L’impensable come-back d’Ahmed Mestiri

Ahmed MestiriFort de témoignages que j’ai pu recueillir auprès de ceux qui l’ont côtoyé depuis la fronde du congrès de Monastir de 1971 jusqu’à la création du MDS, les élections pipées de 1981 puis celles ratées de 1989 et enfin de son retrait définitif de la politique active au début des années 90, j’avais la ferme conviction que Si Ahmed Mestiri allait camper sur une décision que tout le monde croyait acquise à savoir qu’il était en retrait et non en réserve de la République.

Les occasions de retourner à la vie politique tunisienne n’ont pas manqué pour celui qui fut un des enfants « terribles » et « choyés » de la Bourguibie avant de devenir un de ceux qui ont « symboliquement » tué le père. Ahmed Mestiri dont la droiture intellectuelle confine parfois à la rigidité rappelle un peu, par son parcours, un grand ami de la Tunisie à savoir Pierre Mendes France.

Ce dernier n’arrivant pas à se fondre dans un système institutionnel qu’il a combattu de toutes ses forces et ayant essuyé un lourd échec électoral avait choisi de tirer les conséquences politiques qui s’imposaient en prenant ses distances avec la vie politique active. Comparaison n’est certes pas raison, la vie politique tunisienne ne ressemblant en rien à celle qui a pu exister en France mais le parallèle est saisissant. Voilà un homme en l’occurrence Ahmed Mestiri dont tout prédestinait un grand destin national mais qui pour des raisons multiples est resté deux décennies en position d’eternel « recours ».

Vint le 14 janvier, le retraité volontaire de la politique, aurait pu comme BCE être l’homme de la transition, il n’en fut rien, l’homme en dépit de quelques apparitions publiques ou entretiens télévisés resta muré dans sa maison donnant au passage une discrète bénédiction à son fils spirituel Mustapha Ben Jaafar et surtout une précieuse caution aux islamistes d’Ennahdha.

Rappelons, pour l’histoire, que ces derniers l’ont pourtant poignardé la veille des élections de 1989 en présentant des candidats indépendants dont ils avaient assuré Mestiri de reporter leurs voix sur les listes « vertes » du MDS. Viennent par la suite les élections de la Constituante. Avec son aura resté intacte, il aurait pu réaliser le formidable exploit d’être le doyen de l’Assemblée après avoir été en 1956 le benjamin (avec Ahmed Ben Salah) de la première Constituante (il aurait pu par la même occasion nous épargner le spectacle affligeant de la séance inaugurale avec un Tahar Hmila dans le rôle d’histrion de la République.

Dans le même ordre d’idées, il aurait pu devenir président de la République nous évitant cette fois ci le festival de bourdes (et autres inconséquences) d’un Marzouki peu à l’aise dans ses baskets s’agissant d’être le président de tous les Tunisien.

Vient enfin la crise majeure née des assassinats politiques, des guets-apens de nos soldats, de la terreur qui s’empare du pays, mille fois sollicité et même supplié auparavant pour venir épauler notre démocratie (ou dictature naissante à votre guise), l’homme est resté figé dans une position qu’on croyait de principe. Après une semaine de tractations et de spéculations sur le nom du futur chef de gouvernement et à la surprise générale, celui qui ne pipa mot sur sa position quant à l’acceptation ou le refus éventuel de la mission qu’on lui proposait, finit par rompre son silence et se dit tout à fait partant sic !?

Ce revirement tout à fait incompréhensible si l’on tient en compte tout ce qui a été exposé précédemment rend sa décision pour le moins « étonnante ». En effet, pourquoi se dit-il prêt à tenir le gouvernail Tunisie après avoir refusé superbement les sollicitations précédentes ? A-t-il obtenu des garanties qu’il n’avait pas auparavant ? L’euphorisant « pouvoir » a-t-il fini par avoir raison de sa réticence et de certains handicaps majeurs tels le facteur âge et l’absence de consensus autour de sa personne ?

Ayant du respect pour la personne, je ne vais point m’aventurer dans un quelconque procès d’intention mais reconnaissons que c’est tout même incroyable et si peu sensé (pour un personnage réputé être réfléchi) d’accepter aujourd’hui cette lourde mission, le risque étant énorme surtout si l’on se fie aux pratiques répétées d’Ennahdha, une formation aventurière et si peu fiable s’agissant d’honorer ses engagements.

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