Tunisie : Statu quo inquiétant !

BCE - EssidTunis Hebdo | Rien ne semble vouloir se mettre en branle dans le pays, ni le pousser vers l’avant. Au contraire, il paraît s’enliser irrémédiablement alors que les « timoniers », l’exécutif avec ses deux têtes, le Président de la République et le Chef du gouvernement, le législatif avec l’Assemblée des Représentants du Peuple, et les partis au pouvoir, continuent d’apporter la preuve au quotidien de leur incapacité à enclencher un redressement, aussi mince soit-il !

Pire, ils sont en train d’exprimer leur totale impuissance pour la résolution des défis qui se posent à eux et auxquels ils doivent faire face, laissant le pays glisser de plus en plus vers une crise économique et sociale qui risque de le mettre en grand péril et remettre en cause sa relative stabilité politique.

Si on ajoute à cela la conjoncture internationale et notamment la probable tentative du dénouement du conflit entre les différentes factions en Libye par la force militaire, on peut émettre de sérieuses craintes quant à ses inévitables retombées.

Et c’est justement pour affronter ce contexte extrêmement délicat et en sortir avec les moindres dégâts possibles, qu’un sursaut national est, plus que jamais, nécessaire et surtout urgent.

Or, et sur ce plan, les décideurs politiques font preuve d’une sorte de léthargie et de légèreté dans le traitement de la situation fort inquiétant. Cela apparaît tant dans leurs attitudes que dans leur discours.

Lorsque le Président de la République, s’abritant derrière son statut et les attributions qui lui ont été octroyées par la Constitution, élude d’un revers de la main toute responsabilité personnelle ou politique quant à un éventuel changement à la tête du gouvernement en y maintenant Habib Essid, il confirme et même renforce le statuquo, lequel nous semble annonciateur d’une aggravation de la crise.

Car et après une année de gestion Essid, le constat qui s’impose à nous et le sentiment qui se dégage est cette« impotence » du gouvernement à nous permettre au moins d’entrevoir le bout du tunnel. On ne voit rien venir sinon des nuages préparant l’orage…

Lorsque le gouvernement n’arrive pas à résoudre, d’une manière ou d’une autre, la situation d’une gravité extrême comme celle relative aux forces de sécurité intérieure, dont certains syndicats usent de la surenchère, il témoigne d’une inaptitude qui fait peser de graves menaces sur la sécurité des citoyens, et des doutes certains sur la solidité de l’Etat et la crédibilité de ses institutions.

Bien sûr, les syndicats viennent de décider la suspension provisoire de leurs mouvements de protestation programmés en attendant les résultats de leur rencontre avec le Président de la République prévue aujourd’hui.

Mais le problème demeure posé et les pouvoirs publics doivent démontrer autre chose et se comporter autrement afin que chaque partie assume sa totale responsabilité de ce qui pourrait se produire en cas de poursuite de cette « crise ».

Lorsque le gouvernement ne propose rien de concret, même pas un discours de nature à drainer au moins une brise d’optimisme aux centaines de milliers de jeunes désœuvrés et aux classes frappées de plein fouet par la crise, il avoue implicitement son impuissance à trouver des solutions ou à imaginer des issues possibles.

A titre d’exemple, les dernières annonces faites par le ministre du Commerce sont d’une puérilité incroyable. Quel impact pourrait avoir la baisse du prix du thé (sic !) ou le retour de la voiture populaire avec toutefois une rallonge pour les concessionnaires de leur « commission » sur la vente, sinon les railleries, justifiées ou injustifiées, qui se sont déversées sur les réseaux sociaux !

Lorsqu’on n’arrive pas encore à adopter la loi relative au Conseil Supérieur de la Magistrature, ce qui a aussi pour conséquence l’impossibilité de mettre en place la Cour Constitutionnelle alors que l’article 148 des dispositions transitoires de la Constitution du 27 janvier qui a, pourtant fixé le délai de six mois pour le Conseil Supérieur de la Magistrature et un an pour la Cour Constitutionnelle, c’est que le législatif est tout aussi défaillant !

Que ce soit le discours du Président de la République ou celui des membres du gouvernement, le fonctionnement de l’ARP ou l’attitude de l’ensemble des citoyens, rien ne semble fonctionner, et tout le monde contribue, d’une façon ou d’une autre, à l’accroissement de la crise.

Aujourd’hui, la Tunisie a besoin d’une vision claire de l’avenir que nous appelons de tous nos vœux depuis des mois mais qui ne vient malheureusement pas, ce qui a fait perdre déjà au pays un temps précieux. On ne voit aussi rien venir, aucun programme pour une possible reprise.

Sur ce plan, il faut souligner que les partis au pouvoir assument la plus grande part de responsabilité dans la détérioration de la situation et que le statuquo actuel est « mortel » pour le pays d’autant plus que les perspectives, comme nous l’avions vu, sont loin d’être réjouissantes.

L.L.

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