Monsieur le président, le boulet de la République… C’est vous !

marzoukiMonsieur le président, vous qui avez fait des droits de l’homme votre fond de commerce et des couloirs de Carthage votre nid de magouille, vous brassez de l’air à chaque sortie, des casseroles dissonantes à la moindre parole et des écrans de fumée en guise d’idées. Vous ne cessez de manquer toutes les occasions de vous taire. Vous vous évertuez à disserter sans convaincre et à brailler sans vous faire entendre.

Moi, citoyen lambda, orphelin de la «République», vous avoue ne plus pouvoir vous voir en peinture, ni vous supporter sous aucune couture, vous m’étouffez, vous nous étouffez nous autres Tunisiens, avec vos grands écarts, vos exercices d’acrobatie, vos virages de fond en comble, à cent quatre vingt degrés, vos fantasques postures qui varient selon l’intérêt du moment et l’enjeu en vigueur, vos diarrhées verbales, vos dérives intellectuelles. J’abhorre votre cour où la compromission est élevée au rang de stratégie. Le bon peuple n’en fait que des gorges chaudes à longueur de journée.

Monsieur le président, rompu à l’art de la farce et coincé dans votre courte et non moins brouillée vue, vous avez multiplié, sans coup férir, les facéties et les galéjades, toujours prompt à prendre les vessies pour des lanternes, vous exploitez, d’une manière aussi éhontée que revêche, les situations pour nourrir vos lubies et étaler, au grand jour, toute l’étendue de votre boulimie de pouvoir.

Passe votre premier discours, lamentable à l’égard des femmes et leur cause ; passent vos bourdes à répétition sur le plan diplomatique ; domaine dont vous avez détruit le capital et le patrimoine juste par complaisance, voire par complicité, passe le certificat d’honorabilité que vous donnez à une association de criminels « dite » la LPR que vous recevez avec les honneurs dans le palais de la République ; passe l’affront fait aux droits de l’être humain par votre attitude passive lors de l’extradition de Baghdadi ; marché conclu en sous main pour de basses contreparties, passent les outrances verbales de vos amis dans l’hémicycle de l’ANC ; passe votre registre comptable, contenant les comptes de la campagne électorale et que vous auriez perdu comme… par hasard, alors que vous vous êtes érigés en parangon de la probité ; passent vos nominations de complaisance et votre pléthorique cabinet présidentiel ; vous le chantre autoproclamé de l’Etat impartial ; passe votre géniale trouvaille à propos de la pièce de gâteau à partager et la non moins farfelue théorie des souliers et des chaussettes dont la profondeur stratégique a chamboulé la doctrine militaire ; passe votre acharnement sur une personnalité compétente et intègre en charge de la banque centrale que vous avez fini par démettre et nommer à sa place un thuriféraire du Ben Alisme ; passent vos sermons faits à la lointaine Corée du nord et vos silences complices sur les démocratiques régimes du Qatar et de l’Arabie saoudite à propos desquels bien sûr… vous ne pipez mots ; passent vos délires surréalistes sur un fédéralisme à la sauce tunisienne ; passent vos grâces présidentielles réhabilitant des criminels multirécidivistes et même de dangereux pédophiles ; passent vos indignations sélectives selon que cela plaise ou pas à ceux qui vous ont fait « roi » ; passent enfin, même si la liste n’est pas exhaustive, vos silences sur les violations à répétition de libertés publiques et le recours à la force par votre ex-ministre de l’Intérieur promu entre temps chef de gouvernement.

Monsieur le président, comme beaucoup de mes concitoyens, j’ai avalé quantité de couleuvres et même des baleines entières, toutefois votre sortie d’hier sur Al Jazeera me reste en travers de la gorge, je ne peux ni la recracher ni l’ingurgiter. En effet, dans des propos au vitriol dont le fiel est à peine voilé, vous menacez, dans l’hypothèse d’une alternance, vos adversaires d’une nouvelle révolution qui fera dresser les potences pour les pendre, en représailles à leur légitime quête d’un pouvoir dont vous vous démenez à ne pas lâcher une miette, quitte à accuser de haute trahison et de conspiration contre l’Etat tous vos adversaires politiques.

Là, Monsieur le Président, excusez-moi d’arrêter votre char et de vous renvoyer à vos chères études. En effet, vous venez de franchir une ligne rouge, dépasser un seuil qui vous rend indigne d’être à la magistrature suprême, le premier représentant et la plus haute voix des Tunisiens dans le monde. Ce discours du genre «sans moi l’échafaud»… est à vomir de dégoût, une insulte aux républicains et aux valeurs humanistes que vous vous gargarisez d’en être le champion dès que vous êtes en Europe dans les vielles terres démocrates… Alors que toute votre pratique du pouvoir n’est qu’un cinglant démenti, bien au contraire, vous avez vassalisé la fonction et exécuté un mandat que le peuple ne vous a pas confié. Vous vous êtes servi de la laïcité, d’abord pour gravir les marches du palais présidentiel et ensuite pour ferrailler contre les démocrates et ainsi vous acquitter de ce sombre contrat que vous avez passé avec le diable, votre mentor et maitre.

Hier, lundi 25 mars, des Tunisiens ont, à juste titre, réclamé la démission de votre camarade de parti et actuelle ministre de la Femme et de la famille, Déléguée aux affaires du CPR, qui n’a ni l’étoffe ni la conviction de représenter la femme tunisienne, et encore moins, de protéger les enfants, il me semble qu’il serait plus que salutaire, voire un impératif de salubrité républicaine que vous lui emboitiez le pas…

Vous êtes désormais sans aucun doute le boulet de la République… dommage d’en arriver à ce stade, alors que tout dans votre passé vous prédestinait à être le gardien de ses valeurs et d’être peut-être le Mandela ou Václav Havel tunisien.

Veuillez recevoir, Monsieur le Président, mes sentiments de déception les plus dépités.

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