Rached Ghannouchi propose un référendum pour sortir de la crise : repli stratégique ou calcul politique ?

Place du Bardo (Crédit photo - Kakoulos 55)

Dans une déclaration à l’agence Reuters, Rached Ghannouchi, le chef du mouvement Ennahdha, a affirmé que son parti restait ouvert au dialogue pour mettre un terme à la crise politique qui sévit et éviter son aggravation. Il proposerait, dans ce cadre, l’organisation d’un référendum où les citoyens seront consultés sur la solution à retenir, à savoir le maintien de l’ANC et du gouvernement en place ou leur dissolution. Lorsqu’on sait que lors de son dernier discours sur la crise, le Premier ministre, Ali Laaraeydh, avait fait, lui aussi allusion au référendum, cela indique que la formule est déjà envisagée au sein du mouvement.

Une proposition louable mais irréaliste

Dans son esprit, la proposition est louable puisqu’elle vise à faire arbitrer le peuple sur une question qui divise la classe politique et menace de diviser la société toute entière. Mais au niveau de son application, l’on s’interroge sur sa faisabilité et son opportunité. En effet, il ne s’agit pas de trancher entre ceux qui s’attachent à l’existant au nom de la protection de la légitimité et ceux qui réclament le renversement du régime au nom du sauvetage du processus révolutionnaire. La démarche doit permettre d’édifier sur les actions à mettre en œuvre pour le restant de la période parmi les scénarios plausibles.

En effet, à côté du maintien du statu quo et de l’alternative présentée par les députés en sit-in et leurs partisans, l’UGTT préconise la formation d’un gouvernement de technocrates, certains dans la Troïka prévoient la mise en place d’une coalition élargie, d’autres envisagent un gouvernement d’unité nationale etc… Pratiquement, tous les jours, une nouvelle proposition est lancée pour semer davantage de confusion et brouiller les cartes.

D’un autre côté, le recours à un référendum dans les circonstances qui caractérisent la crise peut prendre l’allure d’un plébiscite qui ne se justifie pas à quelques mois de la fin de la période de transition. Techniquement, l’opération nécessite une préparation, un dispositif, une logistique, des moyens et une organisation. Sa tenue dans de bonnes conditions ne peut pas avoir lieu avant trois mois au meilleur des cas. Entre temps, la mission de l’ANC censée arriver à son terme avant la fin de l’année sera suspendue pour reprendre à nouveau au cas où les résultats seront favorables à ceux qui nous gouvernent. Une nouvelle période s’ouvre pour ralentir encore le processus.

Nahdha lâche-t-elle du lest ?

L’opposition ne s’est pas encore prononcée sur la proposition qui parait irréaliste dans le contexte de la crise qui prévaut. A priori, le fait de l’avoir avancé prouve que le parti au pouvoir est en train de lâcher du lest. Plusieurs autres indices le confirment. On peut citer à ce propos, les déclarations de Samir Dilou, ministre des Droits de l’homme, lors du sit-in de la Kasbah, samedi dernier, qui a fait remarquer que les manifestants en faveur de la légitimité ne représentent pas toute la société. On peut citer également la suspension du sit-in de la légitimité pendant les vacances de l’Aid. Le porte-parole de ce sit-in a justifié la décision, entre autres, par le fait de donner l’occasion aux antagonistes de négocier.

Par ailleurs, des sources proches du mouvement Nahdha ont révélé que le parti est disposé à renoncer au projet de loi sur l’immunisation de la révolution, à en finir avec les ligues de protection de la révolution et à ouvrir la voie à Beji Caied Essebsi pour les prochaines élections présidentielles en éliminant la limite d’âge.

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