Et la lutte continue !

Tribune | Par Mohamed Habib Salamouna – Professeur de français

La situation actuelle est intolérable : il faut changer complètement le système éducatif !

La régression de la scolarisation en Tunisie (l’abandon scolaire a touché 4.325.127 élèves en Tunisie, entre 1981 et 2015, selon le ministère de l’Education) est unique dans l’histoire moderne de l’humanité. Elle est la conséquence des choix politiques et socioéconomiques des gouvernements successifs.

De fait, quand une minorité veut accaparer le pouvoir et qu’elle décide d’instaurer un capitalisme primaire (fortement lié aux intérêts étrangers), elle a besoin d’une masse ignorante (donc docile) qui accepte que la politique soit la chasse gardée de la classe au pouvoir et qui se laisse facilement exploiter par les affairistes et les spéculateurs (issus de cette même minorité). Et c’est la politique scolaire qui a été chargée de fournir cette masse d’analphabètes, taillables et corvéables à merci !

D’ailleurs, le système éducatif tunisien est profondément inégalitaire. Même la Banque Mondiale a noté qu’« en Tunisie, les dépenses pour l’enseignement profitent essentiellement aux classes les plus aisées ». La recrudescence des grèves dans l’éducation nationale et la montée de la violence dans les établissements scolaires ne semblent pas inquiéter outre mesure l’actuel ministre de l’éducation.

Ce dernier ne voit pas d’un mauvais œil la ruée vers les écoles privées. N’a-t-il pas déclaré récemment sur les ondes d’une radio privée que « le système étatique souffre de la nonchalance des enseignants et d’un encadrement peu consciencieux » ? Il ne faut donc pas s’attendre de sa part au moindre effort pour l’amélioration des conditions de réussite par la recherche des moyens pédagogiques appropriés.

Force est de constater que la situation actuelle est intolérable : il faut changer complètement le système éducatif. Ce qui suppose un choix sociopolitique fondamental : promouvoir une société moins inégalitaire, plus démocratique et plus cultivée où les citoyens sont libres et responsables, capables d’auto-gérer leur vie et d’agir ensemble pour construire un avenir meilleur.

Il faut donc lutter pour la démocratisation de l’enseignement et contre les inégalités des chances et les échecs scolaires dont sont victimes presque exclusivement les enfants des couches populaires.

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