Tunisie : Diplomatie économique, l’état des lieux et les enjeux

TUNIS HEBDO | Dans une conjoncture économique pas vraiment avantageuse, la Tunisie devra compter (aussi) sur ses diplomates pour espérer remonter la pente. La diplomatie économique est devenue plus que jamais une priorité…

D’après Claude Revel, spécialiste française de l’intelligence stratégique, « la diplomatie économique est une notion très large qui recouvre plusieurs réalités. D’abord, la partie économique de la diplomatie, c’est-à-dire l’ensemble des activités de l’État visant à influencer les décisions internationales à caractère économique.

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Mohamed Ali Chihi, ambassadeur de Tunisie en France

Ensuite, la partie commerciale de la diplomatie d’État, c’est-à-dire la promotion des intérêts de nos entreprises via l’action de nos réseaux à l’étranger (…). » Les diplomates se trouvent, de ce fait, au cœur de cette politique étrangère.

Des diplomates assez actifs

Mohamed Ali Chihi, ambassadeur de Tunisie en France, a affirmé, dans ce cadre, que « la diplomatie économique a toujours été au cœur de la politique étrangère nationale, et ce, depuis 1959.

Mais l’intérêt pour ce type de diplomatie s’est accentué, dernièrement, vu la situation plutôt délicate que traverse notre pays.

[quote_box_center]Ceci dit, et malgré les difficultés, la Tunisie a réussi à être présente dans plusieurs évènements économiques en France, ce qui est très important. De plus, plusieurs échanges de visites entre des hommes d’affaires français et tunisiens ont eu lieu.[/quote_box_center]

Le tout, sans oublier, bien sûr, le grand évènement à venir, à savoir la semaine promotionnelle de la Tunisie (du 18 au 21 septembre prochains), au sein même du Quai d’Orsay, qui ouvre, d’ailleurs, à cette occasion, ses portes pour la première fois à un pays étranger.

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Nabil Ammar, ambassadeur de Tunisie au Royaume-Uni

Ceci est bien-sûr le résultat d’un travail réalisé, non seulement par l’ambassadeur, mais aussi par d’autres institutions telles que l’Agence de Promotion de l’Investissement Extérieur (FIPA), Tunisair, l’Office National du Tourisme, les consulats et les consulats généraux. »

M. Chihi a tenu, également, à remercier la France pour son soutien à la Tunisie : « Malgré l’attentat de Sousse, la France n’a pas changé ses consignes de prudence pour ses ressortissants« , a-t-il rappelé.

A l’instar de son collègue, Nabil Ammar, ambassadeur de Tunisie au Royaume-Uni, a estimé que son travail, notamment au niveau de la diplomatie économique, a été fructueux : « Nous avons réalisé de bons résultats, notamment sur le plan touristique, et ce, en préservant le rythme ascendant des entrées touristiques britanniques ».

[quote_box_center]D’ailleurs, on était en passe d’atteindre la barre du demi-million de touristes britanniques cette année –et tout le monde connait l’impact positif du tourisme sur l’investissement–, mais, malheureusement, l’attentat de Sousse a tout chamboulé.[/quote_box_center]

Ceci dit, nous sommes en train de faire tout notre possible pour convaincre les Britanniques de revoir leur décision [NDLR : La Grande-Bretagne avait appelé ses ressortissants à quitter la Tunisie après l’attentat de Sousse], et ils ont promis de le faire s’ils voient que notre pays a pris les mesures sécuritaires nécessaires pour sécuriser ses visiteurs. »

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Aziza Htira, PDG du CEPEX
Le CEPEX au service de la diplomatie économique

En parallèle avec le travail des diplomates, le Centre de Promotion des Exportations (CEPEX) joue aussi un rôle très important au service de la diplomatie économique. Aziza Htira, PDG du Centre, explique : « Il existe une coordination étroite entre le CEPEX et les missions diplomatiques. Il y a même une convention, sous forme de circulaire datant de 1998, entre nous et le ministère des Affaires étrangères.

Une convention qui va, d’ailleurs, être actualisée bientôt. Vous savez, la base de notre relation avec les ambassades, c’est l’échange d’informations. Les ambassades nous donnent des informations sur leurs pays d’accueil, les produits qui marchent dans ces pays, etc. et nous, nous leur fournissons des informations sur les exportations tunisiennes, les principaux exportateurs tunisiens, etc.

[quote_box_center]D’ailleurs, nous avons fourni, la semaine dernière, aux ambassadeurs des mots de passe confidentiels leur permettant d’accéder à la base de données du CEPEX. L’information précise et actualisée est, en effet, très importante pour réaliser un plan de travail efficace. Tout ça pour dire qu’il existe, donc, une réelle complémentarité entre notre Centre et les ambassades, et ce, au service de la diplomatie économique et la promotion de nos exportations.« [/quote_box_center]

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Touhami Abdouli
Touhami Abdouli (Secrétaire d’État chargé des Affaires arabes et africaines) :
« Le volet économique, désormais, prioritaire dans notre diplomatie »

« C’est la première fois, de son histoire, que la diplomatie tunisienne est hantée, à la fois, par deux obsessions, à savoir l’obsession sécuritaire et l’obsession économique. La diplomatie sécuritaire et la diplomatie économique vont, de ce fait, en parallèle. D’ailleurs, toutes les missions diplomatiques comptent parmi elles des experts dans la diplomatie économique et d’autres dans la diplomatie sécuritaire.

[quote_box_center]De plus, depuis notre nomination au sein de ce gouvernement, nous sommes en train de revoir tous les plans de travail avec les pays africains, arabes et européens et nous allons commencer à appliquer les nouveaux plans de travail à partir du mois de septembre. Pour conclure, je dirais que ce qui est nouveau dans la diplomatie tunisienne est que le volet économique est devenu prioritaire. »[/quote_box_center]

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Ridha Lahouel
Ridha Lahoual (Ministre du Commerce) :
« Un grand travail nous attend »

« Malgré les résultats positifs réalisées au niveau des exportations, j’estime qu’on a encore du pain sur la planche. En effet, un très grand travail nous attend, notamment, en octobre prochain, dans le cadre des négociations entre la Tunisie et l’Union européenne sur l’accord de libre-échange complet et approfondi (ALECA).

Il ne faut pas oublier aussi le travail à faire pour réactiver l’accord d’Agadir [NDLR : Signé le 25 février 2004, cet accord crée une zone de libre-échange arabe, qui regroupe actuellement l’Égypte, la Jordanie, le Maroc, la Palestine, et la Tunisie], et impulser les exportations vers ces pays-là.

[quote_box_center]Pour conclure sur une note positive, rappelons que, la semaine dernière, les Etats-Unis ont exonéré 1400 produits tunisiens d’impôts, à l’entrée des USA»… Un point de plus marqué par la diplomatie tunisienne« .[/quote_box_center]

Slim MESTIRI

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