A Sidi Bou Saïd, les salafistes et ceux qui les soutiennent portent un nouveau coup au tourisme tunisien

Tout accuse les salafistes pourfendeurs de l’islam populaire dans ce crime abominable qui a détruit le mausolée séculaire de Sidi Bou Saïd.

Toutefois, le doute persiste quant à l’origine précise de ce crime. S’agit-il d’une terrible provocation à la veille de l’anniversaire de la révolution?
S’agit-il effectivement d’un commando salafiste qui est passé à l’action à Sidi Bou Saïd, encouragé par le mutisme complice des autorités devant les destructions similaires opérées aux quatre coins de la Tunisie?

Pour l’heure, nul ne peut apporter une réponse définitive à ces questions et l’enquête devrait dévoiler les tenants et aboutissants de ce nouveau scandale.

Deux remarques s’imposent, en premier lieu, plus d’une vingtaine de mausolées maraboutiques ont été attaques et parfois détruits depuis la révolution. L’opinion publique a en effet été alertée par les médias, mais dans le tumulte actuel et malgré la charge symbolique de ces lieux de recueillement, les faits étaient passés presque inaperçus. Seules l’attaque et la destruction de la zaouïa de Sayda Manoubia en octobre dernier avaient fait la une de la presse.

En second lieu, et c’est pour cela que tous les regards accusateurs convergent sur les salafistes, les attaques et incendies antérieurs avaient été attribués à cette mouvance qui, d’ailleurs n’a jamais caché ses intentions de s’en prendre à ces lieux de dévotion populaire.

Ceci étant dit, l’affaire Sidi Bou Saïd est d’une tout autre envergure. Essayons de voir pour quelles raisons :

  • Sidi Bou Saïd est le symbole par excellence du tourisme tunisien. Ce village perché est un des exemples les plus éloquents de l’art de vivre tunisien. On y vient pour la zaouia séculaire, mais aussi pour toutes les autres beautés subtiles : le café des nattes, la saveur d’un bambaloni, la fière demeure du baron d’Erlanger, le café des délices récemment chanté par Bruel et le souvenir vivant de milliers d’artistes et d’intellectuels comme Paul Klee, André Gide ou Michel Foucault. En s’attaquant à Sidi Bou Saïd, les auteurs de cet acte criminel savaient que le monde entier reprendrait cette information, que leur geste porterait atteinte au tourisme tunisien et que cette forfaiture polluerait le deuxième anniversaire de la révolution.
  • Deux jours avant, un autre crime contre la mémoire populaire et les traditions du peuple tunisien avait été perpétré à La Marsa. En effet, jeudi dernier, le mausolée de Sidi Abdelaziz avait connu une attaque similaire à celle qui détruira la vénérable tombe de Sidi Bou Saïd. Le fait est passé inaperçu et n’a pas poussé les autorités à redoubler de vigilance et au moins assurer un semblant de protection à ces lieux de culte populaires. Il ne s’est rien passé et, incontestablement, cela encourage les auteurs de ces actes criminels à multiplier leurs forfaits.
  • Plus grave encore, aucune véritable réaction ou condamnation n’avait été signalée jusqu’à dimanche après-midi (communiqués d’Ettakatol et d’Ennanhdha) au niveau des partis qui dominent la scène politique. Qui ne dit mot consent et de toute façon, on ne doit pas condamner nos  » enfants », comme l’a affirmé le leader des islamistes d’Ennahdha. En Tunisie, on peut menacer, amputer, bruler des mausolées, attaquer des ambassades, des églises et des synagogues, terroriser la population. Le gourou d’Ennahdha trouvera toujours le moyen de ne pas condamner ces violences. Au point que tout cela s’apparente à un blanc-seing donné aux islamistes radicaux, une carte blanche pour ne pas dire un partage des taches.
  • Enfin Sidi Bou Saïd fait partie du patrimoine de tous les Tunisiens. La réaction de douleur face à ce crime a été des plus vives. Elle n’est pas feinte et provient des tréfonds de l’âme des Tunisiens. En détruisant le mausolée du saint homme, les auteurs de cet acte ont détruit une partie vive de l’identité de tous les Tunisiens. Aujourd’hui, ce nouveau crime ouvre davantage les yeux de la nation entière sur ce dont sont capables les radicaux islamistes. Et même s’il s’avère que toute cette opération n’est qu’une manipulation de plus, elle agira comme une piqure de rappel sur les dérives fondamentalistes.
  • Dernier point, la réaction de la société civile tunisienne a été magnifique. Une marche de protestation a été vite organisée vers le Palais de Carthage par un petit peuple pacifique. Très vite, des travaux à la mesure des destructions ont été engagés. Et bien entendu, la condamnation de ce crime s’est faite sans ambigüité ni querelle de chapelles. Voici une attitude positive qui montre que malgré l’adversité et les menaces à peine voilées, les Tunisiennes et les Tunisiens demeurent vigilants et mobilisés.

Malheureusement, l’image du mausolée détruit a fait le tour du monde et aura nécessairement des répercussions sur la saison touristique. Des criminels cherchent, au nom d’une religion qu’ils trahissent à transformer la Tunisie en enfer afghan ou en bourbier malien. Ils ont réussi leur coup, mais ne s’attireront les sympathies de personne sinon celles de leurs séides et pourvoyeurs en pétrodollars. Au contraire, le courage du peuple tunisien, la dignité de sa réaction face à cette profanation scélérate nous valent l’estime et le soutien des peuples libres et des nations éprises de liberté. Cette double vitesse à laquelle roule la Tunisie d’aujourd’hui était visible dans tous les grands médias internationaux. Et les peuples et dirigeants du monde comprennent aujourd’hui le tort qui est fait à la révolution tunisienne par ceux-là même qui ont été élus et se comportent désormais en émirs arrogants et lanceurs d’anathèmes. Ces agents du wahabisme n’ont rien à faire en terre malékite et la conscience historique et politique du peuple tunisien ne changera pas face aux intégristes triomphants et leurs inépuisables trésors de guerre.

Sidi Bou Saïd vaut bien une messe! Et l’honneur des saints hommes de notre tradition ne sera pas livré aux gangs barbus. Et ne l’oubliez jamais, la baraka de nos saints a toujours béni la Tunisie. Surtout lorsque des musulmans illuminés attaquent des musulmans pacifiques au nom d’un intégrisme décadent et obscurantiste. Sidi Bou Saïd est un rempart invisible et sa grâce protégera la Tunisie éternelle, attaquée de toutes parts par des fanatiques qui rêvent tout haut de l’Émirat islamique d’Ifriquiya…

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