Entre Ramadan qui s’en va et les festivals qui s’annoncent : Vive le mauvais goût !

Adel LahmarTunis Hebdo | Comme la nature a horreur du vide, l’art et la littérature ont horreur du mauvais goût, mais hélas ! ils ne peuvent y échapper. Mieux encore (ou pire ?), ils sont parfois amenés à consacrer la laideur, la vulgarité et la bêtise au nom d’une esthétique à rebours ou de modes passagères tout juste à leur début, mais qui finissent par s’affirmer avec le temps et s’ériger en courants artistiques ou littéraires plus ou moins durables.

Suprême médiocrité !

Mais avant d’en arriver là, le mauvais goût est généralement le reflet d’une suprême médiocrité (si l’on ose dire) et le produit inepte de pseudo-créateurs en manque de génie, mais qui croient en avoir. C’est en quelque sorte un label de mauvaise qualité qui ne trompe pas.

Les navets du cinéma, une certaine littérature de seconde zone et bien d’autres œuvres bâclées qui se réclament de l’art, font partie du lot inévitable de l’anti-goût et reçoivent généralement (mais pas toujours malheureusement) les raclées qu’ils méritent de la part du public et des critiques.

Des feuilletons et des «sitcoms» qu’on nous a fait ingurgiter au cours du mois de Ramadan, à l’image de «Ouarda wa kitab», «Denia okhra» ou «Erraïs» s’inscrivent dans ce genre et méritent d’être oubliés au plus vite. Et il est à craindre que des bides du même genre n’aient été déjà programmés pour les festivals de cet été.

Originalité, quand tu nous tiens !

Mais il ne faut pas nier, d’autre part, que la recherche à tout prix de l’originalité, et la volonté d’étonner par tous les moyens peuvent être génératrices de mauvais goût. Car il ne suffit pas d’aller à contre-courant pour assurer une belle œuvre artistique ou littéraire, l’originalité n’étant pas un but en soi en matière de création et de créativité, mais un support nécessaire pour la destruction de cette œuvre.

La politique peut également pousser au mauvais goût quand elle s’introduit brutalement dans le monde de la culture et des arts et lui impose son canon (comprenez cela comme vous voudrez !). Les «chefs-d’œuvre» qui ont jalonné les temps forts du nazisme et du stalinisme témoignent encore (à part quelques rares exceptions) de la déviance de l’art quand il se met, bien malgré lui, au service d’une idéologie, d’un régime, voire d’une personne.

Le plaisir de déplaire !

Mais il arrive que le mauvais goût soit revendiqué comme style artistique ou comme source d’inspiration. Dans ce cas, il s’agit d’un choix conscient et bien réfléchi : montrer par exemple que les extrêmes (le beau et le laid) se touchent et que, par une sorte de dialectique esthétique, le bon goût et le mauvais goût arrivent à se confondre au point de constituer une unité indissociable.

Ceci est valable, par exemple, pour le style «kitsch» dans les arts plastiques et décoratifs, aussi bien que pour certains écrits surréalistes. Le grand Baudelaire n’a-t-il pas dit, à propos de la littérature que «ce qu’il y a d’enivrant dans le mauvais goût, c’est le plaisir aristocratique de déplaire » ?

Comme on le voit donc, le mauvais goût a ses adeptes (volontaires ou involontaires), ses théoriciens, ses admirateurs et ses collectionneurs… Alors vive le mauvais goût ? Oui, peut-être. Car sans lui le bon goût n’existerait pas !

Adel LAHMAR

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