Le billet de Hatem Bourial – Emprunter et mendier ne font pas une politique économique

Marzouki-Ghannouchi-ben Jaafar (photo - The Times)Il est difficile pour un « littéraire » de prétendre s’immiscer dans un débat économique. Pourtant les récents prêts obtenus par la Tunisie interpellent le bon sens de chacun.

Est-il vrai, comme l’affirment plusieurs experts que ces prêts vont plomber l’économie tunisienne ? L’endettement à outrance est-il la seule voie passante ? Questions ardues et, selon le parti qu’il représente, chacun leur donnera des réponses opposées.

Ce qui saute aux yeux toutefois, c’est le triomphalisme démesuré des pouvoirs publics qui nous présentent des prêts à taux très lourd comme des trophées. Ce qui frappe également, c’est la sébile tendue de l’Etat tunisien qui, sans prestige ni vergogne, fait la manche pour boucler les fins de mois sans expliquer à l’opinion publique la gravité de la situation.

QUI VEUT ENTRAINER LA TUNISIE DANS UN GOUFFRE

Tout se passe comme si une main invisible mais cousue de fil blanc laisserait se détériorer la situation de notre pays. La Troika est-elle aveugle à ce point ou bien cette myopie relative à la situation du pays est-elle voulue, voire alimentée. On me pardonnera mon pessimisme mais tout semble se passer comme si nos gouvernants au sens large nous mèneraient vers un gouffre.

En effet, la situation est incroyable : une économie en chute libre, une transition qui va tout droit dans le mur, des élections qui auront peut-être lieu en 2014, une Constituante immature et accrochée à sa légitimité caduque, une menace terroriste qui se précise… Malgré tout cela, la Troika continue à louvoyer, ne reconnait pas ses erreurs et persiste dans sa volonté d’exclure de la vie politique celles et ceux dont elle sait qu’ils ne voteront pas dans son sens.

Pire encore, la Troika est en train d’enfoncer le pays dans la spirale de l’endettement, ouvrant la voie à des protectorats de fait sur la Tunisie. Il est d’ailleurs étrange que ceux qui aujourd’hui bradent l’indépendance du pays doublent leur action coupable d’un discours qui jette l’anathème sur la génération qui a obtenu cette indépendance.
Faut-il revenir sur les dangers du dernier prêt contracté auprès du FMI, de ses diktats et notre solvabilité ? Les experts l’ont analysé bien mieux que je ne le pourrais.

Faut-il souligner que des pans entiers de notre économie sont en train d’être concédés à des pays étrangers comme le Qatar ou la Turquie ? Et, on nous demande d’applaudir ! Parlons par exemple de ce prêt turc de 200 millions approuvé la semaine dernière par l’ANC. Il revient à accepter des conditions léonines et impose des experts turcs et des produits turcs à la Tunisie, au mépris des lois de la libre concurrence.

C’est aussi le cas de certains dons qui cachent d’autres compromis difficilement avouables. Car si nous offrons aujourd’hui des roses au Qatar pour son portefeuille ouvert, nous récolterons demain les épines de cette charité qui, bien ordonnée, commence par soi-même.

LÉGITIMITÉ CADUQUE ET FUITE EN AVANT

Drôle de stratégie économique qui rompt les grands équilibres et hypothèque l’avenir, sans se soucier de la nécessaire refondation de notre outil productif et de notre commerce. Des slogans creux, des promesses aussi vides que celles de l’ancien régime et l’arrogance des vainqueurs qui qualifient de Cassandre ou de Judas chaque voix discordante.

Emprunter et mendier ne font pas une politique économique. Le faire au nom d’un Etat chancelant insulte l’avenir. Le faire au nom de la dignité reconquise insulte la révolution. L’essentiel est ailleurs que dans cette fuite en avant qui consiste à tendre la sébile alors que la Tunisie est embourbée dans la rédaction d’une constitution qui ne promet rien de bon.

Les politiciens qui nous ont poussés dans cette voie, ceux qui ont préféré tourner le dos à la constitution de 1959, savaient ce qu’ils faisaient. Leur objectif était de gagner du temps pour leur agenda partisan et perdre un temps précieux pour la Tunisie.
Ces apprentis-sorciers (je devrais plutôt écrire ces sorciers) savaient qu’ils ne pourraient s’emparer de notre pays qu’à condition que désordre et confusion soient installés dans la durée. Aujourd’hui, au lieu de reconnaitre leurs erreurs, faire amende honorable et achever la transition, ils enferrent le pays dans une spirale d’emprunts, tentent de voter des lois d’exclusion et se sont lancés dans une wahabisation rampante de la société tunisienne.

Pire encore, ils veulent laisser la facture de leurs errements présents aux générations futures. Tout cela au prix de la plus abominable des impostures : celle d’avoir transformé les premières élections se voulant démocratiques en carte blanche pour outrepasser le vote populaire et transformer le mandat d’une année en permis permanent de détruire, ridiculiser et embraser notre pays.

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