Au centre-ville, l’équation difficile entre commerçants, marchands ambulants et police

Marchands ambulants (photo Webdo.tn 09-07-2013)
Marchand ambulant de chaussures… devant un magasin de chaussures (photo Webdo.tn 09-07-2013)

Avec l’arrivée du Ramadan, cette cohabitation risque bien d’être secouée notamment lors de la deuxième quinzaine lorsque les boutiques devront tourner à plein régime, de jour comme de nuit.

Autour de la Place Barcelone, les rues d’Espagne, d’Allemagne, Charles de Gaulle et Jamel Abdenasser, Place de la République, sont totalement saturées par les ambulants. Ces derniers n’hésitent plus à étouffer les magasins en plaçant, sous la menace, leurs étals au seuil des boutiques.

Tout en intimidant les boutiquiers traditionnels, les «nassabas» informels occupent le haut du pavé et font la loi dans ces artères, sous le regard «impuissant» de la police.

Pour vous rapporter un peu l’ambiance qui règne, voici des témoignages recueillis près de la Place de la République. D’une part, un commerçant qui, exaspéré, avoue : «Ce n’est plus vivable, ce n’est plus possible. Je ne sais plus quoi faire… Regardez, juste devant mon magasins, ils vendent des claquettes trois fois moins chères que celles que je propose» (voir photo ci-dessus). Un autre réplique : «Je peux m’estimer heureux qu’ils n’étalent pas encore leurs produits dans mon magasin».

D’autre part, un jeune ambulant qui claironne : «Nous avons le droit à l’emploi. Qu’on nous donne du travail et nous partirons».
A la question des désagréments causés aux commerçants, l’un d’eux affirme, sur un ton satirique, que «grâce à nous, ils [les commerçants] bénéficient d’une nouvelle clientèle».

Marchands ambulants Avenue de Paris (photo Webdo.tn 09-07-2013)
Une grande partie de l’Avenue de Paris est parsemée de vendeurs ambulants (photo Webdo.tn 09-07-2013)

Est-ce de ce point de vue que la police voit la chose ? «Il y a toujours un arrangement et au pire des cas on nous arrête […] Puis on y retourne une fois relâchés», précise un vendeur informel.

Ce matin, les agents de l’ordre ont dissuadé les ambulants de s’installer avenue de France. Mais, le répit des commerçants a été de courte durée. Et, de toute façon, les rues adjacentes étaient en roue libre, avec une foule impressionnante de passants.

Rappelons qu’après la révolution, les marchands ambulants ont été au centre des préoccupations de la Municipalité de Tunis notamment en décidant de leur accorder un espace aménagé. Le choix s’était porté sur l’ancienne bâtisse qui abritait la STD (société tunisienne de diffusion).

Cette idée qui s’est concrétisée par la démolition de l’ancienne STD, trouve toutefois, de nombreux obstacles notamment chez les vendeurs ambulants qui ne souhaitent nullement être cantonnés dans un espace délimité.
La décision de les acculer à utiliser cet espace comme surface de vente fait peur aux autorités, nous apprend une source sécuritaire. Rappelons qu’à Bizerte les commerçants informels avaient refusé de s’installer dans le nouvel aménagement mis à leur disposition du côté du port, argumentant que ce nouveau local allait faire baisser leur chiffre d’affaires. Ce refus avait conduit à des émeutes et à l’incendie du marché, le 28 mai dernier.

Pour la police, le mot d’ordre est de fermer l’œil ; les chasser une fois de temps en temps sans pour autant les virer définitivement, déplorent les commerçants.

«Qui profite de ce trafic ? Qui en tire les ficelles ?», nous questionne un commerçant tout en ajoutant : «On voit toutes sortes de délinquance. Il y a même des gens qui louent des espaces de trottoir à dix dinars la journée et la police se contente de regarder et, pendant ce temps, nous, les commerçants du centre-ville, on crève à petit feu».

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