Epitaphe pour Tunis

Tunis (8)

D’une certaine manière, Tunis est bel et bien morte. Les rues grouillent de vie et pourtant cette profusion a du mal à rendre à la ville son identité, son caractère, son quotidien.

Depuis que la ville tourne le dos à son port et à la Méditerranée, elle a profondément changé. Depuis que Tunis a abandonné ses communautés plurielles à leur sort, les a condamné à l’exil en les laissant partir éplorés, une sorte de damnation biblique semble peser sur la ville.

Hérissé de tavernes, peuplé de loubards et de prostituées, le centre historique de la capitale ressemble aux écuries d’Augias. Les quartiers de la médina sont quant à eux squattés par la peur et le déshonneur et se transforment peu à peu en bas-fonds plus sordides les uns que les autres.

Partout, l’angoisse, le stress, la délinquance, la drogue… S’aventurer la nuit sur certaines « avenues » – plutôt d’innommables dépotoirs – est devenu dangereux. Et, de toute façon, c’est à peine mieux pendant la journée…

Pendant ce temps, la nouvelle nomenklatura construit ses palais dans les vergers de Mornag et ce qui reste de la Soukra, jadis ceinture verte de la ville.

Tunis est bel et bien morte et son esprit ne lui a pas survécu. Comme moi, plusieurs de ses enfants en sont réduits à un destin de zombies – morts-vivants ou plus précisément vivants-morts – dans un champ de ruines.

Il est presque temps de rédiger l’acte de décès puis l’épitaphe de cette ville qui fut notre berceau, notre drapeau et qui lentement devient le gouffre qui nous engloutit, la tombe des rêves et de la révolution trahis…

H.B.

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