Ahmed Néjib Chebbi : « Je suis parfaitement fier de ma participation au gouvernement Ghannouchi »

Ahmed Nejib Chebbi[dropcap]S[/dropcap]on nom a été parmi les 27 candidats qui ont été retenus par l'ISIE pour continuer la course vers l'élection présidentielle du 23 novembre prochain : Ahmed Nejib Chebbi a accepté une interview avec nous, avec des questions "sérieuses" et d'autres "moins sérieuses".

Interview par Lilia Weslaty

Candidat, comment définiriez-vous Al-Joumhouri ?

Il s’agit d’un parti du centre, démocrate social. Il repose sur des valeurs fondamentales : elles sont au nombre de trois :

  • La liberté inclusive, la démocratie inclusive, c’est-à-dire la liberté pour tous, la liberté de s’exprimer dans la vie publique, pour tout Tunisien quelles que soient ses pensées, à des droits, à la condition de respecter la nouvelle Constitution et les lois qui lui sont conformes.
  • La quête de l’égalité  et la solidarité sociale, que cela concerne le coût social, les générations, les régions, la dimension sociale dans ces projets.
  • Un parti patriote éclairé qui est attaché à l’indépendance du pays, à sa culture, à sa civilisation, attaché à son identité. Il est ouvert sur la vie moderne, il conçoit la Tunisie comme un pays moderne pleinement intégré dans le monde.

Le deuxième pilier, c’est sa vision. Al-Joumhouri est un parti de l’intérieur qui a résisté au despotisme, qui a combattu les politiques qui ont mené le pays à l’éclatement. Un parti qui a choisi l’opposition au lendemain des élections du 23 octobre 2011. Par la suite, on nous reproche de ne pas être trop radical dans l’opposition.

« Le peuple tunisien est toujours ambitieux, et travailleur »

Bref, c’est un parti qui n’a pas participé à cette répartition du pouvoir entre partis, car nous avons toujours déclaré : un gouvernement doit avoir un programme, une vision, qui a fait défaut, et le pays est allé droit dans le mur.

C’est un parti qui a une vision. D’où tient-il cette vision ? Via la connaissance du terrain, nous avons toujours été en contact avec les régions depuis des années. Nous avions un journal, Al Mawkef, qui informait sur la réalité sociale du pays, nous avons continué à sillonner le pays. Personnellement, depuis deux ans et demi, j’ai fait l’ensemble du pays à plusieurs reprises.

Et nous avons une vision pour l’avenir du pays, en un mot le projet tunisien depuis l’indépendance, qui repose sur l’école, la santé, le pôle de développement, l’emploi des jeunes, tout cela est tombé en panne.

Aujourd’hui,  la Tunisie a besoin d’un leadership qui soit animé par le même patriotisme, la même vision. Et le peuple tunisien est toujours ambitieux, et travailleur,  il ne demande qu’à travailler, il nous faut du temps. Le quinquennat à venir est suffisant pour progresser.

 » Al-Joumhouri n’a pas d’idéologie »

Qu’est ce qui fait la différence entre Al-Joumhouri et les autres partis ? Autrement dit, pourquoi un Tunisien choisirait Al-Joumhouri plutôt qu’un autre ? 

Al-Joumhouri n’a pas d’idéologie parce que l’idéologie est exclusive, soit ma vision soit la vôtre, il n’y a pas de place à deux idéologies. Nous, nous avons une pensée politique, ce sont des objectifs stables, constants, et un pragmatisme, la recherche de voies qui nous rapprochent de ces objectifs.

C’est un parti de l’intérieur, qui à mon sens, a de la vision pour l’avenir de la Tunisie.

Avec la sécurité il faut donner la priorité au développement régional, qui dit développement dit emploi, dit des investissements massifs. C’est la seule manière d’unir le marché et de le dynamiser.

Il n’y a pas de marché sans un moyen de transport moderne et rapide comme ce fut le cas au Maroc, qui a commencé à mettre ses TGV. Pourquoi ne pas assurer le transport ferroviaire !

« Je rêve de deux TGV, Tunis-Tozeur et Tunis-Ben Guerdane »

Je rêve de deux TGV : Tunis-Tozeur à travers le Kef, Gafsa, Kasserine, cela se fait en deux heures de temps,  et un autre Tunis-Ben Guerdane .

L’infrastructure, des équipements collectifs, pour que ces régions soient vivables.

En troisième lieu, il faudrait des fonds de ces développements qui doivent être gérés d’une manière décentralisée et au service des jeunes promoteurs, des PME, pour que ces régions puissent se relever. Si on ne s’attaque pas au  problème de l’école, si on n’a pas de l’encadrement… Oui il faudrait beaucoup de moyens. C’est le facteur temps qui est vital, avec un appui du FMI, de la Banque mondiale. Voici un aperçu du programme sans fournir de détails.

Que pensez-vous des mouvements sociaux qui ont traversé le pays de 2011 à 2014 ?

Ils sont tous légitimes, au moins dans leurs motivations. Certaines formes sont discutables. Moi je crois à la décentralisation, il faut donc que les régions prennent en charge les problèmes sociaux. Activer très vite la décentralisation et simplifier les procédures.

Le problème est maintenant, comme ce fut le cas à Siliana, où des sit-in, ils commencent à attaquer, il y a des pierres, que pourriez vous faire dans ces conditions ? D’abord le dialogue, les comprendre,  leur expliquer, quels sont les moyens à leur disposition,  prendre en charge leurs revendications.

En prenant l’exemple d’un scanner qui coûte 300 mille dinars, il faudrait attendre deux ans pour qu’un appel d’offre international se présente.

« Al-Joumhouri n’a pas de problème de transparence »

Est-ce que le parti Al-Joumhouri a déclaré ses sources de financement ?

Nous avons toujours déclaré nos sources de financement : elles ont toujours été tunisiennes à 100%. On a présenté à la Cour des comptes notre budget. On n’a pas de problème de transparence.

Vous avez déclaré le dimanche  3 août : “J ’abandonne toutes mes responsabilités au parti et je me mets à la disposition de la patrie”. Est-ce que vous pouvez développer un peu ?

Le message était clair : il y a une disposition de la nouvelle Constitution qui oblige le prochain président à se décharger de toutes ses responsabilités partisanes. J’ai voulu envoyer un message d’indépendance aux Tunisiens.

De quoi êtes vous le plus fier durant votre parcours politique ?

Cette question là me paralyse : est-ce que  je suis fier de moi-même ?  Je ne sais pas ! Si le mot fierté…  Ce qui m’a rendu le plus heureux, en me réveillant le 15 janvier, en sentant pleinement que j’étais enfin un citoyen libre… J’étais obligé de m’exiler pour m’exprimer.

Mettre un superlatif, en soi, est déstabilisant. Je suis parfaitement fier de ma participation au gouvernement Ghannouchi, premier, je suis fier de toute les mesures que nous avons prises en ces 45 jours. Ça, j’en suis fier, ça couronnait 50 années de résistance, ce qui m’a donné l’occasion de mettre mon pays sur les rails de la transition démocratique pacifique. Je l’ai fait et je suis fier.

De quoi êtes vous « le moins fier » ?

Je n’ai pas de honte dans ma vie, tout ce que j’ai fait je l’ai assumé, et j’en suis personnellement responsable. Vous allez voir, je vais publier un livre sur ma vie, vous verrez que j’ai choisi des voies qui se sont avérées des impasses, j’ai opéré des ruptures et des rectifications, en comptant sur moi-même.

« J’ai passé trois années et demi dans la lutte clandestine »

Quelles anecdotes vous ont marqué ? 

Des remises en cause de regret ! J’ai passé trois années et demi dans la lutte clandestine, c’était la plus rude, plus dure que la prison, et je me suis  rendu compte que ce fut une impasse. Aujourd’hui, en le sachant, je ne choisirais pas cette voie .

C’était entre 1977 et 1981 ; c’était à la veille du mouvement de janvier 78, tout cela je l’ai vécu en Tunisie. J’étais supposé en exil. J’étais condamné à 32 ans de prison, je suis rentré clandestinement pour pour être auprès de mon pays. A ce moment-là, il y avait une grande crise (grève générale 78). J’ai des remises en question entre 1977 et 1981, j’étais supposé être en exil. C’était un sacrifice consenti qui ne correspondait absolument pas aux faits.

J’ai des regrets, j’ai des remises en cause, elles sont assez nombreuses, je ne suis pas fier. Il fallait faire preuve d’une très grande force de caractère, exceptionnelle. Ce n’est pas ça la politique, ce qui compte c’est le résultat.

« Mes relations avec Ennahdha sont des relations politiques »

L’une des questions des internautes qui revient assez souvent : Que pensez-vous  des accusations à votre égard, quand les gens disent que vous vous êtes aplati, pro-Ennahdha, … ? 

L’aplatissement, une chose qui m’est totalement étrangère. Je suis un résistant, j’ajouterais valeureux. Réellement, durant toute ma vie , il n’a jamais été question d’aplatissement, même quand je me suis rapproché d’Ennahdha, en 2005 même ou en 1987. C’était dans un esprit de « défiant » à l’autoritarisme et à la dictature.

Mes relations avec Ennahdha ce sont des relations politiques dont je ne partage pas les projets. Je crois que ce sont des Tunisiens qui ont les mêmes droits que les autres Tunisiens, qu’il faut que nous établissions avec eux une démocratie inclusive. Je me suis opposé à eux, je les ai combattu politiquement  en 2011. Ce n’est pas la place de l’Islam dans notre vie nationale qui m’inquiétait, c’était l’absence de programme politique, c’était le « géonisme » que je décelais, ce que j’ai dit, n’a pas été compris pas le lecteur. Je n’ai pas eu les résultats souhaités.

Et oui il y avait effectivement une  absence de programme.

Avec Ennahdha, même à travers “I’tissam errahil”, qui signifie  le sit-in du départ,  je ne voulais pas renverser le gouvernement de la Troïka par la violence, je suis contre toute forme de violence.

Ennahdha c’est une composante qui fait partie de l’échiquier politique tunisien, qui compte. On doit établir avec eux une saine compétition, une saine collaboration pour servir notre pays.

« Le président n’est pas un exilé à Carthage »

Si vous gagnez les élections présidentielles, sachant que  les prérogatives sont limitées, quel est votre programme court,  moyen,  long terme ?

Je reviens sur un détail que le président a un domaine réservé : la défense, la sécurité nationale et les relations extérieures. Mais le président n’est pas un exilé à Carthage. Il participe à la vie gouvernementale, il  préside le Conseil des ministres,  il a l’initiative des lois et ces projets ont la prééminence dans l’examen par  l’Assemblée.  Il a le moyen d’intervenir dans la vie nationale en dehors des domaines réservés. Et personnellement, dans les respects des institutions, je compte collaborer sincèrement et honnêtement avec le gouvernement et le Parlement pour réaliser les projets tunisiens et non pas pour les privilèges.

Sur le court terme, donner la toute priorité à la sécurité et la défense du pays. Cela passe par deux conditions politiques :

Défendre l’indépendance d’une manière intransigeante et la souveraineté du pays. Les Tunisiens sont les maîtres chez eux, ils décident ensemble de leur avenir.

Deux : unir tous les Tunisiens, leur donner de la protection, prendre en charge les orphelins des forces de l’ordre qui tomberaient dans le champs de bataille, unir  la centrale de renseignement, de manière à ce que les forces de l’ordre et l’armée soient plus coordonnées dans leur intervention, coopérer avec les pays voisins et amis pour contenir ce phénomène et le battre.

« Le développement régional, l’emploi des jeunes seront la seconde grande priorité »

Voilà une priorité. Mais cela ne servira à rien si le projet tunisien reste en panne. Si les jeunes restent désespérés, ils n’ont que la fuite face à la vie, la  fuite sur les bateaux de la mort, dans la drogue, la fuite dans le djihadisme, etc… Non, tant que les sources de la violence ne sont pas taries à la base, le danger persistera.

C’est pourquoi le développement régional, l’emploi des jeunes, seront la seconde  grande priorité. Ça ne peut se faire qu’avec la collaboration du gouvernement. Je pense que si on ne se met pas d’accord avant les élections sur les grands principes, les piliers de cette vision, je crains que demain le gouvernement  de cette union nationale dont tout le monde parle, qui sera une nécessité, sera une nouvelle forme de “Mouhassassa Hezbia”, et donc une source de tension, peut-être de paralysie de l’ État, peut-être de confrontation et peut-être encore une fois d’ouvrir les grandes portes au brasier libyen.

On a parlé sécurité, défense, éducation et emploi. Il y a beaucoup de cartes et autour de ça s’articulent plusieurs chantiers :

Comment refaire la carte de la santé en Tunisie, l’enseignement, comment réformer l’école, comment réunir l’enseignement technique et général, comment faire en sorte que l’école prenne en charge l’enfant du matin à 16h30 de l’après midi, comment élever le niveau de l’enseignement, comment faire en sorte qu’il y ait une adéquation entre le produit de l’école et de l’université d’une part et les besoins de l’économie d’autre part. Voilà un immense chantier. Puis, évidemment, ce sont des chantiers comme je vous l’ai dit, transversaux, qui concernent toutes les régions du pays et donc c’est une question de priorités, de moyens financiers, comment on peut les avoir.

« Je vais tout faire pour que je ne sois pas un “Tartour” « 

Les caisses de l’État, leur source, soit la fiscalité, le prélèvement de l’activité productrice des citoyens, soit l’emprunt. Et donc les caisses de l’État tunisien ne seront renflouées à l’avenir que par la reprise de l’activité. Pour que l’activité reprenne, il faut la sécurité et la stabilité. La sécurité, on l’a dit, quant à la stabilité, c’est cet esprit de concorde nationale sur la base d’un programme préétabli.

Sur le site d’Al-Joumhouri, il n y a pas de programme malheureusement

Nous avons le programme de 2011, qui est excellent, il est encore valable, il a besoin d’être actualisé. Maintenant, personnellement, je vais publier un programme, mon programme, comment je vois ce projet tunisien.

Supposons que vous êtes élu président et qu’on vous traite de « Tartour” comme ça a été le cas pour M. Marzouki, comment allez-vous réagir ?

Je vais tout faire pour que je ne sois pas un “Tartour”. D’abord je suis un libéral. Déjà, je reçois des attaques de toutes parts et depuis très longtemps, je ne réagis même pas. Je continuerai dans ma sérénité.

Si vous n’êtes pas élu, comment prévoyez-vous la suite ? 

D’abord, j’y vais avec la mentalité, l’esprit et la volonté de vaincre. Je n’envisage pas ce cas d’échec. Maintenant, l’incertitude c’est le propre de toute démocratie, je suis suffisamment réaliste. Parler de mon avenir, encore une fois discutable après avoir mené 50 ans de service, j en déciderai après les élections en espérant 5 année au service de mon pays.

Il y a une question qui est revenue plusieurs fois : La  photo avec l’ambassadeur US Jacob Walles, qui a circulé sur Facebook. Pouvez-vous nous raconter les circonstances de cette réunion ? 

(Étonné) Malheureusement, ceux qui posent ces questions ne savent ce qu’est la vie politique. En politique, il faudrait avoir de bonnes relations correctes avec les États amis, des voisins, etc… J’étais invité à un Iftar  avec l’ensemble de la classe politique moyenne, par l’ambassadeur des USA. Ce n’est pas la première fois, j’étais à d’autres occasions durant le Ramadan, invité aussi, ça ne me pose aucun problème. C’est une tradition aux USA, dans les pays musulmans, où ils font la table d’iftar. Obama et George Bush avant lui ont déjà invité la communauté musulmane à un Iftar, c’est une tradition.

Le mois de Ramadan, j’étais aussi invité par l’ambassadeur d’Iran, mais on ne parle pas du train qui arrive à l’heure, on parle de celui qui n’arrive pas, n’est-ce pas ! Mais j’ai des relations diplomatiques avec l’ensemble du corps diplomatique.

Je dîne avec l’ambassadeur belge qui fait ses adieux, qui va quitter le pays, ce sont des traditions diplomatiques, qui concernent la classe politique, il n’y a aucun problème. Le seul problème c’est qu’au lieu d’expliquer cela correctement aux Tunisiens, on essaie d’en faire un problème de polémique.

« Je ne suis plus avocat depuis 2014 »

En tant qu’avocat, que pensez-vous de l’affaire du don émirati à Beji Caïd Essebsi ?

D’abord, je ne suis plus avocat depuis 2014, et j’insiste avec beaucoup de précision : je ne me permets pas de juger des dossiers que je ne connais pas. J’étais informé comme tous les Tunisiens d’une donation de l’Etat des Emirats à un responsable politique tunisien, qui consiste en deux voitures blindées. La loi l’interdit selon, les articles 19 et 30 de la loi sur les partis, qui sont explicites. Personnellement, je ne suis pas juge. Il y a des institutions qui sont concernées par l’activité des responsables politiques, c’est à eux de le faire. Personnellement, je leur fais confiance.

Il y a d’abord la présomption d’innocence, il y a la confiance générale à mes pairs au sein de la classe politique, puis je fais confiance aux institutions de la République. S’il y a quelque chose qui n’est pas juste, qu’elle soit corrigée.

Une confirmation : Vous êtes pour ou contre la peine de mort ?

Je suis absolument contre la peine de mort. Je considère que ce n’est pas une question religieuse, c’est une question de degré de civilisation.

Questions « moins sérieuses »

Les meilleurs films qui vous ont marqué ? 

Je ne peux prétendre être un cinéphile, c’est-à-dire quelqu’un qui est dévoré par cette envie de suivre et de regarder les films. Mais, heureusement, avec les CD, etc., j ai l’occasion de voir quasiment tous les films. Quand je ne suis pas fatigué et quand je n’ai pas encore sommeil, je me permets de regarder de magnifiques films sur CD, etc… Il y a de magnifiques films, ils sont tellement nombreux, je ne regarde ni les titres ni les noms, ni même ceux des grands acteurs.

Mais, par exemple, un des films me revient : Le Majordome. C’est un film magnifique qui retrace l’histoire des noirs en Amérique, de la persécution la plus barbare jusqu’à l’élection d’un homme noir à la tête des USA. Je ne sais pas si vous l’avez vu, il est magnifiquement bien fait. C’est l’histoire d’un majordome à Washington à la Maison Blanche et c’est l’histoire de son fils. Et à travers ces deux personnalités, ils ont retracé la vie des noirs depuis la ségrégation raciale des années 60.

Ils n’avaient pas le droit d’aller dans les bars où il y avait les blancs, ni de prendre les bus où il y avait les blancs, leur marche de protestation, jusqu’à ce que l’Amérique se transcende elle-même et accepte dans un acte que l’histoire retiendra, que son chef soit un noir d’origine musulmane, il est chrétien mais en plus de père musulman.  Il n’y a pas que les films d’esclavage, la souffrance des noirs qui me plaisent, m’interpellent. Il y en a énormément mais il faudrait faire un petit effort pour me rappeler d’autres films. J’en consomme tellement, je suis parti au mois de juillet aux USA et vous savez comme le trajet est long, j ai trouvé que tous les films, je les ai déjà vus.

Quel est le livre qui vous a le plus marqué ?

Celui qui m’a le plus marqué… Il y a beaucoup de livres qui m’ont marqués, mes livres sont théoriques. Mais, attendez, je crois que c’est un livre récent… Je dois reconnaître que depuis la révolution, l’action a pris le pas sur les lectures.

Il y a eu trois grands moments où la lecture dominait : quand j’étais en prison, la clandestinité, et la crise des années 90. C’était le moment où la lecture prenait 90% de mon temps. J’ai beaucoup de noms qui me sortent, mais j’ai peur d’être un peu ridicule. Si je vous citais l’exemple « La société civile » de John Locke, ou « L’appel » de Luther, l’ancien régime ou la révolution, ou un autre livre sur la guerre de religions en France, pas uniquement en France ou en Europe, dont j’ai oublié le nom de l’auteur. On se rend compte que l’Europe a été dévastée par trois siècles (1520-1789) d’une guerre d’une telle sauvagerie, d’une telle barbarie, à cause des divisions religieuses, et qui explique comment l’idée de la laïcité est née en Europe, etc.

Donc je suis un lecteur bien évidemment, je lis énormément de livres qui m’ont marqué. Par exemple, un livre qui m’a marqué et qui a fait ma rupture avec l’idéologie marxiste que j’ai suivie dans ma jeunesse, c’était le livre “Karl Godowsky” qui critiquait le système en 1917 de l’Union soviétique et montrait comment tout point est unique à la démocratie.

Je vais vous poser une question par rapport au foot : quel est votre club ?

Il paraît qu’il n’est pas bon de le dire.

Quel chanteur écoutez-vous ?

De la génération Fairouz, j’adore Fairouz.

Votre chanteur tunisien préféré ?

J’aime bien Lotfi Bouchnak.

« Les Tunisiens sont dynamiques… » Comment imaginez-vous la Tunisie dans cent ans ?

Dans 100 ans c’est loin. La Tunisie, je la vois à travers son histoire. Je considère que les pays, leur importance, ne viennent pas de leur taille, ni de leurs ressources naturelles. Elle vient du dynamisme de leur peuple. Si  je vois l’histoire depuis les Phéniciens, je constate que c’était toujours un lieu de rayonnement en Méditerranée avant et après la période islamique. Kairouan a été un lieu de rayonnement sur l’occident islamique, c’est-à-dire le Maghreb et l’Andalousie. Mahdia a étendu le pouvoir de l’État tunisien des frontières marocaines jusqu’aux frontières syriennes. C’est Jawher El Sakli qui a fondé la mosquée El Azhar au Caire.

Les Tunisiens sont dynamiques, c’est un peuple ambitieux, entreprenant. Je crois qu’avec les nouvelles structures démocratiques, et j’espère qu’avec un leadership, le peuple tunisien aura entre les mains tous les moyens pour réussir son décollage, et tous les moyens pour réussir son ascension scientifique, culturelle et sociale. Et la Tunisie, je la vois dans 50 ans réellement, un haut lieu de civilisation méditerranéenne.

Et ce malgré les problèmes géopolitiques qui l’entourent ?

Les Tunisiens doivent avoir confiance en eux-mêmes. Rappelons-nous, pendant l’Indépendance, la Tunisie n’avait rien, elle avait un bon leadership, un peuple ambitieux et sur un laps de temps assez court, elle a vaincu l’analphabétisme, les épidémies, la mortalité infantile, la mortalité des femmes à la naissance, elle a fait disparaître “les gourbis” qui  faisaient partie du paysage à la capitale. La Tunisie sans ressources naturelles est devenue ce pays moderne tant aimé par les visiteurs de toutes les nations.

Donc les Tunisiens, s’ils ont un bon leadership, ils ont l’ambition et la qualité d’un peuple avancé, rayonnant, d’un autre monde. Je crois en la Tunisie, je crois en son avenir et je crois que le problème de la Libye est passager. Les Libyens, comme toute les nations du monde, ils ont connu des guerre civiles, de dévastation, et toutes les nations finissent par retrouver leur ressort pour rebondir.

 

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