Oussama Khelifi (MA8) : « Ce n’est pas un crime que la politique devienne un ascenseur social »

P8 Interview OussamaTunis Hebdo | Le porte-parole du «Mouvement Article 8» (MA8), un nouveau mouvement politique défendant le droit des jeunes, revient sur les objectifs de cette initiative, sa relation avec la classe politique actuelle, et sa position des jeunes extrémistes religieux.

Tout d’abord, comment présenteriez-vous le «Mouvement Article 8» ?

Comme son nom l’indique, le Mouvement «Article 8» fait référence à l’article 8 de la Constitution qui stipule que «la jeunesse est une force agissante au service de la construction de la Nation».

De ce fait, notre mouvement est constitué de jeunes de différentes sensibilités politiques, à savoir Ennahdha, Nidaa Tounès, le Destour, la Gauche, le syndicat, etc. Il a été inspiré des mouvements de jeunes en Italie, en Espagne, au Canada, et ailleurs, qui se sont présentés comme une alternative politique et une force de proposition.

L’objectif principal de notre Mouvement est de répondre aux attentes des jeunes et de leur redonner espoir en l’avenir et en leur patrie. Sinon, pour ce qui est de notre bureau national, il est constitué de 100 jeunes appartenant à 7 partis politiques.

L’absence d’Afek Tounès du Mouvement ne nuit-il pas à l’image qui se veut fédératrice de l’initiative ?

Pas du tout. Nous sommes en contact permanent avec nos amis d’Afek Tounès. Ils sont toujours très proches de nous. Sinon, il y a d’autres partis, –et là je ne parle pas d’Afek–, qui refusent la participation de leurs jeunes à notre mouvement. Ils veulent que leurs jeunes soient toujours instrumentalisés et soumis.

Ne voyez-vous pas que la cohabitation de plusieurs familles politiques au sein d’un même mouvement peut mener à l’implosion de ce dernier ?

Absolument pas. Toutes les questions ont été tranchées par la Constitution. Il n’y a plus de place aux querelles idéologiques. Il n’y a pas de meilleur exemple que la cohabitation actuelle entre Nidaa Tounès et Ennahdha au sein du gouvernement et au sein du Parlement.

Votre mouvement représente-t-il les jeunes en général, ou bien les jeunes issus des partis politiques, en particulier ?

D’abord, on veut rester humbles. Nous ne prétendons pas être les représentants des jeunes. Nous proposons, juste, un mouvement qui défend la cause des jeunes et qui peut devenir, par la suite, leur porte-drapeau s’ils le soutiennent.

Sinon, nous voulons prouver, via cette initiative, que les jeunes politiques sont assez matures pour être dans les premiers rangs de leurs partis et mettre en avant aussi les priorités des jeunes. Vous savez, si on ne résout pas les problèmes des jeunes et si on continue à les marginaliser, ces derniers peuvent devenir «dangereux» et menaçant pour la transition démocratique.

Le timing du lancement de cette initiative pourrait laisser croire que le MA8 vise à faire promouvoir de nouveaux leaders pour les prochaines élections municipales, prévues en mars 2017. Que répondez-vous à cela ?

Je vais vous révéler un scoop. Les leaders du MA8 ne vont pas participer aux prochaines élections municipales. Ceci dit, le Mouvement pourrait, toutefois, intégrer des jeunes des régions intérieurs dans ses listes électorales.

Les jeunes, aujourd’hui, ne veulent plus entendre de slogans. Ils veulent du concret. Qu’avez-vous à leur proposer ?

Les jeunes sont, certes, très intelligents. Ils veulent plutôt un projet d’avenir dans lequel ils croient. D’un autre côté, ils peuvent toujours adhérer, puis militer au sein des partis politiques pour décrocher un poste. Ce n’est pas un crime que la politique devienne, à son tour, un ascenseur social.

Ne voyez-vous pas que votre Mouvement aurait pu être plus crédible si ses leaders n’étaient pas partisans ?

A mon avis, les jeunes politisés et apolitiques doivent mettre la main dans main pour défendre la cause des jeunes.

Comment Béji Caïd Essebsi et Rached Ghannouchi perçoivent-ils votre Mouvement ?

Selon les jeunes d’Ennahdha, Rached Ghannouchi n’a aucun problème avec le MA8. Idem pour Béji Caïd Essebsi. Le connaissant bien, ce dernier a toujours été du côté des jeunes et en faveur du respect de la Constitution.

N’avez-vous pas peur qu’ils se sentent visés par cette initiative ?

Pas du tout. Notre Mouvement ne préconise pas la rupture entre les générations, mais plutôt la continuité des générations. Nous n’avons rien contre Béji Caïd Essebsi et Rached Ghannouchi. Bien au contraire, nous avons contribué à leur succès lors élections de 2014.

Le fait de ne pas être présents dans les concertations relatives à la formation d’un gouvernement d’Union nationale ne reflète-t-il pas une marginalisation des jeunes de la part de la présidence de la République ?

Le président de la République croit en les jeunes. Mais le problème réside en les responsables qui ont entre leurs mains ce dossier. Ils ne veulent pas nous faire participer. C’est une faute grave.

Etes-vous satisfait par la représentativité des jeunes au sein du gouvernement Essid ?

Ce gouvernement comprend, certes, de jeunes ministres, tels Youssef Chahed et Zied Laâdhari. Mais cela reste insuffisant. Nous revendiquons une plus grande représentativité des jeunes au sein du gouvernement, à la tête des ambassades, et autres institutions.

Avez-vous construit un pont avec les jeunes extrémistes religieux ?

Nous sommes en train d’œuvrer pour que ces jeunes-là acceptent le débat sur une base républicaine et démocrate. On ne peut pas, non plus, débattre avec des jeunes qui ne croient pas en la République et en la démocratie. Ça serait un dialogue de sourds. J’espère qu’ils le comprendront. Sinon, à la fin, on est tous des Musulmans.

Propos recueillis par Slim MESTIRI

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