Liberté de presse et indépendance de la justice à l’épreuve du politique

Liberté de presse (photo - francetvinfo.fr)

Demain sera une triste journée pour les médias, de plus en plus menacée par les ennemis de la liberté et un nouvel exercice pour la justice qui doit marquer son indépendance en appliquant en toute impartialité la loi. En effet, les deux affaires qui seront examinées par le tribunal de Tunis feront date dans les annales de la justice non seulement parce qu’elles sont intentées contre des journalistes dans le cadre de l’exercice de leurs activités mais aussi à cause des anomalies et aberrations qu’elles renferment.

Dans la première affaire, les poursuites contre le journaliste Zied Heni ont eu lieu sur la base d’un texte de loi abrogé. Il est reproché au journaliste qui participait à un débat télévisé sur Nessma TV, d’avoir taxé le procureur de la république de «menteur» en commentant le communiqué que ce dernier a fait paraître dans le procès de Mourad Mehrezi et Nasreddine Shili suite à l’affaire du jet d’œuf contre le ministre de la Culture.

Le «hic» dans cette affaire est que l’action pénale s’est fondée sur l’article 128 du code pénal qui prévoit une peine d’emprisonnement de 2 ans et une amende pécuniaire. Seulement, cet article qui remonte au décret beylical du 9 juillet 1913 a été abrogé depuis la promulgation du code de la presse en 1975. Le seul texte actuellement applicable est le décret-loi du 2 novembre 2011 sur la liberté de la Presse qui ramène la peine de la diffamation à une amende de mille à deux mille dinars et ce, après mise à l’écart du code de la presse en raison de ses dispositions répressives.

Dans la seconde affaire, les poursuites ont eu lieu contre un journaliste de la radio Express fm, Zouheir Jiss, dont le seul tort est d’avoir interviewé un certain Salem Zahran, un journaliste libanais. Au cours de cette interview, ce dernier a déclaré que le président Moncef Marzouki touchait un salaire de 50 mille dollars, servis par la chaîne Al Jazeera.
Cependant, alors que la plainte introduite par le chef du contentieux de l’Etat visait également le directeur de la radio Express fm, le responsable du site web de cette radio et le journaliste libanais, les poursuites se sont limitées au journaliste tunisien sur la base de la publication de fausses nouvelles, conformément à l’article 54 du décret-loi du 2 novembre 2011 traitant de ce délit.

En vertu de cet article, la formation du délit dépend de l’élément intentionnel. Or, dans une émission en direct, il est difficile de se prononcer sur la bonne ou mauvaise foi du journaliste au titre des propos qu’il recueille auprès de ses invités.
Par ailleurs, la présidence de la République a affirmé dans un communiqué officiel que la plainte a été déposée uniquement contre le journaliste libanais, imputant, ainsi, l’erreur sur le responsable du contentieux de l’Etat. Mais jusque là elle n’a rien fait pour arrêter les poursuites contre Zouheir Jiss alors qu’il suffisait d’un rien pour y parvenir.

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