Tunisie : L’enfance en danger

Tribune | Mohamed Habib Salamouna, professeur de français

Bien sûr, il faut soutenir les élèves et bien des familles ne s’en privent pas par un usage intensif des cours particuliers. Aussi propose-t-on d’étendre ses pratiques à ceux qui n’en bénéficient pas. Mais il y a quelque chose de pervers dans cette affaire.

Tout se passe comme si, ne pouvant pas réformer l’école en dedans, nous avions choisi de l’étendre hors de ses frontières en scolarisant la vie des enfants après et en dehors de l’école. Tout cela est bel et bon, mais comment ne pas voir que nous réduisons l’enfant à l’élève et perdons ainsi le temps et le sens de l’enfance.

On ne pense qu’à les encadrer, qu’à leur offrir des activités éducatives, intelligentes et productives. Des écologistes se battent pour que certaines espèces aient un espace « naturel ». Je propose donc de promouvoir une défense « écologique » de l’enfance expliquant que ceux-ci ne sont pas que des élèves et que les parents et éducateurs doivent leur offrir un temps à eux, lors duquel des adultes les prennent en charge sans en faire des objets pédagogiques.

Nous rêvons devant quelques scènes de La Guerre des boutons (adapté au cinéma par Yves Robert en 1962, puis par Yann Samuell et Christophe Barratier en 2011), mais en fait, ces enfants considérés comme des voyous potentiels nous font peur au nom de notre désir d’ordre.

Puisque nous n’imaginons même plus de faire un monde plus vivable, nous pensons que la justice ne vise qu’à « soutenir » les enfants afin qu’ils deviennent des élèves performants. Comme si la totalité de la vie se jouait à l’école ; comme si l’enfance était du temps perdu.

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