Rencontre Caïd Essebsi – Ghannouchi : quelles implications ?

R. Ghannouchi vs B. C. Essebsi - (caricature El-Berbech)

Alors que rien ne paraissait le permettre en raison du fossé qui s’est creusé entre leurs mouvements respectifs, Nidaa Tounes et Ennahdha, voila que les deux vieux leaders, Béji Caid Essebsi et Rached Ghannouchi se rencontrèrent à Paris. Rien, ni personne ne le prévoyait et ne l’aurait soupçonné !

Mais, voilà que les deux leaders ont pris tout le monde à contre-pied en se rencontrant dans la capitale française, loin des regards et de la pression des événements nationaux.

Sur ce plan, il convient de faire deux remarques. La première est relative à Béji Caid Essebsi qui n’a jamais refusé de négocier avec Ennahdha, et cela depuis son discours dans lequel il avait annoncé la fondation de Nidaa Tounes. Bien au contraire, il s’est toujours montré disponible à toute négociation et a toujours répondu positivement aux invitations du gouvernement que cela soit avec Hamadi Jebali ou avec Ali Laarayedh.

La seconde concerne Ennahdha et Ghannouchi qui essaient toujours de trouver des subterfuges pour justifier une rencontre avec les « gens » de Nidaa Tounes. Ainsi, le communiqué publié par le bureau du président du mouvement dans lequel on évoque l’ambiance dans laquelle s’est déroulée cette entrevue alors que la fille de Ghannouchi, Yousra, la justifiait par le fait qu’elle aurait été préparée par une personne neutre ! Autrement dit et du côté des Islamistes, on essaie de minimiser l’impact d’une telle réunion. Un message en direction de la base qui aurait du mal à le comprendre vu l’hostilité régulière entretenue à l’encontre de Nidaa Tounes considéré comme une relique du passé et une continuité du RCD !

Maintenant, il s’agit de connaitre l’intérêt, la teneur et les résultats de cette rencontre.

Il est évident que la grave crise politique et sociale traversée par le pays nécessite une rencontre non seulement entre ces deux leaders mais entre toutes les composantes de la vie politique et sociale du pays. Un compromis est plus qu’urgent pour se remettre dans le bonne direction afin de faire réussir cette seconde période transitoire oh combien chaotique.

Sa teneur apparait à travers le communiqué publié par Ennahdha qui évoque « une rencontre positive et sincère intervenue dans le but de parvenir à apaiser les tensions et à appeler au dialogue et au consensus entre les différents acteurs politiques et sociaux dans le pays en tant qu’alternative à la mobilisation de la rue et à la surenchère. » Mais, Ennahdha ne vise-t-elle pas aussi deux autres objectifs. Le premier serait de la sortir de son isolement qui s’approfondit de jour en jour y compris notamment avec l’un de ses alliés le FDTL qui est très lié à l’UGTT ; le second se rapporte à la position à l’égard notamment du Front Populaire dont les positions sont aux antipodes d’Ennahdha !?

Mais et dans tous les cas de figure, c’est tant mieux que cette rencontre ait pu se dérouler, pourrions-nous dire !

Maintenant quels sont ses résultats et ses implications éventuelles ?

Si rien n’a été officiellement annoncé, des indiscrétions ont filtré du côté de Nidaa Tounes faisant état du maintien de Béji Caid Essebsi des revendications du Front du Salut National à savoir notamment la destitution (par la démission) du gouvernement et sa substitution par un gouvernement technocratique qui assurera la fin de cette période transitoire et organiser des élections réellement libres et véritablement transparentes.

Les implications d’une telle rencontre peuvent être positives si jamais les deux partis les plus importants en Tunisie, du moins dans les intentions de vote, arrivent à s’accorder sur un projet qui puisse les satisfaire ainsi que leurs alliés. Au contraire, il serait désastreux si jamais chacun demeure sur sa position d’où l’inévitable choc entre les deux visions !

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