qu’à partir de 1935. Au début de la seconde guerre mondiale, elle était loin d’être achevée.

André Maginot est un homme politique français, un ancien ministre de la guerre qui a œuvré dans les années 1920 pour la défense de son pays. Son idée consistait à développer un système de défenses fixes destiné à arrêter une armée ennemie dans le cadre d’une guerre de mouvement soudaine, pour laisser au pays le temps de mobiliser son armée.

La ligne Maginot était destinée à améliorer et remplacer les ouvrages de la ligne Serré de Rivière, qui étaient des forts octogonaux à moitié enterrés, construits dans les années 1870. Ils ont montré leur efficacité pendant la première guerre mondiale, notamment autour de Verdun, mais ils étaient en réalité complètement dépassés en 1940.

Carte de la ligne Maginot (1940).

La ligne Maginot est particulièrement développée au Nord-Est et au Sud, où elle a bien tenu. Pendant la « drôle de guerre » (septembre 1939-mai 1940) les armées françaises et allemandes se sont observées sans réaliser d’attaques. Les troupes allemandes étaient occupées par des opérations sur le front de l’Est.

La confédération helvétique ou Suisse étant un Etat neutre, il n’était pas nécessaire d’élever à cet endroit des fortifications particulières. L’effort principal de défense s’est concentré sur la Lorraine, au Nord-Est. Elles étaient clairement dirigées contre l’Allemagne, dont l’attaque était redoutée. Ainsi qu’à travers les vallées et points de passage (cols) le long de l’Italie, alors fasciste et alliée de l’Allemagne nazie.

Le raisonnement d’André Maginot n’était pas faux :

Pendant la première guerre mondiale la Belgique a réalisé une résistance exemplaire. Le roi Albert Ier est descendu lui-même dans les tranchées, d’où son surnom de « roi soldat ». Le sacrifice des belges a évité à la France de perdre prématurément la guerre. L’épisode des taxis de la Marne a sauvé in extremis la situation en empêchant l’armée allemande de marcher sur Paris.

Et le système de défense de Maginot était effectivement avec les techniques de l’époque imprenable : tir croisé de mitrailleuses, soutenues par l’artillerie, soldats bien protégés dans des casemates (bunkers) souterrains… Tout laissait envisager une stabilisation du front et l’espoir de gagner la guerre.

Les frontières françaises du Nord et Nord-Est sont issues du second traité de Vienne de 1815, qui a privé la France de plusieurs villes forteresses. La ligne Maginot était censée compenser cela.

D’autres lignes de défense avaient été prévues et construites : autour de Paris, en Corse, et même en Tunisie. Le principe de la ligne Mareth est le même que celui de la ligne Maginot : une zone infranchissable par l’armée ennemie sous le feu nourri de l’artillerie et des mitrailleuses, où l’infanterie et le commandement sont bien protégés.

La ligne Maginot était vraiment imprenable : elle a été contournée. A partir de mai 1940, l’armée allemande a attaqué en force Belgique, le Luxembourg, les Pays-Bas, le Nord de la France et réalisé une percée stratégique à Sedan. C’est ce que l’on appelle la « guerre éclair », ou Blietzkrieg. Elle était destinée à éviter une guerre d’usure.

On connaît l’épisode tragique de la bataille de Dunkerque, un mouvement de retraite présenté comme une victoire par les uns ou une défaite selon les autres, où les anglo-canadiens ont juste eu le temps d’être évacués, en laissant tout leur matériel, parce qu’Hitler a ordonné arbitrairement à ses généraux de faire une halte pendant quarante-huit heures, juste avant d’atteindre la ville de Dunkerque.

La ligne Maginot n’a pas été attaquée et a tenu. L’attaque de la guerre éclair et la défaite de mai 1940 est un épisode douloureux dans la mémoire collective française. Les vivres emmagasinés dans la ligne Maginot ont alimenté le marché noir pendant la seconde guerre mondiale. Les lorrains sont allés chercher des patates à vélo jusqu’à Charmes, dans les Vosges, en pleine guerre pour nourrir leur famille.

La ligne Mareth a été construite tardivement, à partir de 1936. En 1940, suite à la défaite française, elle a été désarmée, « démilitarisés par une commission germano-italienne », pour être réarmée en 1942. Les travaux ont été effectués par des travailleurs juifs enrôlés de force en Tunisie. Sous le règne de Moncef Bey, photos à l’appui. Moncef Bey a essayé de protéger les juifs tunisiens. Les camps de travail et de concentration ont cependant pullulé en Afrique du Nord.

La ligne Mareth est très étroite mais très dense. Elle comporte deux lignes de défense. Elle fait seulement 45 kilomètres de long, de part et d’autre de la route côtière. Elle comportait quarante casemates d’infanterie, huit grandes casemates d’artillerie, quinze postes de commandement et 28 points d’appui…

La ligne Mareth en chiffres : 100 kilomètres de barbelés, 100.000 mines antichar, 70.000 mines antipersonnel, sans compter les abris. Les ouvrages sont renforcés par des canons antichars et antiaériens. La ligne Mareth étant judicieusement construite derrière l’oued Zigzaou, qui était un fossé antichar naturel.

Bataille de la ligne Mareth (16-28 mars 1943).

Il existe peu de photos de la ligne Mareth, cette « ligne Maginot du désert ». Il était interdit de photographier cette zone militaire interdite autrefois où les travaux de défense se sont poursuivis jusqu’en juin 1940. La position était alors tenue par deux régiments d’infanterie de tirailleurs, sénégalais et tunisiens, ainsi que des régiments d’artillerie.

Mais comme pour la ligne Maginot, aucune offensive n’a eu lieu au début de la guerre dans le Sud tunisien. L’Italie a déclaré le 10 juin 1940 la guerre à la France. La ligne Mareth a été désarmée avant l’arrivée des italiens. Elle a été remise en état de défense au début de l’année 1943 par les troupes italo-allemandes de l’Axe commandées par le maréchal Rommel, qui effectuaient leur retraite suite à la bataille d’El-Alamein, en Egypte.

Des fossés antichars, des champs de mines des réseaux de barbelés ont été mis en place. La huitième armée britannique a attaqué du 20 au 22 mars 1943 la ligne Mareth et a été arrêtée. Les troupes allemandes ont contre-attaqué, sans succès. Le général (anglais) Montgomery a contourné par le Sud et l’Ouest le massif des Matmatas. La ligne Mareth, devenue indéfendable, a été abandonnée par les forces de l’Axe.

Tommies (soldats anglais) souriants après la bataille de Mareth (1943).

La ligne Mareth, comme la ligne Maginot, sont devenues dans le langage populaire synonymes de fiasco, à tort. Toutes deux ont résisté et tenu pourtant. Elles ont été contournées. Elles ont un peu retardé l’avancée ennemie. Mais que peut-on espérer de plus avec seulement quarante-six kilomètres de fortifications et un système de défense qui n’est pas homogène ?

Les ouvrages conservent cependant un intérêt stratégique car ils sont difficiles à prendre comme à défendre. Il existe aujourd’hui des musées de la ligne Maginot, en France et en Tunisie, et des musées comme le Musée militaire de la ligne Mareth en Tunisie. Il y a un potentiel touristique que l’on pourrait exploiter pour développer le tourisme culturel et le développement économique régional durable.

L’histoire militaire et le reenactment exercent une grande fascination sur le grand public. La Tunisie a ces atouts. Et quand on compare la vie des soldats d’autrefois, confrontés quotidiennement au tragique de l’existence et à la mort, avec nos conditions de vie actuelles dans la société de consommation, on peut s’estimer heureux d’avoir la chance de vivre aujourd’hui.

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