Samir El Wafi, rattrapé par un passé trouble

Une nouvelle fois, l’animateur Samir El Wafi se retrouve derrière les barreaux. Cette fois-ci dans le cadre de la campagne menée par le Chef du gouvernement Youssef Chahed contre la corruption.

El Wafi a été arrêté hier, lundi 19 juin 2017, avec à sa charge plusieurs accusations portées contre lui. Le porte-parole du Tribunal de première instance de Tunis, Sofiène Selliti a expliqué que l’animateur est accusé « d’escroquerie et d’avoir abusé de son influence ou de ses liens réels ou supposés auprès d’un fonctionnaire public ou assimilé et qui aura accepté, directement ou indirectement des dons, ou promesses de dons, ou présents, ou avantages de quelque nature que ce soit en vue d’obtenir des droits on des avantages au profit d’autrui, », en plus de soupçons de blanchiment d’argent.

Selliti a ajouté que le journaliste a été arrêté suite au dépôt d’une plainte à son encontre l’accusant d’avoir joué le médiateur au profit de certaines personnes, qui souhaitaient avoir une licence de débit d’alcool, contre une grosse somme de plusieurs centaines de milliers de dinars.

Loin d’être une première

En 2015, le journaliste d’El Hiwar Ettounsi était jugé dans une affaire pour laquelle il était accusé d’escroquerie par l’homme d’affaires Hamadi Touil et avait été condamné à 8 mois de prison ferme par la chambre criminelle auprès de la cour d’Appel de Tunis.

Un mandat de dépôt a été émis à l’encontre de Samir El Wafi, le 22 avril 2015, par la cour pénale du Tribunal de première instance de Tunis. Le juge chargé de l’affaire avait transféré son dossier vers la chambre criminelle.

Un premier mandat de dépôt à l’encontre du journaliste avait été émis, le 15 avril 2015, par le Procureur de la République. Suite à ce mandat, Samir El Wafi avait été placé en état d’arrestation jusqu’à son procès.

L’affaire dont il était accusé est en rapport avec la plainte déposée par l’homme d’affaires Hamadi Touil pour chantage et escroquerie. Il avait été confronté à plusieurs personnes dans le cadre de cette affaire, notamment Samir Ketari, conseiller de l’ancien ministre des Domaines de l’Etat, Slim Ben Hmidene, et la femme et la fille de l’homme d’affaires Hamadi Touil.

L’affaire El Wafi/Touil éclabousse Moez Ben Gharbia et Migalo

Des rumeurs avaient couru à l’époque au sujet d’un chantage que Samir El Wafi avait exercé sur l’épouse de Hamadi Touil en 2013. Mme Touil l’aurait enregistré.

Le journaliste l’aurait menacé de mener campagne contre M. Touil si elle publie l’enregistrement. Le journaliste Moez Ben Gharbia, qui ne s’entendrait pas avec Samir El Wafi, aurait voulu récupérer cet enregistrement pour le dénoncer.

Cependant, l’épouse de M. Touil était réticente et pour la convaincre Moez Ben Gharbia aurait convaincu Migalo de Mosaique FM d’imiter la voix de Béji Caid Essebsi au téléphone avec Mme Touil. Migalo, avec la voix du président Béji Caid Essebsi, lui aurait demandé de donner cet enregistrement à Moez Ben Gharbia.

Mme Touil aurait fini par donner l’enregistrement à Moez Ben Gharbi pour s’apercevoir, après coup, de la supercherie. A la suite de cela, un mandat de dépôt avait été émis à l’encontre de Ben Gharbia et Migalo par le ministère public

 La version de Hamadi Touil

Le journaliste Moez Ben Gharbia aurait contacté Hamadi Touil le 27 février 2015 et lui aurait passé « le président de la République Béji Caid Essebsi », affirme l’homme d’affaire dans un article d’Al Chourouk publié le 14 mars 2015.

Le président de la République, (la voix), lui aurait promis de passer son dossier au ministre de la Justice puisque M. Touil est visé par un mandat d’amener international.

A ce moment, l’homme d’affaires affirme qu’il ne se doutait point que son interlocuteur au téléphone était un usurpateur de la voix du président mais qu’il a commencé à être sceptique quand « le président » lui a demandé de passer une vidéo de Samir El Waffi. Il s’est donc aperçu de la supercherie et a fini par déposer plainte.

La guerre contre la corruption se poursuit

Le Chef du gouvernement Youssef Chahed avait indiqué, dans une interview accordée à La Presse et Assabah au début de ce mois, qu’il mènera la guerre contre la corruption jusqu’au bout.

Chahed avait assuré que les décisions de mise en résidence surveillée ne sont pas restreintes aux personnes déjà arrêtées, soulignant qu’il s’agit d’une guerre réelle et politique déclarée contre la corruption.

Les spéculations avaient commencé en parallèle avec la campagne de Chahed : La guerre serait-elle restreinte aux hommes d’affaires ? Où y aura-t-il d’autres « têtes » à faire tomber ? Certains assurent que des journalistes, voire des responsables de l’Etat, sont liés d’une façon ou d’une autre à des réseaux de corruption.

Qui sera le prochain sur la liste de Youssef Chahed ?

I.B.

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