Ennahdha laisse filtrer des infos sur un divorce officiel avec Jebali

Jebali-Ghannouchi (photo - tunisienumérique)Si Ennahdha se battait et se bat toujours pour un régime purement parlementaire, c’est parce qu’elle croit que la présidentielle lui échappe. Elle a toutefois mis au point un stratagème qui, s’il marche, lui permettrait d’être à la fois détentrice de la magistrature suprême et de l’exécutif. En attendant, elle se cramponne encore au parlementaire total, on n’est jamais trop prudent.

Le stratagème en question est assez ingénieux, peut-être même mis en place par des experts non-nahdhaouis : créer un candidat acquis à cent pour cent à la cause d’Ennahdha mais qui s’attirerait les suffrages du gros des Tunisiens, y compris des «laïcs» et des opposants. Ce candidat n’est tout autre que Hamadi Jebali, le compagnon le plus fidèle de Ghannouchi et un Nahdhaoui confirmé.

Il fallait juste l’événement qu’il faut pour créer le choc psychologique chez la population et doter cet homme, comme par magie, d’un crédit, dont il ne pouvait jamais espérer bénéficier. Le meurtre de Chokri Belaïd fut une aubaine pour propulser Jebali et lui donner une nouvelle stature, celle d’un homme d’Etat qui prêche l’amour de la patrie, le dévouement à la nation et la liberté. Le tout assorti d’un «conflit» avec son propre parti.

Le scénario va bon train : après de fausses alertes sur le départ de Jebali, le site Attounssia vient de publier une info selon laquelle l’ancien chef du gouvernement a émis le souhait de quitter et le secrétariat général du mouvement et le bureau exécutif, entendez qu’il veut carrément prendre ses distances avec Ennahdha. Le site ajoute que Ameur Laâryedh, président du bureau politique, ne serait pas opposé à un tel départ, tandis que Ghannouchi voudrait calmer les ardeurs et reporter le «divorce».

Ce qui est quand même un peu curieux, c’est qu’à part des spéculations et autres supputations, on n’a jamais entendu un seul Nahdhaoui parler d’un problème, quel qu’il soit, au sein du parti islamiste. Sur ce plan, quoi qu’il arrive, rien ne filtre et la discipline la plus rigoureuse est toujours de mise. Le seul «conflit» interne reconnu et géré par le parti islamiste depuis son arrivée au pouvoir est celui opposant les soi-disant «faucons» à Jebali. C’est quand même curieux tout cela. Ça a l’air d’un dérapage contrôlé.

En attendant, Jebali se taille une réputation de modéré à la Turque en grignotant chaque jour de nouveaux points en plus dans les sondages.

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