Démocrasseux et bluffocrates

Marzouki-Ghannouchi-ben Jaafar (photo - The Times)Désormais, cinq ans après la révolution, nous savons tous ce que valent vraiment nos démocrates historiques, ceux qui se targuaient d’avoir résisté à Ben Ali.

Nous savons tous le poids véritable d’un Mustapha Ben Jaafar ou d’un Néjib Chebbi, simples aventuriers sans troupes qui ont longuement flirté avec les intégristes d’Ennahdha, avant de se faire coiffer au poteau par plus rusé et plus retors qu’eux.

Entre eux et leur fantasme suprême s’est en effet dressé Moncef Marzouki dont nous savons maintenant jusqu’où il peut (et pourrait) aller pour ne pas sortir du jeu et rester dans la course.

Campagnes diffamatoires, populisme digne des pires formations d’extrême-droite, alignement aveugle sur ses maîtres du Golfe arabe et manœuvres séditieuses dans le sud… Et ce n’est rien encore par rapport à ce dont est capable un homme sans honneur, un homme pour lequel le drapeau tunisien semble le cadet de ses soucis.

On a les Ghandi, les Walesa, les Churchill, les Mandela qu’on mérite.
Les technocrates qu’on nous présentait comme une panacée ne valent pas mieux. Une année durant, ils nous ont eu au bluff et à l’usure puis sont partis la queue entre les jambes et leur nouveau c.v de ministre sous le bras.
A les voir, à les entendre, ils auraient pu mieux faire. Mais qui les croira encore…

Panne de projet et fantasmes suprêmes

Il semble bien que ceux que la rue a vite fait d’affubler des qualificatifs de « bluffocrates » et de « démocrasseux » ne vont pas enfin entendre raison. Autoproclamés, sortis du chapeau d’un magicien invisible, certains d’entre eux ont pris gout à l’aventure. Au détriment, il faut le dire, de la Tunisie…

Pourtant, la plus grande désillusion de cette révolution à laquelle beaucoup ont cru c’est le peuple tunisien. On pensait ce peuple mature, cultivé, républicain. Il n’en est rien ou pas grand chose. La révolution a mis à nu nos tares, nos scandales et, pour le moment, n’a pas apporté de solution viable.

C’est clair, du moins à mes yeux, que la Tunisie est en panne non seulement d’un dessein ou d’un projet d’avenir mais aussi d’une classe politique compétente et foncièrement patriote.

Sinon comment expliquer les parachutages d’inconnus comme Slim Riahi ou Yassine Brahim qui se pavanent aujourd’hui au sein de la majorité ? D’où sortent les formations qu’ils dirigent et quels sont leurs moyens et l’origine de leurs fonds ? Quelles sont les officines aussi invisibles qu’insaisissables qui forgent les leaders de la transition ?

Triste panorama qui souligne combien les alternatives à Ben Ali sont impuissantes à formuler un projet ! Et le comble, c’est que le système qui a mis le pays en coupe réglée semble avoir des capacités de management plus efficaces que l’actuel chœur des fripouilles et des incapables drapes de vertu.

Une profonde crise des valeurs

Triste panorama qui, à moyen terme, rendra inéluctablement le pouvoir aux intégristes d’Ennahdha, passés maîtres dans l’art de manipuler ces résistibles bluffocrates et démocrasseux, pour gagner du temps et s’implanter davantage encore dans chaque ville, chaque quartier, chaque rue.

Ce que subit la Tunisie de nos jours, c’est une profonde crise de valeurs. Avec d’un côté, le projet féodal d’Ennahdha qui, paradoxalement, jouit d’une assise populaire incontestable et surfe sur la naïveté du petit peuple.

Et avec de l’autre côté, un camp moderniste qui, tout en acceptant de mettre de l’eau dans son vin, reste trahi par les incapacités, l’absence de vision et l’ignorance stratégique de ses leaders.

Que faire ? Continuer, comme le font BCE et Ghannouchi, à élaborer une synthèse qui marginalise les aventuriers que nous subissons depuis cinq ans et renvoie à leurs fantasmes les plus réactionnaires de tous les camps.

C’est bel et bien la voie à suivre. A condition que la duplicité des uns et les calculs d’épiciers des autres restent au vestiaire…

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