Tunisie : Le métier d’enseignant a-t-il disparu ?

profIl existe chez le corps enseignant du secondaire en Tunisie une grande diversité de situations, de pratiques, de conditions d’exercice et même d’approches du métier.

Comme dans tout groupe humain ou professionnel, les membres d’une même profession, en raison d’un parcours social et d’un itinéraire scientifique diversifié, n’ont ni le même niveau d’exigences ni les mêmes aptitudes en classe.

Les modalités actuelles du recrutement par concours (CAPES) permettent de répondre aux besoins du ministère en termes quantitatifs, laissant ainsi l’aspect qualitatif du métier entre les mains des inspecteurs, des conseillers pédagogiques et des aléas de l’apprentissage sur le tas.

La formation pédagogique initiale, conclut l’un des auteurs du dernier rapport de la Banque mondiale relatif à la région MENA, est au cœur de toute entreprise d’appropriation des réformes, qui visent, en définitive, l’amélioration de la qualité de l’enseignement public à tous les niveaux du système éducatif, l’ancrage d’un cadre conceptuel précis comme l’approche par compétence et le renforcement et la consolidation d’une large autonomie chez l’enseignant pour faire progresser ses élèves.

Or, d’après plusieurs experts, la préparation au métier d’enseignant du secondaire, autrefois une véritable vocation, a disparu depuis la marginalisation des sciences de l’éducation au niveau de l’université tunisienne et la suppression des écoles normales supérieures, naguère pépinières d’une élite professorale motivée, formée pour la transmission du savoir et le goût du contact avec les élèves. Sans oublier l’élan vital du missionnaire.

Désormais, le nivellement par le bas aidant, le système fonctionne avec des acteurs qui apprennent le métier de pédagogue, au fil du temps, au corps à corps avec les apprenants, aux prises avec une réalité scolaire en mutation.

Revitaliser le métier d’enseignant

Ceci est insuffisant. Dévalorisant. On ne peut pas mettre en œuvre des réformes, qui se référent à plusieurs courants des sciences pédagogiques, tout en admettant des enseignants dépourvus, au départ, du bagage didactique adéquat.

« Ce n’est pas avec une formation continue, dispersée dans le temps et organisée durant les vacances, c’est-à-dire à un moment de relâchement et de pause généralisée, où les enseignants sont totalement démobilisés et démotivés, qu’on remplace une formation ciblée, structurée et professionnelle », affirme Aissa Baccouche, universitaire et sociologue, pour qui, les carences de la préparation à la pratique du métier, le manque d’encadrement en début de carrière, l’hétérogénéité des classes et des établissements sur le plan social et la massification de l’enseignement sont à l’origine des maux structurels de notre système éducationnel.

Pour professionnaliser le métier d’enseignant et développer les compétences pédagogiques à même de rétablir la confiance entre toutes les parties prenantes de l’acte éducationnel, il faut créer, insistent des pédagogues, une filière de formation initiale dans les métiers de l’éducation couvrant les besoins de l’école de base et des lycées de leur région, en partenariat avec les structures régionales du ministère de tutelle.

Une formation en alternance qui résolve les tensions entre formation disciplinaire et formation professionnelle, entre formation théorique et formation pratique, entre formation didactique et formation pédagogique.

Finalement, les universités tunisiennes, parsemées sur tout le territoire national, doivent être, à l’avenir, redevables auprès de la communauté nationale, de la création d’un laboratoire de recherche en sciences de l’éducation, ainsi que de la diffusion, auprès du public professoral et des étudiants en cours de formation, des études spécialisées liées à la pratique du métier de l’enseignant.

Imededdine Boulaâba

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