Tajerouine : Entre la culture de la mort et l’amour de la vie, un jeune avocat prend le parti de la vie

Café Théâtre du NordAlors que l’on vient d’apprendre la découverte à Tajerouine d’une cache d’armes, un jeune promoteur dans le domaine de la culture en l’occurrence Ramzi Jebabli s’apprête à inaugurer le 23 mars un espace culturel privé dénommé «Café Théâtre du Nord».

Cette coïncidence dans les dates a de quoi interpeller. Ainsi, dans la Tunisie post 14 janvier, vous trouverez d’une part, des citoyens qui empilent des armes en vue de semer la terreur et la mort et d’autre part un jeune avocat épris de culture, militant actif de la société civile, ayant porté mainte fois sa robe noire dans de nombreux procès politiques durant la décennie 2000/2010 investissant dans son pays natal un projet culturel de réelle envergure, du moins de par l’ambition qu’il porte.

Aujourd’hui, investir dans la culture procède presque de la folie et équivaut en tout état de cause à un acte militant par excellence. En effet, qui de sensé s’aventurerait à investir un millime dans un projet culturel et de surcroît dans une ville «moyenne» de la province tunisienne, touchée de plein fouet par la récession et la cherté de la ville.

Par ces temps de crise, la culture devient un produit de luxe et rares sont ceux qui continuent à aller au cinéma, au théâtre ou à assister à des concerts de musique, l’accès à ces nourritures de l’esprit s’avérant inaccessible pour une masse de Tunisiens tant le coût est cher.

Maître Jebabli, dont l’amour de la culture n’a de rival que sa bonne terre natale, a été toujours habité par un rêve à savoir faire retrouver à la ville de Tajerouine, terre de poètes, la ferveur culturelle de sa jeunesse, terre où foisonnaient ciné-club, théâtre scolaire, clubs de musique. En somme, un oasis de culture animé par de formidables volontaires passionnés qui ont réussi à faire naître chez des générations de jeunes Tajerouinais la passion de la culture.

Dépité qu’il était de voir sa ville se transformer comme beaucoup d’autres cités tunisiennes en véritable désert culturel, il a décidé de casser sa tirelire et d’entreprendre un projet d’espace culturel qu’il construit brique par brique jusqu’à ce que ce dernier prenne forme avec la mise en place d’une salle polyvalente, une mini bibliothèque et la réalisation d’un mini amphithéâtre en plein air.

Côté programme, le menu d’animation s’annonce extrêmement varié avec des ateliers de peinture, d’écriture, de danse et de théâtre… Avis donc aux amateurs, venez nombreux donner de la vie à cet espace, qui sera sans aucun doute, une étoile de plus dans le ciel scintillant de la grande citadelle de la culture, la région keffoise.

A ce jeune dont la devise semble être pour parodier une formule célèbre « quand j’entends le mot culture… je racle le fond de mes poches et j’y mets toutes mes économies », comment ne pas lui dire chapeau bas Maître tout en espérant que d’autres amoureux de la culture fassent de même et mettent de leur moyens financiers dans des projets de ce type…

J’en finirai avec ce billet en vous délivrant ma conviction profonde ; dont je pense qu’elle sera partagée par vous tous « Sans investissement dans la culture, rien ne sera possible dans le combat contre la régression et l’obscurantisme. Tunisiennes, Tunisiens, soutenons de toutes nos forces toute démarche allant dans ce sens, chassons l’infâme par le soutien de la culture car sans elle, il n’y aura point de salut ».

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