Privatiser, recapitaliser ou créer un pool bancaire public ? L’embarras de Chedly Ayari !

Chedly Ayari (photo - inv. en Tunisie)Peut-on mettre en liquidation ces banques publiques exsangues ? C’est la seule question qui n’a pas été soulevée lors de la récente conférence du gouverneur de la Banque Centrale de Tunisie (BCT) monsieur Chedly Ayari qui a présenté un schéma de sortie de la crise, celle qui frappe actuellement le secteur bancaire.

Les leçons du passé…

Car, cela n’est pas nouveau. Déjà l’ancien régime proposait le plan « Ben Ali » pour lancer une méga-banque publique par la fusion de la STB et la BNA comme projet « présidentiel », celui de la « plus importante capitalisation » sur la place financière de Tunis. A cette époque les analystes et les intermédiaires « y ont même trouvé très fertiles et producteurs », tous les avantages possibles à tirer d’une telle « synergie » qui, par miracle, sortirait positive, l’addition de deux bilans fondamentalement négatifs. Mais, l’ancien ministre des Finances placé à la tête de la STB, avait alors préféré jeter l’éponge, pour prendre sa retraite…

Personne ne savait, mis à part les « initiés » privilégiés à cette époque, où en était la gravité de la situation. Pas même le CMF, cet « observatoire » pourtant pléthorique d’experts en bilans et de l’information financière. Pourtant, juste auparavant, la STB avait fusionné à grand festival, avec deux banques de développement en l’occurrence, la BNDT et la BDET qui s’étaient lamentablement fracassées, l’une et l’autre contre les projets touristiques de Yasmine-Hammamet et celui du Sud-Ouest, ce dernier qu’on voulait transformer en Las Végas… Or, ni l’un ni l’autre de ces deux pôles touristiques n’ont pu à ce jour, produire un effet de levier suffisant à combler le remboursement de leurs créances auprès desdites banques de développement ni même de la STB qui en a pris la suite.

Aujourd’hui, la titrisation de ces créances qui ont aussi concerné la BIAT, semble sans issue, du moins à en croire les dernières estimations de Moody’s qui les a dégradés en titres « spéculative ». Pourtant, toute une stratégie de valorisation des deux banques « récupératrices » (STB et BNA) était en branle. A tel point, qu’à la bourse, leurs cours montaient en flèche par le travail des « faiseurs de marché », eux aussi tout juste nés de la dernière averse.

Un secteur exsangue
en besoin vital de recapitalisation…

Sur ce, le 14 Janvier est arrivé furtivement. Et depuis, le projet est tombé à l’eau et les cours des deux banques se sont mis à dégringoler sans discontinuer. La BNA ne vaut plus que 8,900 dinars contre plus de 18 dinars et la STB n’est plus qu’à 7,600 dinars contre quelques 20 dinars ce, avant la révolution. C’est ainsi que le scandale a éclaté au grand jour, entre autres, celui de la liste des 127 hommes d’affaires et des 300 entreprises créées ex-nihilo par des crédits souvent non garantis, qui ont mis en danger les grands équilibres financiers des banques de la place, particulièrement de ces deux banques. Il leur faudra maintenant incontestablement provisionner, sur des années et des années par les bénéfices à générer… Depuis, les « deux banques » n’ont pu distribuer un « sou » à leurs actionnaires, désabusés.

Car elles sont actuellement exsangues, sous capitalisées et ne pourront survivre que par leur recapitalisation afin de combler les pertes magistrales contre lesquelles il n’y a quasiment plus de possibilité de récupération, étant donné l’état dans lequel se trouvent lesdites sociétés de la famille, récupérées en « butin de guerre » par l’Etat qui les a tout bêtement placé sous administrateurs judiciaires qui ne comprennent rien à la gestion d’entreprise. Au plus, une dizaine serait récupérable par le biais de la bourse, alors que le reste est à jeter à la poubelle.
Au total se sont plus de 3 milliards de dinars qui sont partis en fumée, en plus de la mauvaise gestion qui avait sévi à l’époque, gestion dont l’actuel gouverneur de la BCT attend les résultat de l’audit qui devra entamer ses travaux en ce début de mois d’avril et qui dureront un certain temps.

Un audit approfondi prend du temps et c’est à la fin de l’exercice 2013 que nous aurons la possibilité de connaître avec précision la teneur et la profondeur du sinistre. A ce moment là, ou bien ces banques seront vendues au secteur privé dans l’état, avec toutes les conséquences généralement attendues dans ce cas, ou bien on reviendra à l’idée de la création d’un pool bancaire du secteur public. Mais le gouverneur n’a pas délimité la sphère d’intégration.

Quelle alternative pour demain ?

La première solution est radicale et efficace mais elle pose le problème épineux de l’allègement et de la redondance sociale, qu’il faudra traiter au cas par cas à l’amiable si possible, mais aussi par voie de contentieux judiciaire. Et ça va coûter cher…
A moins d’éliminer les doubles-emplois, ce qui n’est pas aisé, la seconde proposition, celle du pool bancaire public est une opération séduisante mais vouée arithmétiquement à l’échec, du fait de la surcharge de l’une sur l’autre qui ne ferait en fait, que capitaliser des synergies négatives. Car, comment sortir en zone positive en compilant des pertes ?

Il faut savoir que l’expérience de la privatisation en Tunisie a déjà un historique intéressant à explorer pour en tirer les leçons. Ainsi, l’UIB qui tombait en loque, elle aussi par le mésusage des gestionnaires de l’époque cette fois « bourguibienne », a été cédée à un partenaire stratégique français au temps de Ben Ali. Ce partenaire semble la reprendre convenablement en main après un pénible travail d’assainissement qui lui a pris plusieurs années, pour combler les situations déficitaires du passé. Il faut se rappeler que l’UIB n’avait pas pu servir des dividendes sur plusieurs exercices, en raison du travail de provisions tous azimuts qu’il fallait faire avec les bénéfices engendrés. Aujourd’hui l’UIB se maintient avec des perspectives stables sinon haussières à 17,800 dinars.

De même, la Banque du Sud rebaptisée Attijari bank qui avait connu une situation difficile et comparable, semble sortir progressivement de ce mauvais pas, depuis qu’elle a été privatisée, entre les mains des banquiers marocains. Elle en est aujourd’hui à 17,300 dinars sur la cote et, sa filiale en leasing, caracole même à hauteur de 39 dinars avec des perspectives haussières en ces temps difficiles où le secteur du Leasing a du mal à se tailler une place convaincante. Et il y a de quoi !

Il reste cependant, ce tabou sacré, qu’une banque publique ne doive pas être mise en faillite… Soit ! Alors de deux choses l’une. Ou bien l’État la recapitalise, ou bien la banque augmente son capital à hauteur du montant des « ardoises ». Mais sachez que dans les deux cas, c’est le public qui va trimer. Si c’est l’État qui prend en charge le refinancement, se sont les contribuables qui les allongeront rubis sur l’ongle. Et si ce sont les actionnaires qui sont sollicités, il faut leur avouer dès maintenant, qu’ils doivent « boire du bon cru » et attendre, avant de pouvoir récupérer leur re-mise !

Toute la question est là ! Et c’est pour cela, semble t-il, que Chedly Ayari a lancé les débats en ce début d’avril. D’ici la fin de l’année, bien des choses vont paraitre, et bien d’idées vont mûrir. Alors, laissons le temps au temps, pour y voir plus clair, avec plus de recul !

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