Tunisie : Nidaa Tounes… en appel !

Par Lotfi Larguet

Conf' Nidaa Tounes Programme électoal

Nidaa Tounes poursuit sa traversée du désert comme l’ensemble des partis politiques du pays. Tous sont en nette perte de vitesse et paraissent en rupture par rapport aux espérances de l’opinion publique et même de leurs propres électorats.

Le parti fondé par Béji Caid Essebsi est, aujourd’hui, au milieu d’un véritable débat qui se rapporte aux hommes qui composeront ses structures, notamment les structures exécutives qui devraient jouer un rôle fondamental dans la préparation de son congrès, et par conséquent, dans la configuration future du parti et de ceux qui vont pouvoir le contrôler dans l’avenir.

Nidaa Tounes s’est construit, comme on le sait, sur la base d’un rejet de la Troïka et principalement des Islamistes d’Ennahdha qui avaient tenté à l’époque de mettre sur la société tunisienne, une ambition qui constitue vraisemblablement encore leur véritable objectif stratégique.

Autrement dit, Nidaa Tounes a trouvé d’abord en Béji Caid Essebsi une personnalité charismatique, expérimentée et qui a joué le rôle de rassembleur citoyen.

Ensuite, il a vu se ruer des personnalités venant d’horizons extrêmement divers, phénomène à la fois enrichissant, la diversité étant toujours une source de richesse intellectuelle et politique, mais aussi fragilisant dans la mesure où l’indiscipline domine le comportement d’individus n’ayant pour points communs que d’incertaines convictions, ponctuelles et hypothétiques.

Malgré son hétérogénéité, et alors même que ce ne fut pas le raz-de-marée espéré par les fervents partisans de la laïcité de l’Etat et de la société pour éloigner le péril islamiste, ce « conglomérat » a réussi, quand même, à remporter les échéances électorales, législatives et présidentielles.

Cependant, sa première erreur, si l’on peut le considérer ainsi, a été de refuser d’assumer ses responsabilités de manière claire et d’assumer ses orientations, celles-là mêmes sur lesquelles il s’est fondé.

Son option de choisir un Chef de gouvernement « indépendant » et son choix d’accepter de gouverner avec les ennemis d’hier, les Islamistes, n’ont pas manqué de provoquer des polémiques à l’intérieur du parti, mais ont aussi probablement engendré une déception certaine parmi ses électeurs.

De plus, Nidaa Tounes a vécu une autre polémique, pas encore tout à fait dépassée, celle ayant trait à la composition de ses structures, notamment son comité exécutif avec des contestations, voire de profondes controverses entre ses chefs, y compris de nouveaux élus, et cela au grand dam de ses partisans et de sa base, complètement déboussolés par ces rivalités et ces différends qu’ils ne peuvent ni comprendre, ni accepter.

Aujourd’hui, le débat se poursuit avec ce « différend » concernant les titulaires des hauts postes de responsabilité au sein du parti d’autant plus qu’il faut prendre en compte cette résolution d’éviter le cumul entre les responsabilités partisanes et les responsabilités gouvernementales pour les structures exécutives, lisez supérieures, du parti.

Si le maintien de Mohamed Ennaceur au poste de président semble garanti à son titulaire, le poste de Secrétaire général est lui en ballottage dans la mesure où Taieb Baccouche est aussi le ministre des Affaires étrangères, une mission dans laquelle il réussit malgré les « critiques » de certaines parties.

C’est le nom de Mohsen Marzouk qui est annoncé pour lui succéder, lui-même renonçant à son poste à la présidence de la République.

Indépendamment de la solution qui sera trouvée, le véritable défi de Nidaa Tounes à l’heure actuelle est de se structurer afin d’en faire un véritable parti digne de ce nom, c’est-à-dire capable non seulement d’être une machine électorale mais aussi et surtout une force politique majoritaire et influente apte de diriger le pays.

Mais, et pour y arriver, il faudrait à certains de ses responsables faire preuve de davantage de sens de l’Etat et de l’intérêt général, et de mettre au placard leurs ambitions personnelles…

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